L’OPA hostile d’Elon Musk sur Twitter menace la démocratie américaine

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L'ACTU

L’OPA hostile d’Elon Musk sur Twitter menace la démocratie américaine

Par  Mathilde GOLLA|Publié le 16/04/2022

Le premier actionnaire du réseau social, et patron de Tesla et de Space X, souhaite racheter Twitter en entier pour le sortir de la Bourse. Officiellement, le chef d’entreprise iconoclaste souhaite transformer Twitter en "compagnie privée" pour préserver la "liberté d’expression". Mais des observateurs craignent surtout la mainmise du milliardaire sur un média doté d’une importante dimension politique.

Twitter était le réseau social préféré de Donald Trump. Mais au lendemain de l’attaque du capitole, le président américain a été banni de la plateforme qui avait alors invoqué un "risque de nouvelles incitations à la violence". Cette décision, qui a fait polémique, n’aurait probablement pas été prise si Elon Musk avait été aux manettes. En effet, l’énigmatique patron de Tesla a lancé une OPA hostile sur Twitter pour y accroître sa conception de la "liberté d’expression".

Selon l’homme le plus riche au monde, le réseau social aux 440 millions d’utilisateurs actifs (selon une étude de Hootsuit/We are social) "ne prospérera pas ni ne remplira sa mission sociétale [de liberté d’expression] dans sa forme actuelle". Il affirme : "Twitter a un énorme potentiel. Je vais le réaliser".

Risque sur l'un des piliers de la démocratie

Mais c’est là que le bât blesse. En effet, le spécialiste de politique américaine Corentin Sellin explique dans une série de tweets que le modèle de démocratie est mis en péril par "les monopoles acquis dans une société d'information numérisée par quelques seuls milliardaires". Selon lui, "'OPA hostile d'Elon Musk sur Twitter signifie qu'un multimilliardaire souhaite s'approprier seul et sans contrôle, en la transformant en entreprise non cotée en Bourse, d'une firme globale de réseau social à fort usage politique".

 

L’un des piliers de la démocratie américaine repose sur "la destruction des grands mono/oligopoles (lois Sherman/Clayton) et l'exclusion de leur intervention financière directe en politique (loi Tillman)", rappelle l'expert dans ses tweets. À l’inverse, il constate qu’au XXIe siècle, les grandes firmes oligopolistiques qui se sont constituées en grande partie sur internet (Google, Facebook etc.) se réaffirment. Elles n'hésitent plus à intervenir dans "le domaine vital pour la démocratie de l'information et de la connaissance numérisées". 

Un point de vue également partagé par la britannique Alison Taylor. Dans un post LinkedIn, la directrice d’Ethical Systems, un centre de recherche de l’université de New York, rappelle que "les spécialistes des sciences sociales ont identifié au moins trois forces majeures communes aux démocraties qui fonctionnent : le capital social (des réseaux sociaux étendus avec des niveaux de confiance élevés), des institutions solides et des histoires partagées. Les médias sociaux les ont affaiblis tous les trois".

Reste à savoir quelle sera la réponse de Twitter. Pour l’heure, le prix proposé par Elon Musk valorise l’entreprise à 46 milliards de dollars, une proposition supérieure au cours boursier de Twitter (de 21% par rapport au cours d’ouverture de jeudi). L’offre peut donc séduire les actionnaires du réseau social qui peine à trouver un modèle économique rentable.■

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