Des patrons appellent à une "sobriété salariale" alors que l’État envisage de déplafonner les salaires dans le public

L’État peine à trouver le prochain dirigeant d'EDF en raison notamment d'un salaire jugé peu attractif , EFD siège, @Eric Piermont AFP

L'ACTU

Des patrons appellent à une "sobriété salariale" alors que l’État envisage de déplafonner les salaires dans le public

Par  Mathilde GOLLA | Publié le 19/08/2022

L’État envisage de modifier la réglementation sur les salaires des entreprises publiques pour rendre le poste de dirigeant d'EDF plus attractif. Une décision incompréhensible pour les patrons Jean Moreau et Eva Sadoun qui estiment que l’intérêt général devrait primer pour "piloter ce chantier exceptionnel de la transition énergétique". Les entrepreneurs engagés militent ainsi pour la création d’un "salaire maximal de décence". Toutefois, en France, les grands patrons sont globalement moins payés que leurs homologues étrangers.

Le débat sur les salaires des grands patrons ressurgit, alors que l’État envisage de modifier la réglementation en vigueur pour les entreprises publiques. En effet, la rémunération maximale dans le public est fixée à 450 000 euros par an mais elle ne serait pas assez attractive pour prendre la tête d’EDF,  bientôt détenue à 100 % par l'État. Comme le gouvernement veut nommer le remplaçant de Jean-Bernard Lévy dès la rentrée, il serait prêt à changer la loi, selon Les Échos. Mais une telle décision fait polémique. Le plafonnement du salaire des dirigeants d’entreprises publiques est un "acquis essentiel, une boussole salutaire en temps de crise, qu’il serait incompréhensible de remettre en question aujourd’hui", estiment Eva Sadoun et Jean Moreau, coprésidents du mouvement Impact France, dans une tribune publiée dans le Monde.

La limite d’une rémunération brute annuelle des mandataires sociaux des entreprises publiques avait été fixée à 450 000 euros en juin 2012, juste après l'élection de François Hollande, mais ce plafond limiterait la quête du "meilleur profil" pour la direction d’EDF. "L’État manquerait de candidats pour piloter ce chantier exceptionnel que sont la transition énergétique de notre pays et sa capacité à s’adapter à un monde aux ressources finies, si la rémunération de ce poste majeur ne pouvait pas dépasser vingt-cinq fois le smic par mois", interrogent ironiquement les deux entrepreneurs.

Ce frein à la nomination du successeur de Jean-Bernard Lévy étonne d’autant plus que "la nouvelle génération se dit prête à baisser ses exigences salariales en fonction de l’engagement des entreprises", écrivent les patrons engagés. "Il nous paraîtrait incompréhensible qu’une telle décision soit prise si rapidement, sans réflexion sur une nouvelle méthodologie de recrutement, plus ouverte, plus rigoureuse, plus transparente pour trouver des candidats compétents, industriels exceptionnels, mettant l’intérêt général plus haut que leur intérêt particulier", soutiennent ainsi les responsables.

Peu de dirigeants étrangers à la tête des grands groupes Français

"Nous posons la question de la sobriété salariale, spécialement à l’heure où la période de crise énergétique et écologique nécessite davantage de partager les efforts", ajoute Eva Sadoun qui milite pour une meilleure répartition de la richesse. "La nécessaire sobriété salariale devrait s’appliquer surtout dans les entreprises publiques, mais aussi dans toutes celles qui s’engagent dans une dynamique de sobriété", indiquent les deux dirigeants qui plaident pour un "salaire maximal de décence". Récemment, les trois énergéticiens français, dont EDF, ont en effet appelé les consommateurs et les entreprises à la "sobriété". 

Dans tous les cas, le ou la prochaine dirigeante d'EDF devrait être française. C'est en tout cas ce qui ressort d'une étude du cabinet de chasseurs de têtes Segalen et associé. Les rémunérations françaises, même sans "sobriété salariale", seraient déjà moins attractives que dans d'autres pays. "Pour prendre un poste en France, un directeur général étranger sait qu’il doit diviser sa rémunération par deux ou trois. Les salaires français sont nettement plus faibles", précise Djamal Moussaoui,  chasseur de tête basé à Londres. Le rapport entre les salaires des grands patrons français et américains est même de l’ordre de 1 à 10. Résultat, même les géants tricolores qui réalisent l’essentiel de leur activité à l’international sont très majoritairement dirigés par des patrons de nationalité française. Il est donc rare qu’une entreprise cherche à démarcher des patrons étrangers, même quand elle a du mal à trouver un dirigeant français à sa mesure. EDF ne devrait pas faire exception à cette règle.  

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