Le gouvernement américain donne un coup de pouce à la filière nucléaire

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BUSINESS CASE

Le gouvernement américain donne un coup de pouce à la filière nucléaire

Par  Paul KIELWASSER|Publié le 22/11/2021

Les opérateurs privés des 94 réacteurs nucléaires américains recevront 6 milliards de dollars de subventions grâce au nouveau plan pour les infrastructures de Joe Biden. La concurrence du gaz et des renouvelables a miné le modèle économique du secteur, au point d’interroger sérieusement sur son avenir, bien qu’il représente la moitié de la production d’électricité bas-carbone aux États-Unis.

Loin des débats européens passionnés, à Washington on s’inquiète aussi du futur du nucléaire, qui fournit environ 20 % de l’électricité du pays. Un tiers des réacteurs ne sont pas rentables, les fermetures anticipées accélérant le déclin d’une flotte vieillissante. Pour contrer cette dynamique, l’État fédéral et les administrations locales apportent leur soutien aux acteurs privés de la filière, en attendant que se décide sa place dans la transition énergétique des États-Unis. 

Contrairement à la France, les réacteurs nucléaires américains sont détenus par des groupes énergéticiens privés, le plus souvent dans des portefeuilles d’actifs diversifiés incluant aussi des combustibles fossiles et des énergies renouvelables. La plupart des grands acteurs locaux de la production et de la distribution d’électricité aux États-Unis sont impliqués : NextEra (cœur d’activité en Floride), PG&E (Californie), Duke Energy (Caroline du Nord). 

Le boom des énergies renouvelables et du gaz de schiste depuis la fin des années 2000 a cassé les prix sur le marché de gros de l’électricité, fragilisant les centrales non couvertes par des accords tarifaires de long terme, incapables de s’aligner en raison de coûts fixes importants. Entre 2013 et 2019, S&P estime que sept réacteurs ont fermé pour partie à cause de difficultés économiques. 

L’avenir de la filière en question

L’arrêt de trois nouveaux réacteurs en 2020 et 2021 a renforcé l’impression d’une tendance lourde. Selon le Financial Times, des autorités locales dans l’Illinois, le New Jersey et le Connecticut ont accepté de soutenir leurs opérateurs, qui menaçaient de nouvelles fermetures. Le plan d’infrastructures de Joe Biden gonfle ses efforts en proposant 6 milliards de dollars de subventions, distribuées par un système d’enchères. 

Ce coup de pouce ponctuel donne cependant peu de pistes sur l’avenir du nucléaire aux États-Unis. Le cabinet d’études Rhodium Group anticipe que la moitié du parc de réacteurs du pays pourrait cesser d’opérer d’ici à 2025. Ce déclin freinerait à court terme les efforts de décarbonation du mix électrique américain, dans la mesure où, selon l’Energy Information Administration (EIA), le nucléaire représente 50 % de la production électrique bas carbone. 

Les nouvelles constructions sont rares, seuls trois réacteurs devant être mis en ligne dans les prochaines années. Soutenir les acteurs de la filière nucléaire répond donc à un double impératif pour l’administration Biden : maintenir la production, tout en convainquant les opérateurs de faire les investissements nécessaires afin de prolonger la durée de vie des équipements existants. 

En attendant un véritable plan stratégique pour son arrêt progressif, ou pour lui donner un second souffle, le parc nucléaire américain vieillit (39 ans de moyenne d’âge selon l’EIA) et s’effrite face à la concurrence de solutions moins chères et plus agiles. Comme en France l’État fédéral finance la recherche sur de petits réacteurs modulaires (ou SMR), mais la technologie n’apporte aucune réponse à court terme. En attendant les opérateurs privés peuvent se consoler de bénéficier d’un soutien politique, même discret. ■


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