Standard and Poor's a lancé son produit d'évaluation extra-financière., @iStock

BOÎTE À OUTILS

Standard and Poor’s affiche sa double casquette

Par   |Publié le 18/06/2019

Après avoir racheté Trucost en 2016, Standard and Poor’s vient de lancer son propre produit d’évaluation extra-financière des entreprises. Avec sa double casquette de notation du crédit et d’analyse prospective sur les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance, l’agence américaine confirme la tendance du marché vers une concentration des fournisseurs de données financières et extra-financières.

La notation de crédit et les données extra-financières n’en finissent plus de converger. Le rachat de Vigeo Eiris par Moody’s en avril dernier marquait une nouvelle étape dans la concentration qui s’opère dans ce secteur. Mais Standard and Poor’s, qui avait lui racheté Trucost il y a trois ans, conserve une longueur d’avance. L’agence de notation américaine vient de lancer son évaluation ESG (environnement, social et gouvernance), un nouveau produit maison en plus de ses traditionnelles notes de crédit. 

L’évaluation ESG résulte directement du rachat de Trucost et de ses données en matière environnementale et sociale, mais aussi de la création d’une équipe finance durable au sein de l’agence il y a trois ans. Cette évaluation ESG vise à prendre en compte des facteurs de long terme ayant un impact sur la durabilité d’un émetteur.

Point de vue des parties prenantes

Elle se différencie aussi par l’approche du risque. "Pour la notation, on prend la perspective d’un créditeur, on capture les facteurs susceptibles d’affecter le profil de risque, explique Noémie de la Gorce, analyste finance durable chez Standard and Poor’s. Pour l’évaluation ESG, on prend une perspective plus large, celle des parties prenantes."

Les entités sont évaluées sur un score de 1 à 100 à partir d’un évaluation sectorielle et géographique tirée de l’Atlas des risques ESG, l’outil de cartographie développé en interne par les équipes finances durables et les analystes sectoriels de Standard and Poor’s. Puis par une analyse de l’entreprise en elle-même et de son exposition aux facteurs ESG. Comme pour les notes de crédit, les analystes s’appuient également sur des rencontres avec les entités évaluées.

Les analystes de l’équipe de finance durable vont chercher à évaluer le niveau de préparation de l’entreprise à ces risques de long terme : les a-t-elle anticipés ? Comment les analyse-t-elle ? A-t-elle mis en place un plan d’action et a-t-elle intégré ces risques dans sa stratégie et ses processus de décision ? "Nous allons par exemple regarder la structure de rémunération du management pour voir si elle est bien alignée à cela", explique Noémie de la Gorce.

Évolution du marché

Cette évaluation ESG est toutefois totalement déconnectée de la notation de crédit des entités analysées. La note de crédit, qui évalue la capacité d’une entité à rembourser sa dette dans un temps donné, ne prend pas en compte des éléments dont les effets sont prévus sur un horizon lointain. Les critères ESG ne sont toutefois pas absents de la note, les principales agences les prenant en compte lorsque la matérialité du risque est reconnue.

C’est le cas de Standard and Poor’s, mais aussi de Moody’s qui, outre le rachat récent de Vigeo, a constitué son équipe ESG dès 2015, ou encore de Fitch, qui a lancé début 2019 son score de pertinence ESG associé à sa note de crédit. Standard and Poor’s va toutefois un cran plus loin avec son évaluation. Ce nouveau produit semble marquer une évolution globale du marché selon laquelle les agences concentreront la fourniture de notes financières et de données extra-financières.