La question de la durabilité de l’industrie de l’armement agite les investisseurs

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L'ACTU

La question de la durabilité de l’industrie de l’armement agite les investisseurs

Par  Novethic, Arnaud DUMAS|Publié le 26/03/2022

La guerre en Ukraine ravive le débat sur l’exclusion des fabricants d’armes par les investisseurs responsables. Pour certains, l’agression russe ne change rien : les armes demeurent incompatibles avec des fonds durables. D’autres commencent au contraire à revoir leur position au nom du nécessaire maintien de la paix. Deux positions difficilement réconciliables…

La guerre en Ukraine réveille les débats sur l’industrie de l’armement. Certains investisseurs considèrent, à l’aune de ce conflit, qu’il s’agit en quelque sorte d’un mal nécessaire, la défense étant le socle pour maintenir la paix et bâtir une société durable. Pour d’autres, cette industrie est au contraire intrinsèquement incompatible avec une stratégie d’investissement basée sur des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). C’est le cas de Désirée Lucchese, responsable de l’éthique et de l’impact du U Ethical Investors, une société de gestion d’actifs australienne.

Elle relaie dans un billet sur LinkedIn un article de Capital Monitors intitulé "Pourquoi les fonds ESG sont plein d’armes". Elle fait tout particulièrement mention d’une citation de l’article, dans laquelle Andrew Behar, le directeur de l’ONG américaine AsYouSow déclare : "Notre point de vue, c’est que les fonds qui se revendiquent ESG ne devraient pas contenir d’armement – bien qu’il y ait plein de fonds pour lesquels ce soit le cas". Investir dans l’armement ne peut donc, en aucun cas, être considéré comme un investissement durable. "Nous sommes d’accord", termine Désirée Lucchese.


Cette position fondée sur l’éthique s’est largement diffusée parmi les investisseurs responsables. Selon les données collectées par AsYouSow, plus de la moitié des fonds durables listés par Morningstar détiennent ainsi des participations dans des entreprises produisant des armes militaires, pour une exposition totale de 7,3 milliards de dollars. Mais cette exposition avait tendance à décroître ces dernières années, notamment sous la pression d’ONG sur les investisseurs. Le risque de réputation en raison de controverses sur ces industriels, relayées par les ONG, a fait fuir les investisseurs.

Nouvelle donne

La guerre en Ukraine pourrait venir bousculer tout cela. Des investisseurs du nord de l’Europe, traditionnellement les plus opposés à l’industrie de l’armement, commencent ainsi à revoir leur position. C’est le cas du suédois SEB ou de la banque allemande Commerzbank. Les industriels de l’armement, de leur côté, soutiennent l’importance de leur secteur pour protéger les citoyens et rappellent notamment que le droit à la légitime défense est inscrit dans la Charte des Nations Unies. Le conflit déclenché par la Russie remet ces arguments sur la table.

Le changement peut être également observé au niveau européen. Le projet final de taxonomie sociale de la Plateforme sur la finance durable, présenté fin février à la Commission, diffère du texte initial sur la question de l’armement. Les fuites sur le projet initial laissaient entendre que la taxonomie sociale exclurait la fabrication d’armes de manière assez large, jusqu’à certaines armes dites conventionnelles. Le texte final adopte en revanche une position plus stricte et restreint l’exclusion des armes à l’existence de traités internationaux, donc aux armes non-conventionnelles (bombes à sous-munitions, chimique, nucléaire, etc.). ■


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