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Warren Buffett refuse toujours de justifier la stratégie climat de Berkshire Hathaway auprès de ses actionnaires

Warren Buffett, fondateur et dirigeant de Berkshire Hathaway., @CCO

BUSINESS CASE

Warren Buffett refuse toujours de justifier la stratégie climat de Berkshire Hathaway auprès de ses actionnaires

Par  Paul KIELWASSER|Publié le 01/04/2021

Berkshire Hathaway, le conglomérat financier de Warren Buffet, a rejeté en amont de son assemblée générale une résolution actionnariale réclamant un reporting climat. Cette position de rupture relance les spéculations sur la durabilité de la stratégie du légendaire investisseur américain.

"L’oracle d’Omaha" voit son aura de plus en plus ternie par son esquive apparente des sujets climat dans la gestion opérationnelle et financière de Berkshire Hathaway. Le groupe créé par Warren Buffet s’est même renforcé dans le secteur pétrolier depuis trois ans. Certains investisseurs s’inquiètent d’un excès d’orgueil du fondateur qui, à 90 ans, n’entend pas lâcher les rênes. 

Warren Buffett a appelé par deux fois, en 2016 et cette année, à écarter des résolutions actionnariales demandant la mise en place d’une stratégie et d’un reporting climat à l’échelle du conglomérat. Si la direction se défausse sur une organisation très décentralisée, l’argument ne convainc guère les investisseurs. Dans sa récente évaluation, la coalition Climate Action 100+ place le groupe parmi les moins avancés au regard de l’orientation vers une trajectoire zéro émission, aux côtés de PetroChina ou Coal India. 

Cette inflexibilité s’inscrit en parallèle d’une série d’investissements dans le secteur du pétrole et du gaz depuis 2019. Warren Buffett a prêté près de 10 milliards de dollars au spécialiste du schiste américain Occidental Petroleum dans l’opération de rachat de son concurrent direct Anadarko. Il a acquis pour une somme équivalente le réseau de distribution de gaz naturel de Dominion Energy. Et il a acheté plus de 4 milliards de dollars d’actions de Chevron et Suncorp Energy, un spécialiste canadien des sables bitumineux. 

Une stratégie en question 

Cette orientation iconoclaste interroge alors que la performance financière de Berkshire est à la traîne. Le conglomérat reste assis sur une pile de trésorerie de plus de 130 milliards de dollars, destinée à financer des acquisitions, mais que Warren Buffett ne veut pas dépenser sur des marchés actions qu’il juge globalement survalorisés. En attendant, 25 milliards de dollars sont passés l’an dernier en rachats d’actions pour soutenir la performance du titre. 

Les actionnaires ne sont cependant pas les seuls à se questionner. La notoriété de Warren Buffett reste forte, et certains soutiens d’une approche plus durable de la finance aimeraient lui faire entendre raison. Comme Hiro Mizuno, aujourd’hui envoyé spécial des Nations Unies pour l’innovation financière et les investissements durables, qui lui demande dans un tweet : "Warren, tu as appris à beaucoup d’entre nous comment être des investisseurs de long terme. L’ESG n’aurait-il pas de l’importance pour l’investissement de long terme ?". 

 

Les ambiguïtés d’un anticonformiste

Les inconditionnels de l’investisseur américain défendent sa fidélité résolue à ses principes. S’il a acquis des actifs liés aux combustibles fossiles, c’est qu’il pense qu’ils sont sous-valorisés, à un moment où les marchés sont sous pression pour s’en éloigner. De même, il a déjà affirmé croire que le changement climatique aurait un effet sur les activités de son entreprise et son portefeuille de titres, mais son intérêt encore limité pour la question traduirait un scepticisme quant aux effets à court terme.

La division Berkshire Hathaway Energy (BHE) est l’un des signes les plus évidents que Warren Buffett s’intéresse néanmoins aux enjeux de la transition énergétique. L’entreprise compte parmi les acteurs majeurs de la distribution de gaz et d’électricité dans l’Ouest américain : elle est engagée dans un projet d’une décennie pour développer sa capacité de production issue de sources renouvelables et renforcer les infrastructures réseaux. 

Observateur attentif des soubresauts des marchés financiers depuis ses bureaux du Nebraska, Warren Buffett ne deviendra peut-être jamais un soutien enthousiaste de la "nouvelle vague" qui souligne l’importance des questions de durabilité. Il en comprend sûrement les principes, mais pas nécessairement l’étendue des enjeux pour les générations futures. ■


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