50,9 % de l'emprunt vert de 2018 de la région Île-de-France a été consacré au financement des transports en commun et de la mobilité durable., @Wikimedia Commons

BUSINESS CASE

La région Île-de-France se finance tout en vert

Par   Arnaud DUMAS |Publié le 22/07/2019

Les emprunts verts et durables sont devenus la norme pour la région Île-de-France. Du fait de ses nombreux projets liés aux transports durables et à l’éducation, la collectivité territoriale peut désormais se financer uniquement au moyen de la dette responsable. Les investisseurs internationaux répondent présent, du fait de l’expérience acquise par la région depuis 2012, notamment en matière de reporting.

"Nous recourons aujourd’hui exclusivement à de la dette verte", lançait Valérie Pécresse, la présidente de la région Île-de-France, en ouverture d’un colloque sur la finance durable organisé par la région début juillet. La collectivité territoriale, qui s’est lancée parmi les premières sur le marché des Green Bonds en 2012, a fait de la finance durable un axe de sa stratégie d’investissement. "Nous imaginons des solutions durables dans tous les domaines : l’usine 4.0, les transports innovants, les appels d’offres de bus électriques à Paris, etc.", poursuit Valérie Pécresse.

Depuis 2012, la région a émis 3,2 milliards d’euros d’obligations vertes et de placements privés verts, en réalisant pratiquement une opération tous les ans. "Nous avons creusé ce sillon et constitué, depuis, une réelle expertise", assure la présidente de la région. 

Ce sillon, la région ne le creuse pas au hasard. En se positionnant sur ce marché, l’émetteur public a eu accès à de nouveaux partenaires financiers en passant à une moyenne de 25 à 50 investisseurs par émission, issus d’une dizaine de pays. 

Diversification de la base d’investisseurs

"Nous ne sommes plus dépendants des gros investisseurs", se réjouit Paul Bérard, le directeur général adjoint en charge des finances. L’effet prix n’est toutefois pas encore flagrant. "Il est difficile à quantifier, estime Paul Bérard. Mais en période de marché primaire atone, cela facilite l’émission et, quand le marché est dynamique, c’est plutôt un accélérateur.

Pour les investisseurs, la région Île-de-France se révèle particulièrement attractive, du fait du nombre de projets verts à financer d’une part, avec des émissions conséquentes de 500 millions d’euros pour les deux dernières. Mais aussi de son expérience en matière de reporting. "Quand on est structureur de Green Bonds, on est parfois confronté à des collectivités qui n’ont pas les ressources disponibles pour entrer dans le processus de fléchage et de reporting", rappelle Orith Azoulay, la responsable du Hub finance verte et durable de Natixis. L’Île-de-France, du fait de son poids économique, est un cas à part. Les collectivités locales plus petites peuvent difficilement accéder au marché des Green Bonds, réservé à des émissions de plusieurs centaines de millions d’euros.

L’Île-de-France a, par ailleurs, mis en place un processus précis de suivi de ses investissements. L’emprunt vert de 500 millions d’euros, effectué en 2018, a fait l’objet d’un rapport, publié un an après l’émission, retraçant l’affectation des fonds. Cet emprunt a été orienté pour la moitié de la somme aux projets de transports en commun et de mobilité durable, pour 17,6 % à la construction et la rénovation de bâtiments éducatifs, pour 16 % au logement social, le reste se répartissant entre le développement économique et solidaire, les énergies renouvelables, etc.

Mise en place d’indicateurs d’impact

Les équipes de la région justifient, pour chaque projet, les critères d’éligibilité au financement durable, en fonction d’un cadre inspiré des Green Bond Principles et des Social Bond Principles. L’année dernière, la collectivité territoriale a commencé à classer tous ses investissements responsables en fonction de leur apport aux Objectifs de développement durable (ODD), en identifiant pour chaque un ODD principal. Pour son émission de 2018, les ODD 4 (éducation de qualité) et 11 (villes et communautés durables) sont les plus représentés.

Depuis cette année, elle affiche l’impact généré par chaque projet en fonction de trois indicateurs : le nombre d’emplois concernés, les émissions de CO2 évitées et le nombre de bénéficiaires de la politique mise en place. Un mécanisme de "jaune budgétaire", associé à la présentation annuelle du budget, contribue à cette transparence.

La dette verte et durable émise depuis 2012 représente 72 % du montant total des emprunts de la région sur cette période et la part des emprunts responsables dans l’encours global devrait continuer d’augmenter au fil des années. Au total, l’Île-de-France consacre 1,9 milliard d’euros sur ses 5 milliards d’euros de budget annuel à l’environnement.