Selon l'initiative Carbon Trackr, 90 % des projets d'investissement d'ExxonMobil d'ici 2030 ne sont pas compatibles avec l'accord de Paris., @Flickr

L'ACTU

Exxon se fait éjecter des poids-lourds du S&P500

Par   Arnaud DUMAS |Publié le 11/09/2019

Le pétrolier américain s’est pour la première fois fait éjecter du top 10 des entreprises les plus importantes du S&P 500. Un revers qui pourrait servir d’avertissement, dans un monde où la prise de conscience climatique ne cesse de prendre de l’ampleur. Le pétrolier américain prévoit néanmoins de poursuivre des investissements massifs dans son secteur, et présente, selon Carbon Tracker, le plus gros risque de "stranded assets" à terme.

C’est un mini coup de tonnerre qui s’est joué dans l’indice boursier S&P 500. Début septembre, Exxon Mobil s’est vu détrôné du top 10 de cet indice phare américain, remplacé par Visa, le fournisseur de moyens de paiement. C’est une première pour la firme pétrolière, qui a toujours fait partie des plus grandes entreprises américaines depuis la création de l’indice il y a près de 90 ans. 

Exxon est recalé à la douzième place du classement des entreprises du S&P500 en fonction de leur poids dans l’indice. Le poids du pétrolier n’est plus que de 1,21 %, quand Visa atteint 1,27 %. Ce déclassement reflète la perte relative d’influence de l’industrie pétrolière dans l’économie, due en partie à la prise de conscience du réchauffement climatique et à la nécessité de s’orienter vers une énergie décarbonée.

Les dirigeants d’Exxon semblent néanmoins vouloir poursuivre leur stratégie d’expansion dans le pétrole. Lors de la conférence de Barclays sur l’énergie début septembre, Darren Woods, le PDG d’ExxonMobil, a ainsi confirmé qu’il se tenait prêt à réaliser d’importantes acquisitions dans le domaine, pour suivre la demande en énergie des prochaines années. L’entreprise semble en outre se recentrer sur le continent américain, alors que les médias norvégiens ont rapporté le 5 septembre que la vente pour 4 milliards de dollars de ses licences dans le pays était en cours de finalisation.

Plusieurs décennies avant les énergies propres

Selon la présentation du dirigeant d’Exxon, les énergies propres mettront plusieurs décennies à être réellement adoptées. Entre temps, le pétrole et le gaz naturel demeureront selon lui les seules solutions pour répondre à la demande croissante en énergie, estimée à+20 % d'ici 2040 selon Exxon. Il compte donc poursuivre les investissements dans ces secteurs.

Une stratégie partagée par la plupart des majors pétrolières. Selon une étude de Carbon Tracker, celles-ci prévoient d’investir 50 milliards de dollars entre 2019 et 2030 dans 19 projets pétroliers et gaziers hors budget carbone de l'accord de Paris, dont le projet Aspen au Canada dans lequel Exxon va dépenser 2,6 milliards de dollars. Tous ces projets sont incompatibles avec l'objectif d’un réchauffement climatique contenu en dessous de 2 degrés, et risquent d’être en partie réduits à des "stranded assets".

ExxonMobil est le pétrolier qui présente le plus de risque d’actifs échoués. L’initiative Carbon Tracker estime à 90 % la part de ses projets d’investissements prévus entre 2019 et 2030 comme étant incompatibles avec l’accord de Paris.