Les investisseurs mesurent de plus en plus l'empreinte carbone de leurs portefeuilles, selon l'étude Article 173 de Novethic., @Novethic

BOÎTE À OUTILS

Article 173 : toutes les façons de parler d’empreinte carbone

Par   Arnaud DUMAS |Publié le 23/10/2019

Novethic publie le 24 octobre sa troisième étude sur les rapports de l’article 173 rédigés par les investisseurs institutionnels. Un constat : le calcul de l’empreinte carbone des portefeuilles tend à se généraliser, avec des méthodologies toujours plus diversifiées et complexes. L’Essentiel de la Finance Durable vous en donne les clés en avant-première.

Les investisseurs institutionnels sont de plus en plus nombreux à communiquer sur leur empreinte carbone. Novethic publie le 24 octobre sa troisième étude des "rapports 173", en référence à l’article 173 de la loi de transition énergétique de 2015 qui oblige les plus grands investisseurs institutionnels à publier des informations sur l’intégration des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance dans leurs portefeuilles, et sur leur gestion du risque climatique. Elle montre que le calcul de l’empreinte carbone couvre 68 % des portefeuilles des 72 investisseurs ayant publié un rapport. En progression de 10 points par rapport à 2018.

Ces empreintes carbone sont mesurées en majorité pour les actions et obligations d’entreprises, qui représentent plus de 40 % de leurs actifs. Les méthodes de calcul, les périmètres mesurés, les indicateurs choisis varient toutefois beaucoup d’un investisseur à l’autre, jetant aux oubliettes l’un des objectifs initiaux de la loi de 2015. Celle-ci espérait inciter les investisseurs à harmoniser leurs modes de communication…

Des méthodologies très variées

Sur les 57 empreintes publiées (six investisseurs disent la calculer mais ne la publient pas), 45 sont fournies avec les détails des scopes d’émissions de gaz à effet de serre et, parmi ceux-là, seuls 18 vont jusqu’à inclure le scope 3, le plus important pour les enjeux de transition. Le scope 3 inclut les émissions indirectes des activités permettant la fabrication des produits et leur utilisation. 

Plusieurs méthodologies sont par ailleurs utilisées pour calculer l’empreinte. Deux principales s’affrontent. L’une mesure les émissions financées par les investissements, et s’exprime en tonnes de CO2 par million d’euros investis dans les entreprises. Elle permet de se placer du côté de la responsabilité de l’investisseur sur le réchauffement climatique. L’autre, préconisée par la TCFD (Task Force on Climate-Related Financial Disclosures) mesure l’intensité carbone du portefeuille. Elle permet de déterminer combien de tonnes de CO2 sont nécessaires pour permettre à l’entreprise de produire, et s’exprime en tonnes de CO2 par million d’euros de chiffre d’affaires.

Les investisseurs mettent également en place des indicateurs permettant d’enrichir la mesure de leur exposition au risque climatique. Cette pratique montre l’importance que ces investisseurs donnent à la matérialité de ce risque. Pour les sociétés les plus carbo-intensives, des investisseurs mesurent les réserves de carbone, c’est-à-dire les émissions de CO2 à venir en fonction des licences d’exploitation déjà accordées et à même d’être considérées incompatibles avec l’Accord de Paris.

D’autres investisseurs s’emploient à noter les entreprises en fonction de leur vitesse de transition vers une économie bas carbone. Sont prises en compte dans ce scoring, les émissions de CO2 de l’entreprise dans ses activités, l’adéquation de ses produits par rapport au réchauffement climatique, et les objectifs de réduction d’émission prévus par les dirigeants de l’entreprise. Pour se placer du côté des opportunités plutôt que des risques, des acteurs mesurent aussi les émissions évitées, en calculant la différence entre les technologies bas carbone en portefeuille par rapport aux technologies traditionnelles.

La température des portefeuilles, indicateur en développement

Enfin, quelques investisseurs plus avancés commencent à publier la température globale d’un portefeuille par classe d’actifs, qui permet de déterminer la trajectoire de réchauffement climatique de leurs investissements. Cette année, Novethic a recensé la publication de 18 températures de portefeuille, 12 de plus que l’an dernier. Sans surprise, celles-ci se situent bien au-dessus des 2 degrés de l’Accord de Paris : en moyenne à 3,05 degrés pour les actions et obligations, et à 2,8 degrés pour les emprunts souverains.

La publication de cette température de portefeuille constitue un affichage courageux de la part de ces investisseurs, car il montre le chemin qui leur reste encore à parcourir. Il montre surtout que les entreprises dans lesquelles ils investissent et, plus généralement l’économie des pays où elles opèrent, sont loin de la neutralité en carbone. Pour améliorer l’impact de leurs portefeuilles, les investisseurs n’ont alors que deux solutions : désinvestir des activités les plus émettrices, avec les limites que cela comporte, mais surtout muscler leur pratique d’engagement actionnarial pour inciter les entreprises à transformer leur modèle.