Wirecard a dû déposer le bilan auprès du tribunal de Munich le 25 juin 2020., @CCO

BUSINESS CASE

Wirecard, l'ex-enfant chéri de la bourse allemande, a dû déposer le bilan

Par  Arnaud DUMAS|Publié le 24/06/2020

Wirecard vient de déposer le bilan. La fintech allemande, spécialisée dans le paiement électronique, cotée au DAX 30, l’indice phare de la bourse allemande, est en chute libre depuis la découverte de l’ampleur de ses fraudes comptables. Malgré quelques signes avant-coureurs, les failles de la gouvernance n’ont pas été détectées à temps ni par les superviseurs, ni par les investisseurs. Mais l’ex-pépite n’avait pas été sélectionnée dans l’indice durable de Deutsche Börse.

[Mise à jour du 25 juin 2020] Wirecard a dû se résoudre à déposer le bilan. La société allemande créée en 1999 cherchait à trouver un accord de refinancement avec ses partenaires financiers, depuis la révélation d'un trou de près de 2 milliards d'euros dans ses comptes. Elle a déposé une procédure d'insolvabilité devant la court de Munich en raison de son "insolvabilité et de son surendettement". En seulement quelques jours, cette ex-pépite de la tech allemande s'est retrouvée au fond du gouffre. Wirecard, qui en 20 ans d’existence s’est fait un nom dans les systèmes de paiement digitaux, se retrouve aujourd’hui au cœur d’un scandale financier depuis que EY s'est déclaré incapable de certifier ses comptes.

L’affaire a éclaté le 18 juin dernier, quand Wirecard a dû décaler la publication de ses comptes 2019 en raison d’anomalies détectées par EY. Près de 1,9 milliard d'euros enregistrés dans les actifs de la société manquaient à l'appel... Le lendemain, Markus Braun, son directeur général, démissionnait de son poste, avant d’être arrêté le 23 juin. Le cours de Bourse de l’ex-pépite n’a cessé de chuter pour, en trois séances, perdre en tout près de 85 % de sa valeur.

C’est bien un problème de gouvernance qui affecte Wirecard. L’ex-dirigeant de la société est soupçonné d’avoir gonflé les comptes de l’entreprise afin de la rendre plus attirante pour les investisseurs. Juste avant son arrestation, Wirecard déclarait ainsi dans un communiqué qu’il y avait "une forte probabilité que les comptes bancaires en fiducie comptabilisant le montant de 1,9 milliard d’euros n’existent pas". Les deux banques des Philippines, BDO et BPI, chez lesquelles l’argent était censé être hébergé, ont déclaré n’avoir aucune relation avec Wirecard. Et la banque centrale des Philippines a certifié n’avoir trouvé aucune trace des 1,9 milliard d’euros dans son système financier. 

Les limites du contrôle

Les différents contrôles externes ont aussi fait défaut. Pour Felix Hufeld, le président de la BaFin, l’autorité allemande de supervision financière, l’affaire Wirecard est "un désastre complet". Il pointe du doigt la direction générale de la société, qui n’a rien fait malgré les anomalies, mais aussi les autorités externes, dont la BaFin, dont la supervision s’est révélée inefficace.

Un véritable constat d’échec, alors que l’alerte sur les irrégularités dans les comptes de Wirecard, avait été lancée plusieurs mois auparavant. Le Financial Times relaie depuis plus d’un an des mauvaises pratiques comptables au sein de la fintech allemande. Jusqu’à publier, en octobre 2019 des documents fournis par un lanceur d’alerte interne, indiquant des chiffres de vente douteux. Les dirigeants de Wirecard se défendaient en soupçonnant les journalistes du quotidien britannique de vouloir manipuler le cours de la société. La BaFin, elle, a réagi en interdisant les ventes à découvert sur le titre Wirecard, pour protéger la société.

L’affaire Wirecard, par son ampleur mais aussi par son déroulé, ressemble de très près au scandale Enron, qui a secoué les États-Unis en 2001. L’énergéticien, septième capitalisation boursière américaine à l’époque, a fait faillite en quelques mois suite aux révélations sur un vaste système de manipulation des données comptables. La loi Sarbanes-Oxley de 2002 découle directement de l’affaire, en imposant une plus grande transparence comptable, afin de mieux protéger les investisseurs.

Pour Wirecard, les investisseurs risquent fort d’y laisser des plumes. Wirecard était même dans le portefeuille d’une vingtaine de fonds durables sur les 704 que compte la base de données de Novethic. L’analyse ESG n’a visiblement pas réussi à détecter les failles de gouvernance.

Secousse dans les milieux d’affaires

En trois jours, le séisme Wirecard a secoué les milieux d’affaires allemands et européens. Moody’s a commencé par dégrader la note de la fintech à B3 le vendredi 19 juin avant, le lundi suivant, de suspendre toute notation face à l’ampleur de l’affaire.

La Deutsche Börse, qui avait intégré Wirecard en grande pompe dans le Dax 30 à la place de Commerzbank en septembre 2018, examine la possibilité de lui infliger une sanction pour la non-présentation de ses comptes. L’opérateur boursier allemand avait pourtant choisi de ne pas inclure la fintech dans son indice Dax 50 ESG, lancé le 4 mars 2020, en raison de sa trop faible notation ESG par l’agence Sustainalytics. Les deux plus gros investisseurs dans la pépite déchue, les sociétés de gestion allemandes DWS (société de gestion de Deutsche Bank) et Union Investment, envisagent de porter plainte.


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