Des coalitions d'investisseurs demandent aux entreprises de mettre en cohérence leurs engagements climatiques avec les pratiques de leurs lobbys., @CCO

L'ACTU

Les investisseurs s’attaquent au lobbying anti-climat

Par   Paul KIELWASSER |Publié le 18/10/2019

Le lobbying anti-climat n’est plus excusable : des coalitions d’investisseurs accentuent la pression sur les entreprises pour réclamer plus de transparence et une action qui contribuerait positivement aux objectifs de l’accord de Paris. Malgré des succès d’estime, le mouvement manque pour le moment de soutien pour imposer une nouvelle norme.

Ben van Beurden, le PDG néerlandais de Shell, n’a pas de complexes. Son entreprise continuera à investir dans les projets pétroliers et gaziers, quels que soient les cris d’alarme des investisseurs activistes. Le risque de "stranded asset" ? Il s’en moque, il prévoit de lancer 35 nouveaux projets d’ici 2025. Ces déclarations, faites dans le cadre d’une interview à Reuters, ne vont pas plaire aux investisseurs qui insistent de plus en plus auprès des émetteurs pour que leur discours pro-climat soit en phase avec leurs actions. Shell avait ainsi certifié la main sur le cœur en début d’année, vouloir réduire son empreinte carbone nette de 2 à 3 % d’ici 2019.

Le double discours des entreprises qui s’engagent ne passe plus auprès des gérants d’actifs engagés. En 2018, Shell et d’autres entreprises européennes comme BP avaient été interpellées par une campagne de Climate Action 100+ sur leur appartenance à des groupes de pression contre le climat. Aux États-Unis, l’organisation environnementale Ceres a appelé, dans une lettre ouverte, 47 entreprises américaines à aligner leurs activités de lobbying avec les engagements de l’Accord de Paris. Soutenue par 200 investisseurs institutionnels représentant près de 6000 milliards de dollars d’actifs, Ceres a produit un document résumant leurs exigences en matière de reporting sur les activités de lobbying, les "Investor Expectations on Corporate Lobbying on Climate Change".

BHP pourrait subir le premier les conséquences de changement de ton. Le groupe minier s’était engagé à revoir la pertinence de sa participation à des associations industrielles suite à des révélations du Guardian sur le lobbying pro-charbon de l’une d’entre elles. En amont de l’Assemblée générale du groupe minier, qui s’est tenue le 17 octobre, l’assureur écossais Standard Life Aberdeen avait néanmoins fait part de son intention de soutenir la résolution d’actionnaires demandant la suspension de toutes les activités de lobbying incompatibles avec l’Accord de Paris. AXA IM et le californien CALPers prévoyaient également de voter en faveur. 

Le lobbying des investisseurs en manque de résultats

Ces initiatives d’investisseurs responsables ne trouvent pas beaucoup d’écho chez les émetteurs. Réagissant à l’annonce de Standard Life Aberdeen, le PDG de BHP a souligné le rôle important joué par les associations industrielles pour s’accorder sur les standards de production et disséminer les bonnes pratiques. Donc, pas question d’en partir en claquant la porte. Pas sûr que ces avantages théoriques suffisent à convaincre des investisseurs qui affichent publiquement leur crise de confiance. 

Les grands gérants d’actifs ont, de leur côté, tendance à mettre des bâtons dans les roues des investisseurs engagés. Un récent rapport de l’ONG Majority Action souligne que de grands investisseurs tels que BlackRock, Vanguard ou Goldman Sachs continuent de ne pas ou peu soutenir les résolutions actionnariales appelant à plus de transparence et de cohérence sur le lobbying anti-climat. 

Cette impuissance des actionnaires pourrait être renforcée par le durcissement des règles de la Securities and Exchange Commission (SEC), l’autorité boursière américaine, sur l’admissibilité de certaines résolutions.