La rentabilité des financements octroyé variera en fonction de la classification des projets, du vert foncé au brun foncé., @iStock

BOÎTE À OUTILS

Natixis commence le déploiement de son Green Weighting Factor

Par   Arnaud DUMAS |Publié le 08/07/2019

Les opérations de financement de Natixis vont se teinter de vert ou de brun. La banque filiale du groupe BPCE met en place son Green Weighting Factor, qui affectera la rentabilité des financements en fonction de leur impact positif ou négatif sur le climat.

Du vert foncé au brun foncé, c’est l’échelle de notation qu’à choisi Natixis pour son "Green Weighting Factor". Annoncé il y a un an, dans la foulée du Climate Finance Day, le dispositif développé par la filiale du groupe BPCE commence son déploiement cet été auprès des chargés de clientèle. Inspiré par les travaux sur un "Green Supporting Factor", qui viserait à réduire les obligations prudentielles des banques pour les financements d’activités vertes, le dispositif de Natixis demeure interne et déconnecté de ses ratios prudentiels réglementaires.

"Cet exercice a mobilisé des experts dans toute la maison, dans tous les métiers, ainsi que des prestataires extérieurs comme Carbone 4", explique Louis Douady, le directeur de la responsabilité sociale et environnementale de Natixis. 

Ils ont travaillé près d’un an pour développer cet outil qui permettra de prendre en compte les risques environnementaux et climatiques dans l’octroi des financements de la banque.

Concrètement, les chargés de clientèle, lors des opérations de crédit, verront une fenêtre "pop-up" apparaître sur leur écran pour évaluer le secteur dans lequel l’entreprise à financer évolue. Le banquier saura alors quelle couleur est attribuée à l’opération sur le nuancier développé par Natixis. De la couleur dépendra le niveau de fonds propres attribué au financement : le Green Weighting Factor alourdit le poids en fonds propres pour les actifs bruns et l’allège pour les actifs verts.

8 secteurs d’activités ciblés

"Nous avons établi ce système à partir d’une taxonomie des activités, que nous avons constituée en parallèle des travaux européens", souligne Louis Douady. La taxonomie de Natixis définit huit grands secteurs d’activités (automobile, immobilier, exploitation minière, production d’électricité, etc.), divisés en 45 sous-secteurs, qui permettront d’établir la pondération en fonds propres de l’opération financière.

Le Green Weighting Factor doit faire levier sur la stratégie climat de la banque. D’abord en incitant les chargés de clientèles à verdir leurs opérations. La surpondération ou sous-pondération en fonds propres, lors de la procédure d’octroi de crédit, améliore ou détériore le profil de rentabilité de l’opération. "Au final, cela influence la performance de l’équipe, donc sa rémunération", confie Louis Douady. Les équipes de Natixis ont progressivement toutes été formées au nouvel outil qu’elles vont devoir intégrer dans leurs pratiques.

Le dispositif constitue également un outil de pilotage de la banque par la direction générale, qui pourra mesurer l’évolution du Green Weighting Factor global et faire bouger le curseur sur sa palette de couleur. 

Faire évoluer les clients

"Cela crée également une discussion avec le client, affirme Louis Douady. Dans l’immobilier, si le client fait certifier son immeuble "Breeam" ou "Leed Platinum", cela changera son niveau fonds propres, donc son financement." Natixis ne compte pas empêcher les opérations brunes, mais compte sur ses chargés d’affaires pour les faire évoluer : une entreprise qui améliore son niveau au fil du temps verra la pondération en fonds propres changer.

Le système va encore sans doute nécessiter des ajustements. Le niveau global du portefeuille de financement actuel ne devant pas ressortir très vert, la pondération en fonds propres du Green Weighting Factor devrait donc, au moins au départ, être assez faible pour ne pas plomber la rémunération des équipes.