Plus de 300 fonds durables commercialisés en Belgique ont été labellisés par Febelfin., @DimitrisVetsikas

BOÎTE À OUTILS

La secteur financier belge annonce une première salve de 311 fonds labellisés durables

Par   Arnaud DUMAS |Publié le 08/11/2019

La fédération du secteur financier belge bouscule le monde des labels de finance durable. Febelfin vient d’annoncer la labellisation de 311 fonds d’une quarantaine de sociétés de gestion, qui peuvent désormais arborer le badge "Towards Sustainability". Des fonds français font partie du lot et se félicitent du niveau d’exigence du label.

Cela faisait plusieurs mois que Febelfin travaillait sur son label finance durable et que son partenaire certificateur passait en revue les dossiers déposés par les sociétés de gestion. Et pour une première salve de labellisation, la place financière belge a fait fort. Pas moins de 311 fonds ont obtenu le label "Towards Sustainability" pour un an, et d’autres sont à venir. Plus de 120 dossiers sont encore en examen auprès de CLA (Central Labelling Agency), l’auditeur indépendant qui accorde ou non le label, et devraient aboutir d’ici le mois de février 2020. À cette occasion, Novethic prévoit de publier une mise à jour du Panorama des labels européens de finance durable" le 12 novembre.

L’objectif de la fédération du secteur financier belge consiste à permettre aux épargnants de se repérer dans l’offre de produits financiers responsables, et d’empêcher le greenwashing. "Face au développement de la finance durable, nous voulions donner un niveau minimum commun de durabilité aux fonds qui s’en réclament, explique Tom Van den Berghe, conseiller finance durable chez Febelfin. Si vous êtes en dessous de ce niveau, c’est discutable. Et nous encourageons bien sûr les asset managers à être encore plus stricts."

Créer un effet de masse

Cette annonce massive de fonds labellisés n’est pas innocente. Febelfin veut initier le mouvement dans le marché belge et faire en sorte que les premiers labels engendrent un effet d’entraînement sur les autres sociétés de gestion. "Ce n’est possible que si une part significative du marché s’engage", estime Tom Van den Berghe. En clair, plus ce label se généralisera en Belgique, plus le fait de commercialiser des fonds durables non labellisés apparaîtra suspect aux yeux des consommateurs.

Plus d’une quarantaine de sociétés de gestion ont franchi le pas et ont labellisé des fonds, dont 70 % ne sont pas belges. Parmi elles, plusieurs Françaises comme DNCA (quatre fonds), Sycomore (sept fonds), la Financière de l’Échiquier (deux fonds), Axa IM (six fonds) ou encore BNP Paribas AM, très présent en Belgique depuis le rachat de Fortis Investment Management en 2010, qui labellise près de 80 fonds.

"La grosse différence par rapport à la France, c’est que ce label fait l’effort de regarder la qualité des portefeuilles et met des contraintes sur certains secteurs, confie Léa Dunand-Chatellet, la responsable de l’investissement responsable chez DNCA. Cela demande de faire des efforts aux sociétés de gestion et beaucoup de fonds indiciels ou de fonds best-in-class ne peuvent pas l’obtenir, notamment parce qu’un pan du secteur de l’énergie est sorti." Les fonds DNCA, déjà labellisés ISR, avaient pour leur part déjà pratiqué ces exclusions.

Exclusions liées au climat

Towards Sustainability est un label généraliste, à l’image du label ISR français, et non pas un label vert. Selon le Panorama des labels publiés par Novethic en juin 2019, la norme de Febelfin se distingue néanmoins dans son approche. Elle se compose d’une part de l’obligation d’analyser 100 % des titres en portefeuille selon des critères Environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), et ajoute des exclusions éthiques (armes, tabac, etc.), mais aussi climatiques. 

"Sur les secteurs de l’énergie, le label vise à éviter tout financement d’activités non alignées avec la transition énergétique et en particulier à l’Accord de Paris", explique Anne-Claire Impériale, co-responsable de la recherche ESG chez Sycomore AM. Le label de Febelfin exclut ainsi les entreprises qui réalisent plus de 10 % de leur chiffre d’affaires dans l’exploration et l’extraction de charbon ou de pétrole et gaz non conventionnels. En matière de pétrole et gaz conventionnel, il exclut celles qui réalisent moins de 40 % de leur chiffre d’affaires avec les énergies renouvelables ou le gaz naturel. Les producteurs d’électricité sont exclus si l'intensité carbone de leur mix énergétique dépasse les 429 gCO2/kWh en 2019, puis 408 gCO2/kWh en 2020 et ainsi de suite jusqu’à 315 gCO2/kWh en 2025. À noter toutefois que, selon la dernière étude sur les énergéticiens européens publiée par PwC, le facteur carbone moyen des 23 énergéticiens étudiés était de 290 gCO2/kWh en 2017.