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L'ACTU

Panorama européen des labels de finance durable : le casse-tête des Green bonds

Par  Nicolas REDON|Publié le 02/06/2020

Le marché des fonds européens labellisés a continué de progresser au premier trimestre 2020. Le label ISR français et le standard belge Towards Sustainability constituent toujours le duo de tête. Alors que les critères des labels ont peu évolué, Novethic a fait le choix de concentrer sa mise à jour sur le cas des fonds obligataires et du casse-tête de l’articulation des exclusions avec les obligations vertes.

Avec 935 fonds labellisés et plus de 326 milliards d’euros d’encours à la fin du premier trimestre, le marché des fonds européens labellisés poursuit sur sa lancée, selon le dernier Panorama des labels européens de finance durable publié par Novethic. Le label ISR français et le standard belge Towards Sustainability, constituent toujours le duo de tête, chacun dépassant les 300 fonds labellisés et les 100 milliards d’euros d’encours, tandis que les autres labels conservent globalement leur dynamisme. Quant à l’effet marché induit par les répercussions du Covid-19 sur les bourses mondiales, il est resté très modeste alors que les chiffres de cette mise à jour sont arrêtés au 31 mars 2020. 

Les évolutions de critères dans les différents référentiels de labels ont été peu nombreuses, se résumant à l’abaissement du seuil de chiffre d’affaires pour l’exclusion charbon pratiquée par le label FNG de 30 à 25%. 

Pas de consensus sur les Green bonds

On dénombrait au 31 mars 2020 plus de 200 fonds obligataires possédant un label européen de finance durable, dont une vingtaine de fonds d’obligations vertes. Les caractéristiques propres à ces obligations, et notamment la séparation entre le secteur ou la nature de l’émetteur et les projets financés via les montants collectés et alloués ("use of proceeds") amène à quelques cas d’école acrobatiques avec les exclusions pratiquées par certains labels. 

Deux approches différentes existent entre les labels : ceux qui font le choix de traiter les obligations vertes indifféremment des obligations classiques, appliquant leurs exclusions de la même manière à tout émetteur, et ceux qui prennent le parti de différencier obligations vertes et non vertes pour laisser aux gérants la possibilité d’investir dans les titres obligataires verts d’une entreprise ou d’un État qui seraient autrement exclus selon les critères d’exclusion en vigueur.


(Source : Novethic)

Cette seconde approche permet par exemple d’investir dans les obligations vertes émises par des sociétés gazières telles qu’Engie, Iren ou Enel, qui présentent souvent leurs green bonds comme instrument de verdissement de leurs activités, ou encore des énergéticiens tels qu’Iberdrola ou E.ON  dont les obligations vertes "échappent" ainsi aux exclusions du nucléaire et du charbon. La multiplication des obligations vertes émises par des États (une douzaine à ce jour) ou des régions apporte aussi son lot de cas particuliers et de questionnements associés. 

D’un label à l’autre, les critères d’exclusion peuvent autoriser ou non l’investissement dans l’obligation verte de la France, qui développe de nouvelles capacités de production d’énergie nucléaire, et questionner l’investissement dans les Green bonds de provinces nord-américaines alors que les États-Unis ont signalé leur volonté de sortir de l’Accord de Paris. Autre casse-tête, les émissions vertes souveraines de pays n’ayant pas renoncé à la peine de mort, qui peut figurer parmi les critères d’exclusions ESG pour les obligations. 

Les émetteurs "en transition" plébiscités

Une étude de Morningstar parue en avril et intitulée "Investing in Times of Climate Change" a mis en avant encore davantage ce cas particulier des fonds d’obligations vertes et de la séparation entre projets financés et secteur industriel de l’émetteur. Portant sur l’analyse des actifs de 405 fonds européens classés en six catégories (Low Carbon, Exclusion simple des énergies fossiles, Climate Conscious, Climate Solutions, Green Bond, et Clean Energy/Tech), l’étude de Morningstar montre que les 47 fonds d’obligations vertes de son panel (labellisés ou non) sont la catégorie qui présente la plus forte exposition aux émetteurs impliqués dans la production d’électricité à partir de charbon, en comparaison à son Global Target Market Exposure Index. Les fonds d’obligations vertes sont aussi la deuxième catégorie la plus exposée aux entreprises impliquées dans l’exploitation d’énergies fossiles, après les fonds Clean Energy/Tech, en comparaison avec le même indice. 

Rien de surprenant selon Morningstar, qui note la présence sur le marché des obligations vertes "d’énergéticiens traditionnels qui cherchent à accéder à de nouveaux capitaux pour financer des projets verts", comme par exemple Iberdrola, Southern Company et DTE Energy, qui figurent parmi les émetteurs les plus détenus du panel Morningstar. Sur ce terrain, les labels européens continuent donc d’avancer en rangs séparés.


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