Gaz russe : le bras de fer Europe/Poutine entre dans une nouvelle phase aux rudes impacts économiques

Bruno Le Maire, ministre français de l'Économie et des finances, et Robert Habeck, ministre allemand de l'Économie et du climat. , @Markus Schreiber / AFP

L'ACTU

Gaz russe : le bras de fer Europe/Poutine entre dans une nouvelle phase aux rudes impacts économiques

Par  Novethic, Anne-Catherine HUSSON TRAORE|Publié le 01/04/2022

À partir du 1er avril, Vladimir Poutine va exiger le paiement de son gaz en roubles. Même si les contrats signés avec les Européens prévoient un paiement en euros ou en dollars, le rapport de force imposé par la guerre en Ukraine et les sanctions qui l’accompagnent crééent de facto une situation inédite. Le refus de payer dans la devise russe amènera-t-il une cessation des approvisionnements ? L’Allemagne et la France disent s’y préparer.

Vladimir Poutine a transformé en diktat sa menace de la semaine dernière. Il a signé un décret exigeant le paiement en roubles des livraisons de gaz naturel à partir du 1er avril de la part des pays hostiles - catégorie dans laquelle il classe : les États-Unis, les pays membres de l’Union européenne, le Royaume-Uni, le Canada, le Japon, la Suisse, Taïwan, la Corée du Sud, la Norvège ou l’Australie. L’Union européenne a clairement refusé continuant à tenter d’imposer à Poutine le respect de l’État de droit à travers celui des contrats qu’il a signés. Mais le mois d’avril ouvre une nouvelle phase dans le bras de fer entre la Russie et l’Union européenne dont l’approvisionnement énergétique dépend à 40 % du gaz russe

Le refus européen de changer de devises conduira-t-il la Russie à fermer le robinet de son gaz ? Les ministres de l’Économie et des finances français et allemands s’y préparent, comme ils l’ont expliqué dans une conférence de presse commune le 31 mars. Mais la tonalité du message adressé aux citoyens est très différente d’un pays à l’autre. En France, où les élections présidentielles sont dans quelques jours, on met l’accent sur les aides sur le prix de l’essence pour amortir le choc. En Allemagne, où les élections ont amené en septembre dernier une nouvelle coalition au pouvoir, le ton est très différent. 

Robert Habeck, le vice-chancelier écologique, ministre de l’Économie et du climat a déclaré à la télévision : "Cela nous rendra plus pauvres et la société devra le supporter. La question est de savoir comment répartir ce coût équitablement, mais il est impensable que nous puissions faire cela sans que la société allemande n’en paye le prix. Mais il faut garder en tête que ce prix est modeste comparativement à celui que paye l'Ukraine et les Ukrainiens !


L’économiste Jean Pisani Ferry résume ainsi le débat dans sa chronique publiée sur Project Syndicate : "Les dirigeants européens devraient faire comprendre au public qu'ils ne peuvent vaincre un adversaire prêt à subir une baisse de 20 % du revenu national si les Européens ne sont pas prêts à risquer une baisse de 2 % du leur. Mais les mêmes dirigeants qui ont récemment osé enfermer leurs concitoyens pour lutter contre le Covid-19 ne veulent plus leur dire de conduire un peu plus lentement pour économiser du carburant". 

Si le robinet du gaz russe se tarit pour cause de boycott ou de sanctions, la transition énergétique de l’Europe deviendra urgente. Or les gouvernements européens voulaient prendre le temps de se préparer, raison pour laquelle ils ont fait le choix début 2022 d’intégrer le gaz et le nucléaire à la taxonomie. Mais les centrales nucléaires françaises ne sont pas construites, le gaz va inéluctablement se raréfier et il va falloir repenser l’équation énergétique dès 2022 sans renoncer aux objectifs climatiques.■


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