L'Essentiel de la Finance durable
L’effet de levier de la taxonomie rongé par trop de complexité technique ?

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L'ACTU

L’effet de levier de la taxonomie rongé par trop de complexité technique ?

Par  Anne-Catherine HUSSON TRAORE|Publié le 19/08/2021

Quand la Commission Européenne a décidé d’adopter une taxonomie verte, elle voulait disposer de référentiels listant les activités compatibles avec les objectifs environnementaux de l’Union dans six domaines clefs. La publication des premières pistes sur les quatre objectifs non climatiques permet de s’interroger sur la complexité du dispositif proposé. Elle rend très incertaine l’appropriation du référentiel par les entreprises et les investisseurs. L’énergie porteuse du plan d’action sur la finance durable de 2018 est à bout de souffle alors qu’il faudrait accélérer pour cause d’urgence climatique.

Il y a trois ans (une éternité) la DG Marchés Financiers de la Commission européenne, encouragée par le groupe d’experts qu’elle avait fait travailler pendant toute l’année 2017, a lancé un ambitieux plan d’action sur la finance durable. La taxonomie était sa colonne vertébrale. L’idée maîtresse était que l’impulsion de verdissement de l’économie européenne viendrait de la finance et que les entreprises européennes s’aligneraient sur ses attentes en valorisant leur part verte, vraiment verte puisqu’elle serait conforme à la taxonomie. Que reste-t-il de cette ambition à l’automne 2021 ?

Près de 1000 pages publiées discrètement en plein milieu de l’été forment la première proposition de critères techniques pour les quatre objectifs environnementaux non climatiques de la taxonomie : l’utilisation durable et la protection des ressources en eau et des ressources marines, la transition vers une économie circulaire, le contrôle et de la prévention de la pollution, la protection et la restauration de la biodiversité et des écosystèmes.

Pas encore de réactions

La plateforme a mis son texte en consultation dans la torpeur estivale et, à ce stade, pas de réaction ni des ONG environnementales, ni des entreprises. L’indifférence n’est jamais bon signe car une question se pose : comment ce document va-t-il aider à aligner les planètes environnementales de l’Union européenne ? Même si l’objectif de "créer un langage commun pour les investisseurs, les entreprises, les dirigeants politiques et les institutions financières sur ce qu’est une activité qui apporte une contribution substantielle à un objectif environnemental" est réaffirmé dans le préambule, cela ressemble plutôt à un vœu pieu.

Pour que la taxonomie ne devienne pas une langue morte rangée dans le répertoire des sites officiels européens, il faut que les acteurs économiques s’en emparent. Il faut aussi qu’elle bénéficie d’un soutien politique majeur qui fasse le lien entre cet instrument et la stratégie environnementale de l’Union. Or la mécanique positive proposée est si complexe que les lobbys ont beau jeu de souligner son inapplicabilité.

Autre source d’alerte, le déséquilibre fondamental entre la taxonomie environnementale, qui dessine un univers ultra technique nécessitant un diplôme d’ingénieur pour l’analyser, et la taxonomie sociale qui a à peine dépassé le stade du concept. Or sans moteur social, la transformation de l’économie européenne vers un modèle bas carbone a encore moins de chance de se produire.

Dans le secteur financier la complexité des régulations est une stratégie pour limiter leur impact. Il serait dommage que la stratégie sur la finance durable reproduise le schéma pour éviter de désigner les activités nuisibles à l’environnement. Le dispositif tel qu’il est présenté, a peu de chance de stimuler une économie verte qui peine à se déployer. ■


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