Forte croissance des fonds verts européens, malgré des promesses floues

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Forte croissance des fonds verts européens, malgré des promesses floues

Par  Anne-Catherine HUSSON TRAORE|Publié le 24/11/2021

La tendance verte prend de l’ampleur dans la gestion d’actifs européenne, avec des encours en croissance de 120 % en 18 mois, selon l’étude annuelle de Novethic réalisée avec l’Ademe. Mais les promesses environnementales de fonds verts européens demeurent encore floues et ne démontrent pas en quoi ces investissements permettent de contribuer aux objectifs de l’Union européenne, comme l’atteinte de la neutralité carbone en 2050.

Bonne nouvelle, le marché des fonds verts est en pleine croissance ! Novethic publie son étude annuelle en partenariat avec l’Ademe sur les fonds verts en Europe. Elle distingue deux approches : les fonds verts à proprement parler, c’est-à-dire des fonds thématiques qui investissent dans des activités comme l’eau ou les énergies renouvelables. Et les fonds d'inspiration verte. 

S'agissant des fonds verts, leurs encours sont passés en 18 mois de 59 milliards d’euros à 202 milliards d’euros, avec une centaine de fonds supplémentaires créés entre le 1er janvier 2020 et le 30 juin 2021. Cette croissance est portée à la fois par les fonds thématiques, et par ceux dits de réduction des émissions de carbone ou "bas carbone", qui n’ont pas la même approche.

L'étude montre que les trois entreprises les plus investies par les fonds thématiques sont, dans l’ordre, Orsted, Veolia et Iberdrola, donc deux énergéticiens à forte proportion de renouvelables et le géant mondial de l’eau. En revanche pour les fonds bas carbone, le trio de tête c’est Microsoft, Apple et Alphabet, la maison mère de Google. D’un côté, on investit dans ce qui est aujourd’hui considéré comme des activités vertes. De l’autre, on essaie de diminuer l’empreinte carbone du portefeuille de l’investisseur en choisissant des entreprises qui ont une faible contribution au réchauffement climatique parce que ce ne sont pas des pétroliers, des cimentiers ou de l’industrie lourde.  

Des objectifs environnementaux peu clairs

Cette mécanique répond à l’attente d’investisseurs qui veulent seulement mettre un peu de vert dans le carburant de leurs performances. La nette progression des approches d’inspiration verte montre qu’une partie des investisseurs sont intéressés par des investissements plus verts. Mais qu’une autre partie veut allier performance environnementale et performance financière, et qu’il est plus difficile de satisfaire leur demande. Les fonds verts peinent en effet encore à démontrer le réel effet des investissements sur la transformation de l’économie.

L’étude de Novethic montre d’une part que certains fonds verts ne publient pas d’indicateurs. Les autres publient, en grande majorité, des indicateurs carbones sans référence à des objectifs comme ceux de l’Accord de Paris ou l’engagement de neutralité carbone de l’Europe. Ils ne permettent donc pas de comprendre en quoi l’investissement contribue à la transformation des entreprises cotées, qui réduisent leurs impacts environnementaux négatifs et maximisent leurs impacts positifs, et créent de la valeur verte.

Il ne suffit pas d’investir dans un parc éolien pour contribuer à atteindre les objectifs climat de l’Europe. La taxonomie en cours d’élaboration va permettre d’avoir des référentiels techniques basés sur la science pour définir des activités vertes en Europe. Or les références des fonds verts à ce référentiel sont encore très rares. L’explication tient à la fois au fait que l’entrée en vigueur de la taxonomie prend du temps et que les activités de cette nature sont encore très peu présentes sur les marchés cotés. Les gestionnaires d’actifs n’osent pas trop s’aventurer sur ces terres de recherche et d’innovation.

Après la COP26, l’idée qu’il ne faudrait pas aggraver le changement climatique et la perte de biodiversité avec des modèles destructeurs de l’environnement a progressé, tout comme les attentes des investisseurs soucieux de ne pas faire payer le prix de ces risques à leurs portefeuilles. Pour verdir effectivement la gestion d’actifs européens, un effort est donc encore nécessaire. Mais la réglementation européenne, qui commence à se déployer en demandant beaucoup plus d’informations sur l’orientation environnementale des fonds, leur gestion des risques climatiques, de biodiversité et les risques sociaux, devraient les pousser à le faire de plus en plus. La démarche de transition ne fait que commencer. ■


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