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Température de portefeuille : le rapport d’Oxfam sur le CAC40 amplifie le débat sur la méthode

Oxfam France et Carbone 4 ont calculé la trajectoire de réchauffement climatique des grands groupes français., @CCO

L'ACTU

Température de portefeuille : le rapport d’Oxfam sur le CAC40 amplifie le débat sur la méthode

Par  Arnaud DUMAS|Publié le 02/03/2021

L’ONG Oxfam France, avec le cabinet Carbone 4, ont calculé la température de réchauffement climatique des sociétés du CAC 40. L’étude montre que seules trois entreprises sont alignées sur une trajectoire de réchauffement inférieure à 2 degrés d’ici la fin du siècle. Mais les méthodologies pour calculer la trajectoire de température d’un actif sont loin de faire l’unanimité.

Pour EDF, Schneider Electric et Legrand, ça passe. Ces trois entreprises sont les seules du CAC 40 dont la trajectoire d’émissions de gaz à effet de serre conduit vers un réchauffement climatique en dessous de 2 degrés à la fin du siècle. Pour les autres, le constat est plus inquiétant, selon l’étude d’Oxfam "Climat : CAC degrés de trop – le modèle insoutenable des grandes entreprises françaises". Ce calcul de la température d’un actif, qu’il s’agisse d’un fonds, d’un portefeuille ou d’une entreprise, fait l’objet de vifs débats parmi les investisseurs responsables.

La Task-force on Climate-related Financial Disclosures (TCFD) a justement soulevé cette question lors de sa consultation sur les indicateurs prospectifs, qui s’est achevée fin janvier. La TCFD préconise en effet un indicateur appelé "Implied temperature rise" (augmentation de température implicite), qui consiste à calculer l’augmentation de température associée aux émissions de gaz à effet de serre d’une entité. 

La réponse de Transition Pathway Initiative (TPI) a été sans appel. "Nous demandons formellement que la TCFD retire ses propositions sur un indicateur ou du reporting ITR pour les détenteurs d’actifs et les sociétés de gestion", déclarent les représentants de l’initiative dans sa lettre à la TCFD. Outre le fait que les méthodologies utilisées pour le calcul de température ne sont pas encore suffisamment prêtes, TPI estime aussi que les données nécessaires sur les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas fiables, ou encore que les méthodologies de calcul d’ITR ne sont pas assez transparentes et pas comparables l’une avec l’autre.

Comprendre la dynamique climatique

La Net Zero Asset Owner Alliance fait le même constat en ce qui concerne l’accès aux données. Mais elle veut donner sa chance à cet indicateur de température. Dans sa réponse à la consultation de la TCFD, elle explique que "les mesures prospectives pourraient être des outils puissants, permettant aux investisseurs de mieux comprendre la dynamique climatique des sociétés en portefeuille, au-delà de l’empreinte carbone statique".

L’étude d’Oxfam, qui estime le potentiel de réchauffement climatique de l’ensemble du CAC 40 à +3,5 degrés d’ici 2100, vise justement à comprendre où en sont les stratégies climatiques des grands groupes français, et le chemin qui reste à parcourir. L’ONG s’est appuyée sur le cabinet Carbone 4 Finance et sa méthode Carbon Impact Analytics qui prend notamment en compte l’intensité carbone actuelle de l’entreprise et sa stratégie bas carbone pour les années à venir.

Plusieurs entreprises du CAC 40 ont partagé leur désaccord avec la méthodologie de calcul utilisée par Oxfam et Carbone 4. Michelin explique ainsi se baser sur la méthodologie GHG Protocole, avec laquelle le pneumaticien atteint des émissions de scope 3 différentes de celles obtenues dans l'étude d'Oxfam. Danone, de son côté, rappelle l'impact des acquisitions et cessions d'activité sur l'empreinte carbone, expliquant que le rachat de l'américain Whitewave en 2018 avait mécaniquement augmenté ses émissions, mais que le groupe agroalimentaire s'était employé à les réduire depuis.

Des données fiables

La méthode du calcul de la trajectoire climatique risque donc de continuer à faire couler beaucoup d'encre. Sur un point, en revanche ONG et investisseurs se rejoignent : la nécessité d'avoir des données fiables. Oxfam demande au gouvernement français d’inscrire dans la loi Climat et résilience des obligations de reporting spécifiques pour les entreprises, telles que la communication de leur empreinte carbone, une trajectoire de réduction contraignante de cette empreinte et un plan d’investissement afférant. 

De son côté, la coalition d’investisseurs Climate Action 100+ devrait justement bientôt publier son Net Zero Company Benchmark. Élaboré notamment avec Transition Pathway Initiative, il établira la trajectoire climatique des entreprises (objectifs de réduction des émissions à court terme, stratégie de décarbonation, alignement des investissements, etc.), sans toutefois la résumer en un indicateur de température. ■


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