Les donateurs de Fondation de France demandent des retombées environnementales et sociales concrètes et positives de leurs dons., @iStock

BUSINESS CASE

La Fondation de France se lance dans l’investissement à impact

Par   |Publié le 26/06/2019

C’est une nouvelle philosophie pour la Fondation de France. L’institution qui vient de fêter ses 50 ans vient de créer un fonds d’investissement à impact pour accentuer son effet de levier sur la société. Doté de 100 millions d’euros et géré par la société Raise, il investira dans des entreprises contribuant de manière positive aux conditions sociales et environnementales.

Elle dispose de 2 milliards d’euros de patrimoine financier. Et ces 2 milliards d’euros, la Fondation de France veut en tirer le maximum de retombées sociales et environnementales. En plus de ses subventions et attributions de bourses habituelles, elle vient de se doter d’un fonds d’investissement à impact doté de 100 millions d’euros, qui sera géré par Raise, la société de gestion spécialisée dans le private equity. 

C’est un véritable changement des pratiques habituelles de cette institution qui vient de fêter ses cinquante ans. 

La fondation utilise en général les revenus de ses placements pour s’engager dans des actions de mécénat. "Historiquement, les fondations tentaient de maximiser le rendement de ses placements pour avoir les moyens de mener ses actions d'intérêt général", explique Olivier Neumann, le directeur financier de la Fondation de France. Les fonds sont placés en actions, obligations et fonds monétaires, au risque de se retrouver dans des situations schizophrènes avec des fonds parfois investis dans des entreprises non conformes aux actions engagées par la fondation. 

"Depuis une dizaine d’années, nous nous sommes orientés vers des investissements socialement responsables pour plus de cohérence entre notre gestion financière et nos missions sociales", rappelle le directeur financier. Le nouveau fonds à impact, baptisé France 2i (France Invest Impact), permet d’aller un cran plus loin en contrôlant plus directement les retombées des placements financiers. Une exigence exprimée notamment par les donateurs, qui veulent s'assurer de l'impact maximum de leurs dons.

Déterminer les bons indicateurs d’impact

La moitié du fonds sera consacrée à l’investissement en capital dans des sociétés à mission ou des entreprises souhaitant faire évoluer leur modèle pour devenir plus vertueuses en termes sociaux ou environnementaux. Près de 10 % des fonds viendront soutenir des startups, et une poche de 40 % sera réservée pour des interventions en "fonds de fonds", pour soutenir d’autres fonds à impact, principalement dans des infrastructures environnementales ou sociales.

La fondation et la société de gestion travaillent désormais sur une méthodologie permettant de mesurer l’impact des investissements. La partie, sans doute, la plus difficile à mettre en place. "Nous sommes en train de construire une méthodologie d’évaluation des sociétés, souligne Olivier Neumann. L’un des sujets consiste à consolider les indicateurs d'impacts issus de secteurs d'intervention différents tout en étant pertinents." Le sujet le plus complexe étant de trouver les bonnes données, de les collecter auprès des entreprises et de ne pas demander trop de critères, "sinon on risque de diluer le message", reprend le directeur financier. Un système de score des dossiers est en cours d’élaboration, qui permettra d’évaluer les impacts environnementaux et sociaux tant positifs que négatifs et d’aider le comité d’impact à sélectionner les meilleurs dossiers.

"L’enjeu, c’est de sourcer en amont les bons dossiers, puis de suivre les dossiers pour vérifier que les entreprises dans lesquelles nous avons investi respectent bien leur business plan à impact", estime Olivier Neumann. Un travail qui suppose, outre les indicateurs d’impact, des pactes d’actionnaires bien ficelés, avec des clauses de sortie du capital si la gouvernance de l’entreprise ne correspondait plus aux critères établis par la Fondation de France.