En 2021, le marché des obligations durables devrait encore connaître des sommets

Malgré un repli dû à la pandémie, l'année 2020 reste le deuxième meilleur crû pour les émissions mondiales de Green bonds. , @CCO

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En 2021, le marché des obligations durables devrait encore connaître des sommets

Par  Arnaud DUMAS|Publié le 04/01/2021

La relance des économies mondiales devrait être verte. Celle-ci sera financée en partie par des Green Bonds. Ce marché a connu encore un rythme soutenu en 2020 malgré l’impact de la pandémie. Une tendance portée tant côté émetteurs souverains que corporate. Et d’autres outils vont se faire une place pour financer la transition, comme les Sustainability-linked bonds.

La pandémie de Covid-19 aura réussi à ralentir la croissance continue des émissions de Green bonds. Mais à peine ! L’année 2020 aura dépassé les 220 milliards de dollars d’obligations vertes, en repli par rapport aux plus de 265 milliards émis en 2019. Il s’agit en fait plus d’attentisme que de véritable recul du marché, certains émetteurs ayant simplement décidé de reporter leur projet. L’année 2020 demeure ainsi, selon Climate Bond Initiative, la deuxième meilleure année pour les Green bonds depuis la création du marché en 2007, franchissant début décembre la barre des 1000 milliards de dollars d’émissions cumulées depuis l’origine. Et l’année 2021 s’annonce encore plus retentissante.

Les estimations vont bon train de la part des investisseurs, toutes prévoyant un marché largement supérieur à celui de 2020 et de 2019. Le suédois SEB se veut le plus optimiste. "Le marché des Green bonds a dépassé les 1000 milliards de dollars depuis sa création et nous nous attendons à ce que les émissions de cette année approchent les 500 milliards de dollars en une seule année. En y ajoutant la croissance de nouveaux types de crédits durables, 2021 pourrait voir plus de 1000 milliards de dollars de financements labellisés durables", déclare Christopher Flensborg, le responsable climat et finance durable chez SEB.

D’autres acteurs du marché sont plus modérés, tout en prévoyant une forte hausse des émissions obligataires vertes. Le néerlandais NNIP s’attend à une croissance de 50 % du montant des Green bonds en 2021, à 300 milliards d’euros. HSBC annonce une fourchette d’émissions comprise entre 310 et 360 milliards de dollars, comparable à la prévision de NNIP.

Bientôt une obligation verte européenne

Plusieurs arguments plaident en la faveur d’une telle croissance des émissions. L’Union européenne va ainsi entrer sur le marché des obligations vertes, en réalisant le premier emprunt communautaire de son histoire. Sur les 750 milliards d’euros que l’Europe prévoit d’emprunter d’ici 2026, autour de 30 % doivent être levés sous forme de Green bonds, soit 225 milliards d’euros. HSBC remarque toutefois que l’Union européenne attendra certainement de pouvoir appliquer la réglementation européenne sur le standard des Green bonds, prévue courant 2021, et la taxonomie, qui entre en vigueur en janvier 2022, pour se lancer sur le marché. L’émission européenne d’obligations vertes sera donc progressive.

D’autres pays vont en revanche se lancer cette année. Climate Bond Initiative s’attend à ce que 14 nouveaux gouvernements entrent dans le club des 17 pays émetteurs, dont l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni. La France, premier émetteur souverain en volume (plus de 27 milliards d’euros levés en plusieurs phases depuis 2017), a annoncé le 29 octobre dernier lors du Climate Finance Day vouloir lancer sa deuxième OAT verte en 2021.

Essor des Sustainability-linked bonds

Le produit phare de la finance verte n’est toutefois plus l’unique moyen pour un émetteur de financer sa transition. Les "Sustainability-linked bonds" devraient également connaître un essor en 2021. Encore très jeune, l’International Capital Market Association (ICMA) en a édicté les principes en 2020. Contrairement aux Green bonds, les fonds levés par un Sustainability-linked bond ne sont pas fléchés vers des projets verts identifiés. L’obligation permet à l’émetteur de financer son activité générale, mais est conditionnée à l’atteinte d’objectif environnementaux ou sociaux, sous peine d’un coupon plus élevé.

L’énergéticien italien Enel est le premier émetteur de cette dette durable, avec une obligation de 1,5 milliard de dollars émise en septembre 2019. Depuis le lancement des principes de l’ICMA, d’autres l’ont rejoint, comme le groupe de luxe Chanel, qui a emprunté 600 millions d’euros en septembre 2020, en conditionnant son coupon à la réduction de 50 % de ses émissions scope 1 et 2, et 10 % pour le scope 3, d’ici 2030. D’autres industriels ont suivi, comme les groupes LafargeHolcim et Schneider en novembre.

Plus simple qu’un Green bond à mettre en place pour les industriels, les Sustainability-linked bonds devraient se développer rapidement cette année. "Nous ne pensons pas que les obligations vertes traditionnelles vont disparaître, remarque toutefois les spécialistes d’HSBC dans une note de fin novembre. Elles sont un produit bien établi et bien compris. Nous nous attendons à ce que le marché des Green bonds poursuive sa croissance l’année prochaine (2021, ndr), et continue à être utilisé par les émetteurs qui peuvent facilement identifier des projets. Mais nous pensons que les Sustainability-linked bonds se révéleront populaires parmi les émetteurs et les investisseurs." ■


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