Les profits records des compagnies pétrolières fragilisent les engagements climat des investisseurs

@CCO

L'ACTU

Les profits records des compagnies pétrolières fragilisent les engagements climat des investisseurs

Par  Anne Catherine Husson Traore | Publié le 18/05/2022

Dopée par ses profits pétroliers, Saudi Aramco est devenue la première capitalisation mondiale, devant Apple. Elle a établi un record mondial avec 110 milliards de bénéfices en 2021. Or Saudi Aramco est aussi l’entreprise mondiale la plus nuisible pour le climat. L’envolée des profits financiers des compagnies pétrolières met les investisseurs au pied du mur alors qu'ils ont pris des engagements climat de neutralité carbone.

Qu’il est loin le temps de l’entrée en bourse controversée de Saudi Aramco ! De 2017 à 2019 la compagnie saoudienne a dû batailler pour trouver une place boursière susceptible de l’accueillir.Coter pour la première fois la multinationale saoudienne, dont la croissance financière accompagnait une contribution de plus en plus forte aux émissions de gaz à effet de serre mondiales, mettait à mal leurs engagements de lutte contre le changement climatique. 

Champion du monde des émissions avec 4 ,4 % du volume global dès 2017, Saudi Aramco n’a depuis cessé de renforcer son leadership décrit par Michael Correia dans son livre enquête "Criminels Climatiques" . Elle bénéficie à plein de la flambée des prix du brut accélérée par la guerre en Ukraine qui a permis à l’Arabie saoudite d’avoir un taux de croissance de +9,6 % au premier trimestre 2022.

L’envolée des profits financiers des compagnies pétrolières met les investisseurs au pied du mur alors qu'ils ont pris des engagements climat de neutralité carbone à horizon 2050. Plus les compagnies pétrolières investissent dans de nouveaux projets d’énergies fossiles, ces bombes climatiques qui compromettent toute possibilité de respecter les objectifs de l’accord de Paris, moins la neutralité carbone des portefeuilles semble atteignable.

Privilégier l’engagement actionnarial 

La stratégie adoptée par les investisseurs les plus engagés est de privilégier l’engagement actionnarial en exigeant des scenarios climat compatibles avec l’accord de Paris. La bataille est rude à l’image de celle qui devrait se dérouler à la prochaine AG de TotalEnergies le 25 mai prochain où ses investissements dans les énergies renouvelables devraient être mis en balance avec les nouveaux projets d’exploration/production d’énergies fossiles comme l’oléoduc EACOP en Ouganda.

Mais les compagnies pétrolières éteignent la rébellion en incitant les actionnaires à se réjouir de retrouver des niveaux de profits qu’on pensait voués à disparaitre il y a deux ans seulement en pleine crise COVID. En 2020 Exxon Mobil, première compagnie pétrolière mondiale, avait été exclue de l’indice Dow Jones à l’été alors qu’elle y figurait depuis 1928. À la fin de l’année sa capitalisation ne valait plus que 8 % de celle d’Apple alors loin devant toutes les autres. Exxon prend sa revanche. Elle a réalisé son meilleur trimestre depuis dix ans avec plus de 5 milliards de bénéfices et investit un montant équivalent en exploration production. 

La tragédie des horizons qui fait diverger les intérêts financiers de court terme avec ceux du long terme, avait été dénoncée en 2015 par Mark Carney. Il y voyait la principale menace contre la prise de conscience que le changement climatique est un risque systémique pour la stabilité financière mondiale. Sept ans plus tard, cette tragédie menace de tourner au drame. Les compagnies pétrolières ont les moyens de continuer à développer leurs projets, leurs actionnaires renoncent à les bousculer vraiment et l’embargo sur le pétrole russe pourrait encore accélérer le mouvement puisqu’il profitera à d’autres grands producteurs d’émissions de gaz à effet de serre comme Saudi Aramco ou Exxon. 

C’est pourquoi une ONG spécialisée comme Reclaim Finance demande instamment aux investisseurs de mettre en cohérence leurs droits de vote avec leurs engagements climat. Elle a par exemple interpelée Amundi, le géant européen de la gestion d’actifs, en lui demandant « d’utiliser les 19 milliards d’euros d’actifs qu’il détient dans 12 compagnies pétrolières pour voter contre tous les nouveaux projets fossiles que veulent lancer ces compagnies ». L’objectif est de mettre les investisseurs face à leurs paradoxes et à la tentation de compenser les pertes russes par des profits saoudiens ou américains qui amplifient le changement climatique !

Popup de la lettre d'information! Le snippet pop up de la lettre d'information est effectif sur cette page. Cliquez C'est ici pour éditer le contenu du dialogue