Les initiatives se multiplient pour mieux intégrer le capital naturel dans la comptabilité des entreprises., @OGGM

BOÎTE À OUTILS

Les entreprises veulent passer à la comptabilité verte pour mieux mesurer leur performance globale

Par   Béatrice HÉRAUD |Publié le 27/09/2019

Quelle valeur l’entreprise financière mais aussi environnementale et sociale, crée-t-elle pour la société ? Et comment peut-on la mesurer ? A l’heure où les critères d’évaluation ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) se généralisent et où la pression monte sur ces enjeux, ces questions préoccupent un nombre croissant d’entreprises. Lors de cette rentrée, plusieurs initiatives le prouvent, en France et à l’étranger.

En France, une nouvelle chaire, soutenue par le groupe LVMH, a été lancée en grande pompe le 3 septembre à l’Unesco, en présence de membres du gouvernement, de l’Union européenne, de chercheurs et de la profession comptable. Son objet : la comptabilité écologique. Un sujet qui n’aurait guère déplacé les foules il y a cinq ans mais qui devient furieusement tendance dans les grandes entreprises.

"La comptabilité est un outil au service des dirigeants pour qu’ils prennent les meilleures décisions pour les entreprises. À partir du moment où on ne recherche plus la seule performance financière mais la performance globale, la comptabilité doit s’adapter", souligne ainsi François Jégard, le président du comité "Responsabilité Sociale des Entreprises" de l'Ordre des experts-comptables (OEC). De fait, les initiatives en la matière se multiplient.

Des enseignements d’expérimentation à horizon trois ans

"De la même manière qu’un bilan comptable permet de renseigner la situation financière de l’entreprise, nous voulons qu’à travers le bilan écologique il soit possible de comprendre comment elle gère ses ressources naturelles", explique Sylvie Bénard, la directrice de l’environnement de LVMH. Le groupe dit avoir choisi l’option de la "durabilité forte" avec la méthode Care qui intègre l’environnement au passif de l’entreprise, et qui est au centre des expérimentations de la Chaire. "Ce qui est important pour nous, c’est de savoir combien on doit dépenser pour que notre écosystème fonctionne bien. Il faut être capable de mesurer si notre activité ne met pas en péril le capital naturel, qui est la source de 90% de nos produits", reprend Sylvie Bénard. Les premiers enseignements scientifiques devraient apparaître d’ici deux ou trois ans. En attendant, LVMH testera la méthode comptable Care sur sa marque Moët et Chandon.

De l’autre côté du Rhin, en Allemagne, plusieurs grandes entreprises – BASF, Bosch, Deutshe Bank, LafargeHolcim, Novartis, SAP ou Philip Morris International - soutenues par les grands cabinets d’audits (Deloitte, EY, KPMG et PwC), l’OCDE, de grandes universités et le gouvernement, ont lancé une alliance pour mesurer la performance globale de l’entreprise (Value balancing alliance e.V). "Nous devons changer de perspective sur la façon dont les entreprises créent de la valeur", assure ainsi Saori Dubourg, membre du directoire de BASF. Là encore, l’objectif est de créer, dans les trois ans, un modèle de calcul de performance globale, de l’expérimenter puis de créer des obligations de transparence et de reporting en la matière. "Nous souhaitons standardiser les différentes approches qui sont actuellement utilisées par les différentes entreprises pour les rendre comparables entre elles", explique Christian Keller, le CEO de l’alliance.

Trouver le bon modèle, à la bonne échelle

À ce petit jeu de foisonnement d’initiatives, l’échelle européenne, voire internationale, semble s’imposer. C’est d’ailleurs l’ambition de chacune de ces initiatives. Selon le directeur général environnement de la Commission européenne, Daniel Calleja Crespo, présent au lancement de la Chaire comptabilité écologique, la question aura toute son importance dans la nouvelle commission européenne. Celle-ci doit, rappelons-le, mettre en place un Green Deal dans les 100 premiers jours de son mandat…

"En attendant de trouver Le bon modèle de comptabilité, et face à l’urgence de transformer les modèles, il faut multiplier les indicateurs de pilotage non financiers et leur usage de la base au plus haut niveau", insiste François Jégard. Et des outils existent pour guider les entreprises dans la meilleure gestion de leurs ressources et la transformation de leurs business models, rappelle le comptable : que ce soit la DPEF (déclaration de performance extra-financière) qui contraint les grandes entreprises à identifier et reporter les risques et impacts environnementaux et sociaux majeurs de leurs activités ou, plus généralement, les objectifs de développement durable.