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AstraZeneca, General Electric, Rio Tinto… Les salaires des dirigeants qui ne passent pas auprès des actionnaires

Pascal Soriot, le directeur général d'AstraZeneca, a été confronté à une fronde d'actionnaires contre sa rémunération lors de l'AG du 11 mai., @AstraZeneca

L'ACTU

AstraZeneca, General Electric, Rio Tinto… Les salaires des dirigeants qui ne passent pas auprès des actionnaires

Par  Arnaud DUMAS|Publié le 12/05/2021

Les actionnaires en font voir de toutes les couleurs aux dirigeants des entreprises. Ce début de saison des AG est marqué par plusieurs vote contre les rémunérations de dirigeants d’entreprises trop gourmands et dont la performance, en période de pandémie, n’est pas au rendez-vous. Les agences de conseil en vote américaines se positionnent régulièrement contre ces packages trop importants.

Pour Pascal Soriot, le directeur général d’AstraZeneca, c’est passé tout juste. Lors de l’Assemblée générale du groupe pharmaceutique anglo-suédois, le mardi 11 mai au matin, près de 40 % des actionnaires ont voté contre la rémunération du dirigeant. Pas de quoi obliger le conseil d’administration à revoir sa copie, mais ce score élevé dans l’univers habituellement compassé des assemblées générales montre que les actionnaires jettent un regard de plus en plus attentif sur le lien entre la rémunération et la performance des dirigeants.

Les deux sociétés de conseil en vote américaines ISS et Glass Lewis, et la britannique PIRC avaient recommandé de voter contre la résolution sur le salaire du dirigeant. De grands investisseurs aussi, comme Aviva et Standard Life Aberdeen, ont choisi de voter contre.

En cause, le niveau de salaire trop élevé, surtout en période de pandémie, que toucherait le directeur général du laboratoire. Le conseil d’administration d’AstraZeneca proposait en effet une belle augmentation pour Pascal Soriot, comprenant notamment des attributions d’actions de long terme égales à 650 % du salaire de base, contre 550 % précédemment. De quoi permettre au dirigeant français de toucher bien plus que les 15,4 millions de livres qu’il avait reçues en 2020. 

Il est vrai qu’AstraZeneca s’est illustré pendant la pandémie en réussissant à faire homologuer un vaccin contre le Covid-19 plus facile à transporter que les autres vaccins, et que le laboratoire s’est engagé à commercialiser à prix coûtant. Mais les controverses sur les livraisons de vaccins en Europe, l’Union européenne demandant une compensation à AstraZeneca devant la justice belge pour non-respect du contrat, ont terni la réputation du laboratoire. Une réputation que certains actionnaires ne voulaient pas voir entachée un peu plus avec des rémunérations trop élevées.

Le rôle des proxys

La résolution sur les rémunérations des dirigeants a finalement obtenu une courte majorité des votes. Mais ce début de saison des AG a ainsi été marqué par plusieurs refus tout net par les actionnaires. Chez General Electric, 57,7 % des actionnaires ont rejeté les "pay packages" des dirigeants parce qu’ils prévoyaient de baisser les objectifs à atteindre pour obtenir les bonus, qui devenaient trop difficile à atteindre en raison de la pandémie. Alors que près de 20 000 salariés ont été licenciés l’année dernière, cela ne passait pas.

Le rôle des agences de proxy américaines ISS et Glass Lewis est sans doute déterminant dans ces votes contre les dirigeants. Tout comme chez AstraZeneca, elles s’étaient positionnées contre la rémunération des dirigeants de General Electric. Même chose chez Starbucks, où ISS et Glass Lewis recommandaient le vote contre les rémunérations, en raison de bonus excessifs en raison du contexte sanitaire et économique. Et 62 % des actionnaires les ont suivis.

Rio Tinto se démarque pour les causes qui ont conduit au rejet des rémunérations par près de 60 % des actionnaires. En plus des deux sociétés de conseil en vote américaine, l’Australian Council of Superannuation Investors (association des fonds de pension) recommandaient le rejet en raison de la responsabilité de la compagnie minière anglo-australienne dans la destruction d’un site sacré aborigène. Elles reprochaient à l’entreprise de laisser une part trop importante de bonus à Jean-Sébastien Jacques, l’ex-directeur général ayant quitté ses fonctions en raison du scandale.■


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