La chute de DWS, filiale de Deutsche Bank, pour greenwashing aggravé et fausses allégations ESG !

La Deutsche Bank et sa filiale DWS, accusées de greenwashing , @ArmandoBabani / AFP

L'ACTU

La chute de DWS, filiale de Deutsche Bank, pour greenwashing aggravé et fausses allégations ESG !

Par  Anne-Catherine Husson Traore|Publié le 01/06/2022

Francfort et le siège de DWS ont été le théâtre de la première descente de police dans une société de gestion d’actifs à cause d’accusations de greenwashing. Sous le coup d’une double enquête de régulateurs financiers, la BaFin en Allemagne et la SEC aux États Unis depuis l’été dernier, DWS est accusée d’avoir menti sur les caractéristiques ESG de ses produits durables. Premières conséquences : la démission de son dirigeant et une chute boursière de plus de 6 % ! Les régulateurs ouvrent la chasse au vrai/faux durable.

L’affaire DWS a commencé il y a plusieurs mois quand son ancienne responsable de la finance durable, Desiree Fixler, a affirmé au Wall Street Journal que le rapport annuel publié par la société de gestion, trompait les investisseurs puisqu’il gonflait les chiffres d’encours intégrant réellement des critères ESG. Les documents internes produits étaient suffisamment crédibles pour que les "allégations durables" de DWS fassent immédiatement l’objet d’une double enquête des régulateurs, la BaFin en Allemagne et la SEC aux États Unis. Difficile d’imaginer qu’elles allaient déboucher sur une descente de police, en bonne et due forme, le 31 mai 2022 au siège de DWS à Francfort.

Une cinquantaine de policiers sont venus perquisitionner par surprise les locaux de la société de gestion. Ils ont saisi ordinateurs et documents de façon à remonter les pistes qui auraient conduit DWS à gonfler ses encours ESG en classant abusivement certains fonds dans la catégorie durable. Asoka Woehrmann, le patron de DWS a démissionné dès le lendemain, ce qui a entraîné une chute du titre. Il a mis en avant la réussite financière de son mandat : "Aujourd'hui, après les trois années les plus fructueuses de son histoire, DWS est nettement plus rentable. Elle est stable et a continué à enregistrer de bonnes performances dans un environnement de marché difficile", a-t-il déclaré. Il partira lors de l’assemblée générale du 9 juin et sera remplacé par Stefan Hoops, qui dirige la banque d'affaires de la Deutsche Bank dont DWS est une filiale. Il espère que son départ permettra de tourner la page : "les allégations formulées à l'encontre de DWS et de moi-même au cours des derniers mois sont devenues un fardeau pour l'entreprise, ainsi que pour ma famille et moi-même. Afin de protéger l'institution et mes proches, je souhaite ouvrir la voie à un nouveau départ", déclare-t-il.

L’arbre qui cache la forêt

DWS est-il l’arbre qui cache la forêt ? Certains acteurs de la finance durable pourraient être exposés à des risques de réputation similaires si les responsables de leurs politiques de finance durable se mettent à dénoncer leurs mauvaises pratiques, à l’image de ce qu’ont fait Desiree Fixler pour DWS ou Tariq Fancy pour Blackrock. Mais le scandale DWS devrait tous les inciter à faire œuvre de plus de transparence sur leurs pratiques en expliquant clairement à leurs clients comment ils intègrent l’ESG ou quelle est leur exposition réelle aux énergies fossiles par exemple. Ce socle minimal est ce que la SEC a déclaré vouloir imposer sur le marché américain.

En revanche, en Allemagne, la BaFin a annoncé début mai qu’elle suspendait son projet de directive sur la commercialisation des fonds durables à cause du "contexte macro-économique lié à la guerre en Ukraine". Elle prévoyait des exigences minimales pour les fonds durables qui auraient eu le choix entre trois options : ratio d'investissement minimum selon des critères ESG (le seuil de 75 % était évoqué), stratégie d'investissement durable type best in class ou best in univers, ou encore référence à un indice durable. Mark Branson, le président de la BaFin, a précisé lors d’une conférence de presse consacrée aux risques qui menacent la stabilité du système financier allemand que : "l'environnement actuel n'est pas assez stable pour la mise en place d’une régulation permanente."

La BaFin s’est malgré tout engagée à vérifier que les nouveaux fonds durables appliquent bien des exigences minimales, mais sans définir juridiquement le concept. Pour aller au-delà des obligations de reporting et d’auto-classification type SFDR, il faudrait pourtant que les régulateurs financiers s’accordent sur des exigences minimales obligatoires pour les fonds durables. L’affaire DWS permet de mesurer le prix du risque de réputation qu’implique de lancer hâtivement des fonds ESG qui n’ont d’ESG que le nom. Reste à savoir quelle est la part de ce type de produits au sein d’un volume d’encours estimé par les gérants d’actifs à 5200 milliards d’euros sur le marché européen. ■


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