Le Texas dégaine sa liste noire d’investisseurs engagés sur le climat pour défendre le pétrole et le gaz

Exxon est basé au Texas , Getty Images via AFP

L'ACTU

Le Texas dégaine sa liste noire d’investisseurs engagés sur le climat pour défendre le pétrole et le gaz

Par  Anne Catherine Husson Traore | Publié le 27/08/2022

Le Texas, où se trouve le siège social d’Exxon, a décidé d’appeler au boycott des acteurs financiers dont la politique climat menacerait l’industrie fossile. Il cible BlackRock, UBS, BNP Paribas, Crédit Suisse, Nordea. Plus gros producteur de pétrole et de gaz de schiste, le Texas est entré en croisade contre les stratégies climat des investisseurs et l’ESG. Ce combat est porté par les Républicains qui légifèrent aux États-Unis pour défendre l’industrie fossile, à tout prix.

"L’empire contre-attaque", alerte Antoine Poincaré, le vice-président de la Climate School d’AXA à propos de la stratégie du Texas, entré en guerre contre les financiers qui voudraient réduire leur exposition aux énergies fossiles au nom de leurs engagements sur le climat. Il relaie l’article de Bloomberg qui décrit l’offensive du Texas. L’État vient d’établir une liste noire d’acteurs financiers à boycotter. Il menace de cesser de travailler avec eux, par exemple pour l’émission d’obligations. Cela pourrait faire perdre beaucoup d’argent aux firmes concernées dont BlackRock, Crédit Suisse ou BNP Paribas.

Cette annonce a été faite par Glenn Hegar, le Républicain en charge des finances de l’État, grand défenseur des énergies fossiles. Elle est le résultat d’une enquête menée auprès de 150 entreprises, entre mars et avril 2022, sur les politiques climat des investisseurs, déclenchée par une loi du 1er septembre 2021. Celle-ci prévoit de limiter les contrats entre le Texas et les entreprises qui veulent réduire leurs liens avec les entreprises carbo-intensives. Alexandre Poincaré souligne que la réponse des financiers boycottés est tout aussi inquiétante pour le climat dans cette affaire. Ils protestent en expliquant qu’ils ne "boycottent" pas les énergies fossiles et veulent rétablir de bonnes relations avec l’État américain, à l’image de BlackRock qui rappelle "avoir investi plus de 100 milliards de dollars au Texas dans les entreprises du secteur de l’énergie".

Amorcé par Trump quand il était président, le combat des Républicains contre l’ESG prend de l’ampleur. Il considère ce mouvement comme l’axe du mal. Glenn Hegar a par exemple déclaré que "l’ESG a produit un système opaque et pervers dans lequel certaines sociétés financières ne prennent plus de décisions dans le meilleur intérêt de leurs actionnaires ou de leurs clients, mais utilisent plutôt leur poids financier pour pousser un ordre du jour social et politique entouré de secret". Le gouverneur républicain de la Floride, Ron de Santis, est sur la même position. Il vient d’obliger les fonds de pension de l’État à cesser de prendre en compte l’ESG "pour ne considérer que les aspects purement financiers de la gestion". D’autres États comme l’Oklahoma, la Virginie ou le Kentucky ont adopté des législations similaires ce qui fait dire à Alexandre Poincaré : "la bascule que nous vivons n'est pas un combat entre l'action et l'immobilisme mais bien entre ceux qui veulent changer les choses et ceux qui vont activement défendre le modèle actuel".

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