En partant à la retraite, Vincent Bolloré lègue un groupe aux pratiques de gouvernance très critiquées

Vincent Bolloré a été auditionné cette année par les sénateurs. , @CCO

L'ACTU

En partant à la retraite, Vincent Bolloré lègue un groupe aux pratiques de gouvernance très critiquées

Par  Novethic, Arnaud DUMAS|Publié le 17/02/2022

Le groupe Bolloré ne ménage pas le "G" de l’ESG (environnement, social et gouvernance). Vincent Bolloré a annoncé prendre sa retraite le 17 février 2022, après avoir construit un groupe loin de répondre aux bonnes pratiques de gouvernance.

Il l’avait promis depuis plusieurs années. Vincent Bolloré a décidé d’acter, le 17 février 2022, son départ à la retraite à l’occasion du bicentenaire de son groupe. Sa prise de distance avec les affaires sera-t-elle complète et totale ? L’homme d’affaires breton s’est illustré par des pratiques de gouvernance peu lisibles dans les groupes dans lesquels il a pris le contrôle. C’est le cas notamment chez Vivendi, le groupe de média dans lequel la société Bolloré est devenu actionnaire de référence il y a dix ans.

"Nous détenons des actions Vivendi en portefeuille depuis assez longtemps et, depuis que le groupe Bolloré est entré au capital, nous sommes vigilants sur la gouvernance", confie Denis Branche, directeur général délégué de Phitrust. Dès la nomination de Vincent Bolloré à la présidence du conseil de surveillance de Vivendi en 2014, la société de gestion a alerté sur le risque de prise de contrôle par le groupe Bolloré. En 2015, Phitrust a essayé de s’opposer à la mise en place d’un droit de vote double mais n’a pas obtenu la majorité des deux tiers requise pour préserver le droit de vote simple. Le groupe Bolloré a alors pris le contrôle de fait de l’entreprise, avec près de 30 % des droits de vote.

Cette prise de contrôle de fait se double d’une structure de gouvernance complexe, dans laquelle les organigrammes du groupe Bolloré s’emmêlent avec ceux de Vivendi. Phitrust demande ainsi régulièrement que les fonctions de président du conseil de surveillance et de PDG d’une filiale du groupe soient séparées, en ciblant le fils de Vincent Bolloré, Yannick Bolloré, nommé au conseil de surveillance de Vivendi en 2018 tout en conservant ses fonctions chez Havas. Il est également vice-président de la société Bolloré. Le directoire de Vivendi comprend également des dirigeants ou ex-dirigeants de la société Bolloré.

Des administrateurs pas si indépendants

Vincent Bolloré s’est également ménagé un rôle de censeur dans le conseil de surveillance, un administrateur dont le rôle est de conseiller le conseil… Il dispose par ailleurs d’un contrat de travail pour son rôle de conseiller du président du directoire. "C’est une gouvernance taillée sur mesure pour que Vincent Bolloré conserve son influence", déplore l’actionnaire minoritaire. Vincent Bolloré, lui, soutenait devant les sénateurs le 19 janvier qu'il n'avait plus aucun rôle opérationnel et se reposait sur les "garçons de talent".

Le groupe Bolloré fait lui-aussi l’objet de critiques sur sa gouvernance. Dans son rapport 2021 sur le gouvernement d’entreprise, l’Autorité des marchés financiers (AMF) épingle le groupe familial pour son non-respect du code de gouvernance de l’Afep-Medef. L’AMF doute de la véritable indépendance de l’un des administrateurs indépendants. Le code Afep-Medef juge en effet qu’après douze ans passés au conseil d’administration, un administrateur ne peut plus être qualifié d’indépendant. Or François Thomazeau a intégré le conseil en 2007.

L’AMF relève une autre infraction au code de bonne conduite. Celui-ci recommande que le comité d’audit et le comité des nominations et rémunérations soient composés d’une majorité d’administrateurs indépendants. Or, après examen des membres de ces comités, le gendarme financier conclut qu'ils "sont en réalité composés exclusivement d’administrateurs non indépendants". 

À son départ en retraite, Vincent Bolloré laisse donc une structure de gouvernance à la fois complexe et très attachée à sa personne. Ses deux fils, Yannick et Cyrille Bolloré, héritent du groupe, le premier chez Vivendi, le second dans la société familiale. Reste à savoir si l’édifice perdurera sans le patriarche. Ou s’il réussira à se retirer complètement des affaires.■


Popup de la lettre d'information! Le snippet pop up de la lettre d'information est effectif sur cette page. Cliquez C'est ici pour éditer le contenu du dialogue