Les chaînes d'approvisionnement de métaux rares vont être mises sous tension pour fournir les technologies liées à la transition énergétique., @Mathieu Colin Hemis

BOÎTE À OUTILS

Shareholders for Change veut défendre l’engagement actionnarial à l’européenne

Par   |Publié le 14/06/2019

Le jeune réseau européen d’actionnaires engagés continue de faire parler de lui. Après une quinzaine d’actions d’engagement conjointes en 2018, Shareholders for Change vient de publier un document sur la responsabilité de la chaîne d’approvisionnement des métaux rares. Celui-ci constituera son thème d’engagement auprès des entreprises tout au long de l’année.

Le réseau Shareholders for Change (SfC) a choisi son thème d’engagement actionnarial pour cette année. Il vient de publier une étude intitulée "Les chaînes d’approvisionnement en métaux rares, enjeux pour une transition énergétique durable". Celle-ci lui servira de support pour aller dialoguer avec les entreprises des filières des énergies renouvelables, de l’automobile ou encore de la chimie.

"Ce risque est de plus en plus prégnant, rappelle Aurélie Baudhuin, la présidente de SfC et la directrice de la recherche ISR de Meeschaert AM. On le voit en ce moment avec les tensions entre la Chine et les États-Unis sur l’approvisionnement en terres rares.


L’étude de SfC, réalisée par le département recherche de Meeschaert, détaille les nombreux risques sociaux et environnementaux résultant de l’extraction des métaux rares. Mais aussi tous les risques d’approvisionnement pour les industriels de ces matières critiques liés à des facteurs géopolitiques. Surtout, elle met en avant les questions relatives à chacun de ces sujets à poser aux entreprises.

Une pratique rare en Europe

"Les critères ESG sont-ils intégrés dans la sélection des fournisseurs et dans la contractualisation ?" ; "L’entreprise répertorie-t-elle les matières premières utilisées, qui sont considérées comme critique ?" ; "Comment les risques d’approvisionnement sont-ils gérés et qui est en charge de leur suivi ?", etc. Autant d’interrogations qui fourniront un canevas aux dix membres de SfC pour aller dialoguer avec les entreprises utilisatrices de métaux rares.

Cette pratique structurée et mutualisée de l’engagement actionnarial est quelque peu inhabituelle pour des investisseurs européens. Fréquente au Royaume-Uni ou aux États-Unis avec des coalitions comme ShareAction, the Tri-State Coalition for Responsible Investment ou encore l’Interfaith Center on Corporate Responsability (ICCR), la démarche détonne sur le Vieux Continent. "Shareholders for Change a été créé parce qu’il n’existait pas de réseau d’engagement européen", confie Mauro Meggiolaro, le responsable de l’engagement actionnarial de la Fondazione Finanza Etica et coordinateur européen de Shareholders for Change. 

Dix sociétés de gestion, représentant 140 milliards d’euros d’actifs sous gestion, ont rejoint le mouvement. Toutes partagent un point commun, il s’agit de sociétés de gestion indépendantes, qui ne sont pas rattachées à un groupe bancaire ou d’assurance, pour ne pas avoir les mains liées lors de l’engagement auprès d’une entreprise. Elles viennent de partout en Europe : France, Allemagne, Italie, Espagne, Suisse, Royaume-Uni et Autriche. Un atout pour se confronter aux réglementations de chaque pays sur l’organisation des assemblées générales, ou encore, tout simplement, pour dialoguer avec les entreprises dans leur langue d’origine.

Une quinzaine d’actions menées

Le thème d’engagement fil rouge de l’année n’empêche pas ces actionnaires engagés de mener des actions ponctuelles. Ils ont réalisé 15 actions d’engagement conjointes en 2018, sur leurs thèmes de prédilection : les droits humains, la justice fiscale et le changement climatique. "Nous sommes un réseau pragmatique, souligne Aurélie Baudhuin. Quand il y a une controverse spécifique sur une entreprise, on travaille dessus." SfC s’est ainsi illustré à l’assemblée générale d’H&M à Stockholm le 7 mai. Le réseau, représenté par Meeschaert, a déposé une résolution sur le respect du devoir de vigilance de l’enseigne dans sa chaîne d’approvisionnement.

Le membre italien Fondazione Finanza Etica et l’Allemand Bank Für Kirche ont quant à eux posé une question, lors de l’assemblée générale du fabricant d’armes Rheinmetall, sur l’utilisation des bombes dans le conflit yéménite.

Selon les représentants de SfC, plusieurs autres investisseurs auraient marqué leur intérêt pour leur initiative. Un onzième membre devrait les rejoindre dans les prochains mois. Puis les représentants de SfC avouent vouloir faire une petite pause dans les recrutements, pour ne pas s’emballer, faire grandir le réseau de manière raisonnable et conserver leur agilité.