La stratégie charbon de Glencore contestée par un fonds activiste

@alberthyseni Unsplash

BUSINESS CASE

La stratégie charbon de Glencore contestée par un fonds activiste

Par  Novethic, Paul KIELWASSER|Publié le 08/12/2021

Bluebell Capital, le fonds activiste tombeur d’Emmanuel Faber chez Danone, demande au géant minier anglo-suisse de se séparer de ses mines de charbon thermique. Une campagne qui s’annonce ardue, car cette division a connu des bénéfices records et fait partie intégrante de la stratégie de transition défendue par le nouveau PDG Gary Nagle.

Quelques semaines après l’incursion de Third Point chez Shell, Bluebell Capital passe à l’offensive contre Glencore, premier exportateur mondial de charbon thermique. Les arguments sont proches : clarifier la stratégie de l’entreprise en séparant les activités alignées avec la transition climatique de celles qui sont appelées à disparaître. Le fonds londonien a lui aussi très vite reçu une fin de non-recevoir. Pour les dirigeants du groupe minier, le charbon a encore 30 ans d’un avenir confortable, et il s’agirait qui plus est de l’option la plus responsable pour les actionnaires et du point de vue climatique. 

Contrairement à ses grands concurrents Anglo-American, BHP et Rio Tinto, Glencore a choisi de renforcer sa présence dans le secteur du charbon thermique en rachetant les mines qu’ils délaissaient. Avec une production proche des 120 millions de tonnes l’an prochain, le minerai constitue la deuxième source de profit du groupe après le cuivre, à la faveur d’une remontée des prix liée à la crise de l’approvisionnement en énergie. 

L’entreprise de Zug (Suisse) a défendu la cohérence de cette activité avec son plan de transition lors de sa journée pour les investisseurs le 2 décembre. Dans un communiqué relayé par l’AFP, elle affirme pouvoir être le "meilleur gérant de ces actifs" tant que "le charbon restera nécessaire pour soutenir la demande mondiale à court terme". Les mines seront progressivement stoppées par la suite, d’ici à 2050, date à laquelle Glencore s’est aussi engagé à la neutralité carbone pour ses opérations (sans toutefois proposer d’objectif quant à l’impact des produits vendus). 

Clarifier la proposition de valeur

En face, Bluebell estime que la séparation de la branche charbon permettrait une hausse de 40 à 45 % du cours de l’action, et que cette stratégie à 30 ans est "moralement inacceptable et financièrement imparfaite", selon le contenu d’une lettre citée par le Financial Times. Le fonds activiste appelle également à une réforme de la gouvernance de l’entreprise, pour se rapprocher de meilleurs standards, alors que se termine l’époque de l’ex-PDG Ivan Glasenberg et de ses lieutenants, connus dans le monde du négoce des matières premières pour leurs pratiques parfois opaques.

En plus d’être le dernier grand groupe minier occidental attaché au charbon thermique, Glencore est aussi un acteur majeur dans la production de plusieurs minerais dits de "transition", comme le cuivre, le zinc et le cobalt. La cohabitation de ces deux activités antagonistes constitue une proposition de valeur qui convainc de moins en moins les investisseurs les plus engagés, dont les seuils d’exclusion sur le charbon effacent automatiquement l’entreprise de la plupart des portefeuilles. 

Peu perturbé par l’idée de contribuer à entretenir une image sulfureuse et opportuniste, le nouveau PDG Gary Nagle (ex-dirigeant de la branche… charbon) s’appuie sur la confiance votée par les actionnaires lors de l’assemblée générale en avril : 94% avaient validé le plan de transition climatique proposé par la direction. Signe que Bluebell aura peut-être davantage de difficulté que chez Danone à trouver des alliés, car les investisseurs les plus sensibles à ses arguments ne sont probablement pas au capital de Glencore. ■


Popup de la lettre d'information! Le snippet pop up de la lettre d'information est effectif sur cette page. Cliquez C'est ici pour éditer le contenu du dialogue