La startup suisse Carbon Delta a développé une technologie pour déterminer le potentiel de réchauffement et le coût de la transition pesant sur une entreprise ou un portefeuille., @Pixabay

BOÎTE À OUTILS

Qui est Carbon Delta, la pépite suisse rachetée par MSCI

Par   Novethic, L'Essentiel Novethic |Publié le 10/09/2019

Le mouvement de concentration dans le secteur de l’information ESG se poursuit. L’américain MSCI s’est porté acquéreur de Carbon Delta, la fintech suisse qui monte, pour s’approprier son outil d’évaluation de l’impact financier du risque climatique sur les entreprises et les portefeuilles d’investissement.

La bataille de l'information sur le risque climatique se joue plus que jamais sur le contrôle de la donnée. MSCI, le fournisseur d’indices boursiers américain, vient d’entrer en négociations pour racheter la fintech suisse Carbon Delta. À la manière de Moody’s, qui a repris la startup californienne Four Twenty Seven cet été, MSCI s’enrichit d’un outil innovant permettant d’évaluer de manière prospective le coût du changement climatique pour les entreprises.

Ces deux rachats successifs montrent à quel point le marché de l’analyse de l’information financière, croisé avec celui des données climatiques, devient technologique. En bonne startup, Carbon Delta vient en effet "disrupter" les modes de pensées, avec un outil permettant de déterminer l’impact économique du changement climatique sur la valorisation des entreprises et sur les portefeuilles d’actifs dans lesquelles elles sont intégrées, et de le traduire en données financières. Créée en 2015 à Zurich, la jeune société dispose déjà dans sa base d’informations sur 22 000 entreprises cotées et 60 000 fonds. 

Un outil d’aide à la décision

Ses clients, des assureurs et des détenteurs d’actifs, utilisent le savoir-faire du zurichois pour déterminer comment ils doivent faire évoluer leurs portefeuilles d’investissement. Le Français Axa, dans son rapport climat paru en juin 2019, utilise l’outil "Climate Value-at-Risk" développé par Carbon Delta pour évaluer le potentiel de réchauffement et le coût du climat sur son portefeuille. L’assureur établit ainsi que son portefeuille est situé dans une trajectoire en dessous d’un réchauffement de 3,7 degrés, et que le changement climatique devrait entraîner une baisse moyenne de 4,8 % du chiffre d’affaires des entreprises dans lesquelles il a investi, soit une réduction de 0,2 % de la valeur des portefeuilles d’Axa.

Le "Climate Value-at-Risk" agrège à la fois les effets négatifs à long terme du changement climatique, mais également les opportunités d’affaires que les entreprises peuvent en tirer. Carbon Delta collecte pour cela une grande masse de données sur les entreprises et sur le changement climatique, puis les traite grâce à ses modèles de calculs développés en partenariat avec le Potsdam Institute for Climate Impact Research et l’École polytechnique fédérale de Zurich.

Accumulation de données

Les données prises en compte sont aussi bien macroéconomiques, que microéconomiques au niveau de l’entreprise. Le Climate Value-at-Risk prend en compte des statistiques publiques, des données scientifiques sur le climat, des estimations de l’évolution du prix du carbone, les informations financières des entreprises, la structure des affaires de chaque entreprise par secteur et par pays, ou encore des données collectées sur Internet. Cette méthodologie permet de déterminer la contribution des secteurs et des entreprises à la transition climatique en l’exprimant en température.

Pour déterminer l’impact financier du réchauffement climatique, Carbon Delta analyse plusieurs scénarios pouvant affecter une entreprise : le coût des changements de réglementation, les coûts liés aux risques physiques de phénomènes climatiques extrêmes, et les opportunités technologiques. Celles-ci sont déterminées à partir d’une base de données propriétaire sur les technologies bas carbone développées par les entreprises et les dépôts de brevet correspondants, susceptibles de générer des "revenus verts". Le modèle de calcul de Carbon Delta permet de simuler le coût du changement climatique pour les 15 prochaines années.

Comme le font de plus en plus de fournisseurs de données climat, Carbon Delta modélise également les budgets carbone correspondant aux différents scénarios de limitation du réchauffement climatique. En attribuant à chaque entreprise et secteur d’activité un budget carbone résiduel dans un scénario 2°C, la startup traduit les niveaux d’émission actuels et ses données prospectives en température de réchauffement implicite d’un portefeuille, appelée "warming potential".

Fournir de telles informations se révèle précieux pour les gérants d’actifs, qui doivent prendre des décisions pour réorienter leurs portefeuilles d’investissement. La valeur de cet outil n’a pas échappé à MSCI. "Nous pensons que le changement climatique deviendra l’un des plus importants facteurs d’investissement sur le long terme", assure Remy Briand, le directeur ESG de MSCI.