Michael Moore a produit le documentaire Planet of the Humans., @CCO

L'ACTU

Avec Planet of the Humans, Michael Moore signe un plaidoyer involontaire pour la taxonomie européenne

Par  Nicolas REDON|Publié le 04/06/2020

Michael Moore et Jeff Gibbs signent un documentaire à charge contre les énergies renouvelables. S’ils font mouche dans certains cas, les deux auteurs restent aveugles aux nuances de l’économie bas carbone, qui sont justement tout l’objet de la taxonomie européenne des activités vertes.

En plein confinement, le documentaire Planet of the Humans, mis en ligne gratuitement sur YouTube à l’occasion de la Journée de la Terre (22 avril), a beaucoup fait parler de lui. Véritable pavé dans la marre du développement des énergies renouvelables, ce documentaire réalisé par le militant écologiste américain Jeff Gibbs, a intrigué de nombreux web-spectateurs qui ne s’attendaient pas à une telle attaque frontale de la part de son célèbre producteur, Michael Moore.

Après une brève introduction collapsologiste, Planet of the humans surprend par le principal contenu du film : une longue liste de griefs adressés aux énergies renouvelables durant 1h40. Dans une interview YouTube donnée à Rolling Stone en réponse au torrent de critiques qui s’est abattu sur son documentaire, Michael Moore résume ainsi sa pensée : "les milliardaires ne sont pas nos amis". De fait, Planet of the Humans concentre une grande partie de son propos sur le fait que l’industrie des énergies renouvelables aurait été "récupérée" par les grands pontes du capitalisme.

Les renouvelables récupérés par les grandes fortunes

Le documentaire pointe ainsi les investissements des frères Koch dans l’industrie américaine des centrales solaires thermodynamiques, ceux de Michael Bloomberg dans le bois-énergie, de Richard Branson dans les biocarburants. Mais aussi les investissements de Generation Investment Management, la société de gestion d’Al Gore, dans la biomasse, ou encore la collaboration de l’ONG environnementale 350.org avec Green Century Capital Management, qui propose un fonds vert où la part en portefeuille de "pure players" verts est très faible en comparaison du poids en portefeuille d’autres géants comme Coca Cola.

Dans sa liste de griefs, le documentaire exploite les discours trop simplistes de certaines industries sur leur contribution verte supposée et en profite pour ranger toutes les technologies sur le même banc des accusés. Sont donc attaquées de la même manière d’un côté l’électricité solaire et éolienne, la géothermie et les véhicules électriques, classés comme activités vertes sans seuils particuliers dans l’actuel projet de taxonomie européenne. Et de l’autre côté les technologies liées aux biocarburants, à la biomasse et au gaz naturel, toutes sévèrement encadrées dans cette même taxonomie avec un arsenal de seuils et conditions pour être éligibles à des financements verts. 

Les nuances de vert de la taxonomie 

La taxonomie coupe ainsi l’herbe sous le pied de la plupart des accusations théâtrales du documentaire à l’encontre de la biomasse. Pour qu’une production d’électricité à partir de biomasse y soit considérée comme verte, il faut que l’installation puisse démontrer une réduction de 80 % des émissions de gaz à effet de serre en comparaison d’un scénario de production à partir d’énergies fossiles décrit dans la Directive européenne sur les énergies renouvelables (RED II). 

Plus encore, cette installation devra utiliser un carburant organique produit en conformité avec les critères de la taxonomie sur la biomasse et les biocarburants. Il devra notamment n’employer que des matières premières avancées telles que la paille, le fumier ou des sous-produits agricoles et sylvicoles, et non du bois brut parfois issu de forêts primaires sur lequel le documentaire met l’accent.

En mettant en exergue le manque de régulation nord-américain face au rapide développement de l’industrie de la biomasse et la lenteur d’organisations environnementales comme le Sierra Club à s’accorder sur une définition, le documentaire apporte un soutien aussi involontaire que percutant à la future taxonomie européenne. Planet of the Humans démontre que les enjeux de durabilité ne peuvent plus être regardés à la loupe mais bien de manière globale. Pour justifier les 600 pages de l’annexe technique de la taxonomie et l’importance de l’introduction du principe de non-nuisance (DNSH), le documentaire démontre qu’on ne peut s’arrêter à des principes vagues comme celui de l’ONG Natural Resources Defense Council (NRDC) qui pendant un temps préconisait de restreindre le développement de la bioénergie au "bon type de biomasse". 

Des reproches anciens et mal étayés

Restent enfin les reproches "classiques" que le documentaire reprend largement. Les énergies renouvelables y sont accusées de ne rien résoudre car l’intermittence de leur production ne permet pas de s’affranchir totalement des énergies fossiles. Il souligne que leur développement s’accompagne souvent de celui des centrales au gaz naturel, comme l’illustre la récente décision du gouvernement britannique d’approuver la construction de la plus grosse centrale à gaz d’Europe

Mais les auteurs du documentaire s’attaquent aussi au bilan carbone en cycle de vie de la voiture électrique ou des panneaux solaires en omettant de préciser que les dernières analyses, y compris les plus pessimistes, concluent à un gain CO2 mesurable. 

Indéniablement (et sans doute volontairement) provocateurs, les auteurs du documentaire soulèvent néanmoins un sujet brûlant : le maintien de notre niveau de consommation énergétique au moyen des seules énergies renouvelables est peu réaliste, alors que leur développement a en partie servi à alimenter une croissance de nos besoins énergétiques. Sur ce point le documentaire renvoie à la nature même du changement climatique et aux risques systémiques qu’il fait peser.


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