Les dirigeants de BP (ici Helge Lund, le président, et Bob Dudley, le directeur général) ont incité à voté en faveur de la résolution de Climate Action 100+., @BP

L'ACTU

Les actionnaires de BP suivent l'avis de la direction et votent pour une résolution sur le climat

Par   Arnaud DUMAS |Publié le 22/05/2019

Helge Lund, le président de BP, a rédigé une tribune dans le Financial Times pour expliquer que la transformation de la compagnie pétrolière vers un modèle bas carbone est dans le meilleur intérêt de ses actionnaires. Et cette transformation doit se faire rapidement, plus l’entreprise attend et plus les investissements nécessaires seront lourds. Lors de l'assemblée générale du 21 mai, les actionnaires ont suivi la recommandation du président de l'entreprise et voté massivement en faveur de la résolution déposée par Climate Action 100+.

[Mise à jour le 22 mai 2019] Les actionnaires de BP ont adopté à 99,14 % la résolution déposée par Climate Action 100+ pour rendre le pétrolier plus transparent sur ses émissions de gaz à effet de serre. Ils ont en revanche rejeté à 91,6 % la résolution du groupe Follow This.

Helge Lund, le président de BP, veut transformer rapidement sa société vers un modèle bas carbone. Pas le choix, selon lui, le monde change et les entreprises doivent anticiper et s’adapter. À quelques heures de l’assemblée générale du groupe le mardi 21 mai, il a publié une tribune dans le Financial Times pour exprimer et expliquer son soutien à la résolution déposée par Climate Action 100+, l’association d’investisseurs soucieux du climat.

"Nous allons pousser les actionnaires à soutenir la résolution proposée par Climate Action 100+ qui appelle à une plus grande transparence de la part de BP sur la manière dont notre stratégie est alignée avec les objectifs de l’accord de Paris de 2015 sur le changement climatique", écrit-il dans le quotidien financier. Face aux éventuels actionnaires climato-sceptiques, Helge Lund prend les devants. "Avec un prix du pétrole au-dessus de 70 dollars le baril, pour le Brent brut, BP veut certainement continuer d’en produire et d’en vendre autant qu’il le peut pour aussi longtemps qu’il le pourra, dit-il pour anticiper leurs questions. Au contraire. Nous reconnaissons que le monde est sur un chemin insoutenable."

Le pétrolier doit donc agir en conséquence pour transformer son modèle d’affaires. Pour respecter l’accord de Paris, BP va devoir créer de nouvelles activités neutres en émissions de gaz à effet de serre à un rythme soutenu, tout en transformant ses activités actuelles. De lourds investissements en perspective qui pourraient effrayer les investisseurs.


La meilleure option pour BP et ses actionnaires

"Mais pensez à l’alternative, leur indique-t-il. Plus les émissions de CO2 augmentent, plus ce changement deviendra difficile et demandera une transition douloureuse pour nous et le monde. Le monde ne peut pas continuer sur sa voie actuelle." Il poursuit : "quels que soient les défis posés par une transition rapide, c’est la meilleure option pour BP et ses actionnaires – autant que pour le monde entier."

Le président de BP repousse en revanche l’autre résolution sur le climat, plus contraignante, déposée par le groupe Follow This. Cette résolution enjoignait le pétrolier à réduire ses émissions de l’exploration jusqu’à l’utilisation des produits par le consommateur final. "Cela ne laisse pas de place à la flexibilité et limiterait notre capacité à nous transformer, vu le chemin encore incertain que la transition prendra", estime-t-il.

Cette tribune marque malgré tout un engagement fort du pétrolier vers la transformation de son business model. Une transformation qu’il ne pourra pas mener seul, mais seulement avec le reste de l’industrie et avec les gouvernements. Un système de prix du carbone clair et stable permettra notamment de faciliter cette transition, assure Helge Lund.

La pression des manifestations citoyennes pour le climat et des investisseurs responsables n’aura donc pas été vaine. L’industrie pétrolière européenne semble commencer à prendre plus sérieusement en compte la crise climatique pour orienter leur stratégie. De l’autre côté de l’Atlantique, l’engagement demeure beaucoup moins clair.