Onze investisseurs institutionnels se sont engagés, à l'occasion du sommet Action Climat de l'ONU, à la neutralité carbone de leurs portefeuilles d'ici 2050., @NU

L'ACTU

Nouveau paradigme de l'engagement : la neutralité carbone !

Par   Anne-Catherine HUSSON TRAORE |Publié le 25/09/2019

Depuis la COP 21, il y a quatre ans déjà, les engagements des acteurs financiers se multiplient et se diversifient. Les changements de stratégie et de terminologie nécessitent un décodage pour comprendre si l’ambition climatique de ces engagements monte en puissance, ou pas.

Première vague : l'exclusion du charbon

Elle est devenue progressivement une pratique courante alors que le premier engagement annoncé par AXA en mai 2015 avait provoqué un électrochoc. Son dirigeant avait annoncé vouloir exclure les entreprises qui tiraient plus de 50 % de leur chiffre d’affaires du charbon. Depuis, les exigences se sont renforcées et les seuils n’ont cessé de baisser. Pour montrer sa détermination, une caisse de pension suisse vient par exemple d’annoncer qu’elle excluait les compagnies qui tiraient plus de 5 % de leurs chiffres d’affaires de l’extraction du charbon. 

Problème : Ces stratégies n’ont pas encore démontré leur capacité à réduire effectivement les émissions de gaz à effet de serre liées au charbon. Elles consistent pour l’essentiel à vendre des actifs dévalorisés qui continuent à être exploités. 

Effet positif : Ces politiques ont permis d’illustrer l’incompatibilité de l’exploitation du charbon avec l’Accord de Paris. Mais une certaine confusion règne puisque chaque acteur décide de son seuil et de son périmètre et peut, in fine, être accusé de continuer à financer d’autres activités nocives pour le climat, comme le pétrole. 

Deuxième vague : les feuilles de route 2 degrés

Ces engagements, encore rares, consistent à vouloir aligner ses portefeuilles sur l’objectif de l’Accord de Paris. Cela commence par une mesure de leur trajectoire climatique. On appelle cela : les températures de portefeuilles. Toutes celles qui sont publiées aujourd’hui sont largement au-dessus de 2 degrés d’où l’adoption de feuilles de route pour réorienter ses investissements dans la bonne direction.

Problème : Chaque méthodologie donne des résultats différents selon la classe d’actifs et le périmètre des données prises en compte. Difficile du coup de chiffrer son ambition de réduction si deux prestataires différents vous donnent jusqu’à deux degrés d’écart.

Effet positif : Les températures de portefeuilles ont un véritable effet pédagogique : elles démontrent qu’aucun portefeuille n'est aligné sur les 2 degrés de l’Accord de Paris. Mais il reste à trouver la méthode pour donner le bon cap à ses portefeuilles. C’est ce à quoi s’engagent les 40 membres de l’IIGCC (Institutional Investors Group on Climate Change, le Groupe des investisseurs institutionnels sur le changement climatique) qui participent à l’initiative pour l’alignement des investissements sur l’Accord de Paris.

Troisième vague : la neutralité carbone en 2050

Au sommet climat de septembre 2019, les Nations Unies ont demandé aux institutions financières leaders de franchir un nouveau pas avec l’Alliance des investisseurs institutionnels pour la neutralité carbone. Les 11 signataires s’engagent non seulement à ce que l’ensemble de leurs portefeuilles (immobiliers compris) ne génèrent plus d’émissions en 2050, avec des points d’étapes tous les 5 ans mais ils doivent aussi intégrer la même mécanique à d’autres thèmes ESG.

Problème : Ils ne sont que 11 à avoir pris cet engagement de transformation en profondeur. Cela souligne le relatif isolement des leaders de la cause climatique dans la finance. Si, en quatre ans, il est devenu quasi impossible de nier que le changement climatique puisse générer des risques financiers, il est encore loin d’être intégré aux modèles dominants du secteur.

Effet positif : Ce nouvel engagement a le mérite de souligner que les précédents ne permettent pas vraiment de réorienter les flux financiers vers des trajectoires compatibles avec l’Accord de Paris. Il va aider à développer des méthodes pour financer la neutralité carbone. La première d’entre elles est l’engagement actionnarial pour pousser les entreprises à devenir elles-mêmes neutres en carbone.