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Pour financer les ODD, il va falloir faire converger entreprises et investisseurs, explique l’ORSE

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L'ACTU

Pour financer les ODD, il va falloir faire converger entreprises et investisseurs, explique l’ORSE

Par  Anne-Catherine HUSSON TRAORE|Publié le 27/01/2021

"Investissements et financements du secteur privé pour contribuer aux ODD", c’est le titre d’une étude publiée par l’Observatoire de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (ORSE) avec le Global Compact et PwC. Rassemblant des bonnes pratiques, elle fait un état des lieux qui montre que si le chemin est encore long, les acteurs sont plus nombreux à l’emprunter.

La conférence digitale organisée le 28 janvier pour promouvoir l’étude sur le financement des ODD par le secteur privé a permis de dresser un tableau assez juste de l’état d’avancement de l’agenda 2030, celui fixé par les Nations Unies pour atteindre les 17 Objectifs de Développement Durable.

L’apport des ODD à la mesure d’impact environnemental et sociale des activités d’une entreprise est indéniable. "Ils ont donné le signal du passage de la prise en compte de dimensions environnementales et sociales sous forme de process RSE et de mesures à l’évaluation de ses impacts. Cela amène l’entreprise sur des terrains qui ne sont pas naturellement les siens", explique Gilles Vermot-Desroches, vice-président Développement Durable de Schneider Electric. Son entreprise championne de l’efficience énergétique, travaille ainsi à sa stratégie concernant les océans (ODD14) ce qui la conduit à s’interroger sur sa logistique mondiale et l’ensemble de son packaging pour limiter la pollution plastique. 

Une grille de lecture globale

Utiliser les ODD comme une grille de lecture globale, adaptable à tous secteurs, voire à toute taille d’entreprise c’est le message de cette étude axée sur la question du financement. "Notre première mission est de donner une notoriété beaucoup plus forte aux expériences qui marchent", a expliqué Hélène Valade, présidente de l’ORSE et Directrice RSE de LVMH. "Mais pour qu’on puisse financer les ODD, il faut accorder les grilles et les indicateurs d’impact utilisés par les entreprises et les investisseurs. Cela nous permettra ensuite de faire circuler le sujet auprès de deux dimensions clefs de l’entreprise : la direction des achats et la direction financière. Seule la mobilisation de cette dernière peut nous permettre d’espérer aligner les modèles d’entreprises sur les ODD", ajoute-t-elle. 

Bonne nouvelle : le Global Compact a monté un groupe de travail qui rassemble 45 directions financières mobilisées sur les ODD, dont celles de Danone et de la Société Générale. Ils travaillent d’ores et déjà à la rédaction de lignes directrices pour aider à lier finance durable et ODD.

Au-delà de la montée en puissance des émissions d’obligations, vertes, sociales, durables faisant mention des ODD, il est important d’accélérer le mouvement permettant de mieux les intégrer aux pratiques de gestion responsable. C’est la seule possibilité de combler le manque d’investissements permettant de les atteindre. Le Global Compact l’estime à 2500 milliards de dollars par an. 

Dialoguer avec les entreprises

C’est pourquoi deux investisseurs qui ont intégré les ODD ont été mis en avant, la Financière de l’Echiquier sur les marchés cotés et Eurazeo pour le non coté. Leur point commun : dialoguer avec les entreprises dans lesquelles ils investissent pour obtenir les informations permettant d’établir un diagnostic ODD. 

Coline Pavot, responsable de la recherche en investissement responsable de la Financière de l’Echiquier, qui utilise un score ODD dans la construction de ses fonds dédiés explique : "L’investissement à impact se caractérise par trois facteurs. Le premier : avoir l’intention de générer des impacts environnementaux et sociaux mesurables ; le second : apporter une valeur ajoutée et la nôtre consiste à être des investisseurs de long terme qui pratiquent un engagement actionnarial actif et bienveillant ; et enfin le troisième : mesurer les impacts et nous avons à cœur de pouvoir évaluer les deux dimensions, impacts positifs et négatifs."

Côté Eurazeo, la démarche est beaucoup plus ciblée. La société de gestion veut accompagner la transition vers un modèle durable des 400 entreprises dans lesquelles elle a des participations, dont beaucoup de PME ou de starts up. Elle veut les rendre prêtes pour le monde bas carbone ("low carbon ready"). "Nous avons des grilles sectorielles qui nous servent à évaluer, au moment d’entrer au capital, s’il y a des obstructions majeures à l’atteinte des ODD", explique Sophie Flak, directrice de la RSE d’Eurazeo. "Si c’est le cas, c’est un risque que le modèle de l’entreprise ne soit pas soutenable à un horizon de 7 à 15 ans. Une fois au capital, nous établissons avec chaque entreprise des plans de progrès qui ciblent "l’hypermatérialité", c’est-à-dire les points sur lesquels elles auront le plus de gain environnementaux, sociaux et financiers", poursuit-elle.

Le moteur du financement des ODD est là : en faire un outil de mesure de la double matérialité. Cela permet de quantifier financièrement les bénéfices des impacts positifs d’une activité qui contribue à les atteindre et d’évaluer le prix que va devoir payer une autre activité qui empêche de les atteindre. Prochain défi : établir des grilles d’analyse sectorielles intégrant les 169 critères que constituent les 17 priorités liées que sont les ODD. ■

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