La NCTIP sera lancée par Beyond Ratings et 2° investing initiative lors du Climate Finance Day., @Pixabay

BOÎTE À OUTILS

Nouvelle méthodologie pour intégrer les objectifs nationaux de réduction d'émissions dans les portefeuilles

Par   Nicolas REDON |Publié le 30/09/2019

Traduire les grandes annonces d’objectifs de réduction des émissions à l’échelle d’un pays en détail des trajectoires technologiques nécessaires par secteur n’est pas toujours chose aisée. Pour les investisseurs s’intéressant aux risques de transition de leurs portefeuilles, une nouvelle méthodologie baptisée la National Climate & Technology Investment Pathways (NCTIP), de Beyond Ratings et 2° Investing Initiative, proposera prochainement une visualisation des efforts exigés pour 8 secteurs jusqu’à 2030.

La communauté des investisseurs responsables a surveillé avec attention les annonces des États, lors du Sommet de New York sur le climat. Ils vont devoir les intégrer dans l’analyse de leur portefeuille, non sans difficulté, car les annonces se sont enchaînées. En tout, 59 pays ont manifesté leur intention de soumettre des Contributions déterminées au niveau national (CDN) renforcées, tandis que le groupe des pays engagés vers la neutralité carbone en 2050 (qui compte l’Union Européenne et 65 autres) a été rejoint par 10 régions, 102 villes, 93 entreprises et 12 investisseurs. Le prochain cycle de soumission des CDN sera inauguré à l’occasion de la COP25 au Chili en décembre prochain. 

Pour les investisseurs, la traduction de ces CDN renforcées dans l’analyse des trajectoires climat sectorielles de portefeuilles d’investissements n’est pas chose aisée. Ces objectifs de réduction d’émission au niveau national s’accompagnent encore trop peu souvent de cadres de référence sur leur traduction en projections sectorielles. Dans ce contexte, Beyond Ratings et 2° Investing Initiative ont annoncé un nouveau partenariat qui leur a permis de développer une nouvelle méthodologie, la National Climate & Technology Investment Pathways (NCTIP), qui sera lancée à l’occasion du Climate Finance Day le 29 novembre prochain. 

Combler le manque de granularité dans l’analyse des CDN

La NCTIP se base sur un double constat. D’un côté, "les entreprises manquent souvent de visibilité sur la stratégie climatique publique au niveau sectoriel national, ce qui pèse sur leur confiance à investir dans les technologies à faible émission de carbone". De l’autre côté, les investisseurs ne disposaient pas encore de méthodologie leur permettant de visualiser à l’échelle de chaque pays la décomposition sectorielle des attendus découlant des trajectoires 2°C annoncées. 

L’objectif de l’outil NCTIP sera d’aider les gouvernements, les entreprises et les investisseurs à mieux visualiser les informations nécessaires pour gérer l’alignement de leurs politiques et de leurs investissements sur les objectifs de l’Accord de Paris. Sur le plan opérationnel, l’outil NCTIP fournira des voies technologiques, divisées en huit secteurs (automobile, aviation, transport maritime, production d'énergie, ciment, acier, agriculture, immobilier), ainsi que des options d'investissement explicites. A partir d’une décomposition technologique pour chaque secteur, il entend permettre à ces parties prenantes de définir les investissements nécessaires par secteur et par technologie pour atteindre l'objectif de 2°C.

Croiser les données

En pratique, l’outil NCTIP propose une double évaluation des budgets carbone nationaux, en approches descendante et ascendante. Le modèle prend en compte des facteurs à long terme, tels que la croissance économique et la population, dérivés de la méthodologie CLAIM développée par Beyond Ratings, ainsi que la base de données géographiques d’actifs de production existants, construite par 2° Investing Initiative pour le compte de la méthodologie PACTA. 

Pour modéliser le rythme du report vers les meilleures technologies, les deux partenaires prennent en compte trois paramètres. Le modèle intègre tout d’abord la capacité maximale qui pourrait être ajoutée d'une année à l'autre par pays et par secteur considéré, afin de prendre en compte divers facteurs locaux comme la courbe d’apprentissage ou la durée de construction. Puis il considère les limites de capacité pour chaque secteur et technologie, afin de refléter les limites physiques existantes. Enfin, il prend en compte les facteurs de charge maximum pour chaque secteur et pour chaque pays.

Au total, l’outil NCTIP devra donc pouvoir fournir une feuille de route technologique sous forme de courbes de trajectoire d’ici 2030 pour 8 secteurs, déclinées pour près de 200 pays, avec la possibilité de modéliser la courbe ultérieure à horizon 2050.