Selon le sondage du FIR, 76 % des Français estiment que le changement climatique doit être pris en compte dans leur épargne, contre 71 % l'an dernier., @Pixabay

L'ACTU

Les épargnants plébiscitent la finance durable, mais manquent d’information sur les produits

Par   Arnaud DUMAS |Publié le 27/09/2019

Le changement climatique préoccupe les Français jusque dans leur épargne. Selon le sondage annuel du Forum pour l’investissement responsable et de Vigeo Eiris, ils sont de plus en plus nombreux à trouver important que leurs investissements le prennent en compte. Mais deux enquêtes de l’AMF dressent un constat sévère pour les établissements financiers : l’information sur ces produits responsables demeure souvent inaccessible et la documentation peu lisible.

Les Français sont de plus en plus nombreux à se soucier de l’impact positif de leur épargne. À l’occasion de la semaine de la finance responsable, qui se tient du 26 septembre au 4 octobre, le Forum de l’investissement responsable (FIR) a publié son sondage annuel pour évaluer la manière dont les Français souhaitent investir leur épargne. Climat, environnement, biodiversité font partie des principaux sujets qui les inspire.

En un an, ces trois sujets ont enregistré une nette progression dans les attentes des épargnants français. Selon le sondage du FIR, 76 % d’entre eux estiment que le changement climatique doit être pris en compte de manière prioritaire dans leurs investissements, contre 71 % l’année dernière. La pollution de l’air, des sols et de l’eau est un sujet important pour 82 % d’entre eux (80 % à la précédente édition), la biodiversité l’est pour 69 % (63 % l’année dernière).

Cette demande de plus en plus forte pour des produits d’épargne durables devrait trouver des débouchés supplémentaires du fait de la loi Pacte. Elle prévoit d’obliger les vendeurs d’assurance-vie à présenter au moins une unité de compte labellisée ISR (Investissement socialement responsable) à partir de 2020, et deux unités de comptes supplémentaires labellisées Finansol ou Greenfin à partir de 2022. De quoi développer le marché de la finance durable, selon le gouvernement. À condition toutefois d’expliquer aux épargnants de quoi il s’agit…

Un gros manque d’information

Et c’est là que réside le problème. Le sondage du FIR montre que 61 % des épargnants ne connaissent pas l’ISR, une proportion stable dans le temps. Et seuls 6 % d’entre eux se sont déjà vu proposer un produit ISR par leur conseiller financier ou par leur banquier. Les établissements financiers vont donc devoir consentir un effort important de formation des conseillers en lien avec la clientèle pour orienter l’épargne vers ces produits.

Les résultats du sondage du FIR sont confirmés par ceux de deux études publiées par l’Autorité des marchés financiers (AMF). L’une, réalisée par Audirep, estime que 4 Français sur 10 trouvent les placements dans des produits responsables intéressants, mais que, là encore, ils ne connaissent pas bien les produits. Un Français sur deux voudrait avoir plus de renseignements sur leur fonctionnement.

Outre la connaissance de l’épargne responsable, la qualité de la présentation des documents n’est pas à la hauteur. Un label ISR, GreenFin ou Finansol ne fera pas tout, l’épargnant veut pouvoir comprendre ce qu’il y a derrière. La seconde enquête, réalisée par l’institut CSA, a fait tester la lisibilité des documents de présentation des produits ISR. Le résultat a de quoi faire réfléchir les équipes marketing qui construisent les produits d’investissement durables… 

Des efforts en marketing à faire

Selon l’étude, les particuliers interrogés ne comprennent pas les termes de l’investissement socialement responsable (gouvernance, analyse extra-financière, etc.) et n’en trouvent pas de définition dans les documents. La lecture de la documentation qui leur est fournie est jugée fastidieuse la plupart du temps et, même si quelques-uns plus zélés vont jusqu’à lire les rapport 173, ils s’orientent en général plutôt vers des documents synthétiques, avec des graphiques clairs et une mise en page aérée.

L’enquête qualitative montre également que les épargnants les plus impliqués ne veulent pas être les dupes d’un risque de "greenwashing". Un document clair et synthétique ne doit pas faire l’impasse sur la démonstration que le produit d’épargne est bien responsable. Selon l’étude, ces épargnants réclament de la transparence sur les critères de sélection, sur le respect des critères ESG, et veulent également pouvoir relier de manière concrète leur épargne aux projets et entreprises financés.