Stellantis : les actionnaires refusent les 60 millions d’euros de rémunération pour Carlos Tavares

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Stellantis : les actionnaires refusent les 60 millions d’euros de rémunération pour Carlos Tavares

Par  Arnaud Dumas|Publié le 14/04/2022

Les actionnaires de Stellantis, nouveau groupe automobile issu de la fusion des constructeurs français PSA et italo-américain Fiat-Chrysler, ont voté à plus de 52 % contre les rémunérations des dirigeants lors de l’assemblée générale du groupe le 13 avril. Leur cible : la rémunération de Carlos Tavares, le directeur général du groupe, qui pouvait atteindre les 66 millions d’euros. Les actionnaires ont pris la mesure du risque de controverse mais le groupe respectera-t-il leur vote alors que selon lui, l’enveloppe accordée à Carlos Tavares est "proportionnelle à son mérite" ?

John Elkann, le président de Stellantis, a annoncé le résultat des votes lors de l’assemblée générale du constructeur automobile aux multiples marques, issu de la fusion des groupes français PSA et italien Fiat-Chrysler. 52,2 % des actionnaires ont rejeté les packages de rémunération des dirigeants du groupe. Leur opposition se cristallise sur le package accordé à Carlos Tavares, le directeur général, dont le montant est spectaculairement élevé. La société de gestion Phitrust et le cabinet de conseil en vote Proxinvest alertaient depuis plusieurs semaines sur la composition de cette rémunération.

Celle-ci s’élève à 19 millions d’euros pour l’année 2020, auxquels s’ajoutent un programme d’attribution d’actions gratuites à long terme dont la valorisation se monte à plusieurs dizaines de millions d’euros. Au total, le package que pourrait percevoir le directeur général de Stellantis pourrait atteindre 66 millions d’euros. Du jamais vu dans le monde des entreprises cotées européennes, voire dans le secteur automobile américain. À titre de comparaison la directrice générale de General Motors, Mary Barra, n’a reçu en 2020 "qu’un" package de 23,7 millions d’euros !

Risque social et création de valeur financière

Les syndicats du groupe avaient déjà protesté. Pour la CFDT le package de Carlos Tavares "n’est pas légitime". Il est "inacceptable" pour la CGT qui rappelle que "Stellantis supprime 2600 postes en France et que les augmentations de salaire collectives ont été de 2,8 %". Mais pour le groupe le montant de la rémunération de son directeur général se justifie par la finalisation de la fusion des deux groupes le 17 janvier 2021, et par les bons résultats financiers de la nouvelle entité qui a enregistré un bénéfice de 13 milliards d’euros sur l’année 2021, classant Stellantis parmi les constructeurs les plus rentables du monde. Pour les dirigeants du groupe, cela permettrait donc à Carlos Tavares d’être, de très loin, le patron le mieux rémunéré de France.

Phitrust, la société de gestion qui a mis en avant les problèmes de gouvernance estime qu’il semble trop tôt pour accorder de telles récompenses dans la mesure où la fusion n’est pas encore totalement achevée. Elle souligne que, malgré les bons résultats financiers du groupe, celui-ci va devoir engager des restructurations avec des conséquences sociales importantes. Dans sa présentation aux actionnaires, Carlos Tavares a mentionné avoir déjà réalisé des synergies pour un montant d’environ 3,2 milliards d’euros. 

John Elkann, le président de la structure et héritier de la famille fondatrice de Fiat, a déclaré à l’issue du vote en assemblée générale que le conseil d’administration tiendrait compte du rejet, même si celui-ci n’est que facultatif. Phitrust a averti dans un communiqué qu’"une attitude contraire serait fortement préjudiciable à la réputation du nouveau groupe et aurait certainement un impact sur le cours de bourse à moyen terme". 

Rémunération des dirigeants : les actionnaires plus vigilants 

Ce n’est pas la première fois que les actionnaires manifestent leur hostilité à des rémunérations qui semblent à la fois trop élevées et injustifiées. Carlos Ghosn avait essuyé le premier refus du CAC 40 en 2016 quand les actionnaires de Renault, dont l’État, avaient voté à 54 % contre sa rémunération de 7 millions d’euros. 

Plus récemment, le package de départ d’Olivier Brandicourt, ex-DG de Sanofi, avait lui été recalé à près de 60 % des voix des actionnaires en 2020. Les comités de rémunération vont donc devoir analyser au plus près non seulement les montants des rémunérations proposés mais aussi leur justification. Le mérite ou les montants perçus par leurs pairs, aux États-Unis ou ailleurs ne suffisent plus forcément. ■


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