@Novethic

Santé et vieillesse, une megatrend qui a du plomb dans l’aile

Mis à jour le 03/06/2022

LES FONDS SANTÉ ET VIEILLESSE

Près de 100 fonds en France

Novethic comptait une vingtaine de fonds incluant la santé comme thème d’investissement en 2016, ils sont désormais près d’une centaine en France.

+19 500 M€ d’encours

La crise Covid-19 a fortement impacté ces fonds : + 66 % d’encours de 2019 à 2020 – de 11 724 millions d’euros à 19 509.

+66% d’encours

Entre 2019 et 2020 : la crise Covid-19 a fortement impacté la dynamique de ces fonds thématique.

50 fonds articles 9

Déclarent avoir un objectif d’investissement durables au sens de la réglementation SFDR.

La dynamique de croissance des fonds thématiques santé et vieillesse a bénéficié et souffert de la crise Covid-19. Les nombreux dossiers controversés, tels que l’affaire Orpéa ou la question de la distribution équitable des vaccins ont braqué les projecteurs des investisseurs responsables et l’œil du grand public sur cette thématique.

La dynamique de croissance des fonds thématiques santé et vieillesse a bénéficié et souffert de la crise Covid-19. Ces fonds ont été confrontés à des controverses importantes comme l’affaire Orpéa ou la question de la distribution équitable des vaccins, qui ont braqué les projecteurs des investisseurs responsables et l’œil du grand public sur cette thématique.

Les fonds thématiques santé, qui relèvent de l’objectif de développement durable n°3 des Nations Unies, évoluent en fonction de facteurs structurels et conjoncturels – tels que l’état de santé global de la population, ses caractéristiques démographiques et son vieillissement, ou encore les politiques publiques menées et les crises sanitaires ainsi que leurs conséquences physiques et mentales. Si les entreprises du secteur de la santé sont catégorisées d’office comme participant aux progrès sociaux et sociétaux grâce à leurs activités, les gérants des fonds thématiques santé basent aussi leur analyse sur des critères ESG propres, tels que leurs potentiel d’innovation et brevets déposés, les potentiels rejets toxiques et tests sur les animaux, ou encore les dépenses effectuées en recherche et développement.


UNE MEGATREND SOULIGNEE PAR LA COVID

La thématique santé, avant d’être la thématique sociale la plus représentée en Europe au sein des fonds durables, est une "Megatrend", c'est-à-dire une grande tendance structurelle, offrant des opportunités financières sur un cycle long, à l'image du climat, de la robotique ou du big data.

L’écosystème de la santé regroupe un large spectre de secteurs incluant les activités de soins (pharmaceutique, biotechnologies, équipement médical, optique, etc.), la prévention des maladies (diagnostics et tests, assurance santé, suivi médical, etc.) ou encore le bien-être (activités liées au vieillissement de la population, sport, autonomie, etc.). 

La crise sanitaire, économique et sociale a accéléré la croissance de certaines de ces tendances de fonds, en particulier la santé dans une acception large incluant par exemple le vieillissement de la population (ou Silver Economy) ou l’alimentation. La demande en médicaments et matériel médical s’est accrue chez les particuliers et les professionnels de santé. On peut aussi noter d’autres "effets secondaires", comme l’accélération de la digitalisation de la santé due aux confinements et restrictions de déplacement de ces deux dernières années, ou la sédentarisation et l’isolement chez des personnes actives, des étudiants et des seniors. En France, les questions de charge mentale des femmes, d’isolement des personnes âgées et de santé mentale des étudiants sont autant de problématiques sociétales dans lesquelles les entreprises du secteur de la santé ont un rôle à jouer. Certaines mutuelles ont par exemple proposé des dispositifs de suivi psychologique adapté.

Il y a 5 ans, Novethic comptait une vingtaine de fonds thématiques incluant la santé comme thème d’investissement, ils sont désormais près d’une centaine proposés sur le marché français.

l’ARNmessager et l’importance de la R&D

La technologie de l’ARNmessager, utilisée pour les vaccins contre la Covid-19, représentent un réel espoir pour les patients atteints de pathologies longues, mortelles ou invalidantes (tels que les cancers ou les maladies auto-immunes). Actuellement en phase d’essais cliniques, ces vaccins pourraient jouer un rôle clé dans l’amélioration des conditions de vie des patients concernés.

La réussite économique des laboratoires qui avaient investi dans cette technique illustre une des caractéristiques de ce secteur : la nécessité d’investir dans la R&D, qui peut déboucher sur un colossal bénéfice comme dans le cas des vaccins à ARNmessager.


LA THEMATIQUE EN CHIFFRES

Début 2022, Novethic compte près de 90 fonds investissant dans la thématique de la santé et/ou de la vieillesse en France. Ce sont des fonds multithématiques pour la plupart, également positionnés sur d’autres enjeux, associés ou non à des Objectifs du Développement Durable (ODD), comme la lutte contre le réchauffement climatique, l’alimentation, l’inclusion sociale, etc.

Une trentaine d’entre eux ont choisi de se focaliser uniquement sur la santé et/ou la vieillesse en investissant exclusivement (ou presque) dans des entreprises dont une partie de l’activité est lié à l’écosystème de la santé.



D’autre part, même si plus de la moitié des fonds santé se classifie Article 9, c’est-à-dire se dote d'un objectif d’investissement durable, aucun d’entre eux n'est assorti pour l’heure d'un objectif qualifié et mesurable en lien direct avec la thématique. Cela s’explique notamment par le manque d’indicateur d’impact pour mesurer la contribution de ces investissements aux progrès du secteur. Aujourd’hui, un seul fonds de Candriam communique dans son reporting sur des indicateurs : "les dépenses en recherche et développement par rapport à la capitalisation boursière de l’entreprise et le niveau de formation des équipes dirigeantes en mesurant le pourcentage de cadres dirigeants ayant un doctorat au sein de celles-ci, ceci afin d’évaluer les moyens humains et financiers déployés par les entreprises dans le cadre de la lutte contre le cancer."

L’affaire Orpéa de ce début d’année illustre pleinement les conséquences de ce manque d’indicateur. Il apparaît désormais clair que d’autres indicateurs ESG sont nécessaires à l’analyse de ces titres, comme le nombre de soignant par malades, les pratiques de management des établissements de soin, la rémunération des soignants, la gouvernance des entreprises ou le bien-être des patients. 


LES ENTREPRISES

TOP 20 des valeurs santé


* Entreprises les plus représentées en proportion de l’actif dans les 28 fonds « purs » santé et vieillesse 


Répartition sectorielle et géographique

Au niveau des portefeuilles, Novethic a identifié les 50 entreprises les plus représentées dans les 28 fonds purs santé et vieillesse. On y retrouve une majorité d’entreprises du secteur de la santé mais également des entreprises dont ce n’est pas le cœur d’activité, qui développent néanmoins des services participant à la croissance et au développement du secteur. Y figurent par exemple des entreprises de la tech comme Dassault Systèmes (sa plate-forme 3DEXPERIENCE fournit aux entreprises pharmaceutiques un outil collaboratif de recherche et d’analyse), ou encore L’Oréal, grâce à sa branche dédiée aux produits dermatologiques, ainsi qu’Air Liquide, spécialiste des gaz à usage médical. 




LES CONTROVERSES

E : les déchets médicamenteux

Les déchets provenant des médicaments sont de nature diverse : il peut s’agir de rejets médicamenteux des laboratoires pharmaceutiques les fabriquant, de résidus provenant de la consommation par l’homme et les animaux, de médicaments non utilisés et jetés, ou encore de déchets liés aux emballages de ceux-ci. 

En 2021 Cyclamed, l’association de collecte et de valorisation des médicaments, indique que 81 % des Français déclarent rapporter leurs médicaments périmés ou non utilisés en pharmacie. En l’absence de prise en charge spécifique, les substances actives des médicaments se retrouvent inévitablement dans la nature et notamment dans les eaux. Si certains résidus ont une persistance dans l’environnement de quelques jours voire moins et sont généralement bien détruits par les stations d’épuration (l’ibuprofène par exemple), d’autres persistent parfois des mois et ne sont détruits qu’à des taux très faibles (les fibrates, utilisés pour faire baisser le cholestérol, ou la carbamazépine pour la prise en charge des douleurs neuropathiques ou des épilepsies, par exemple). Aujourd’hui il est difficile d’attribuer ce risque aux laboratoires ou d’en attribuer les conséquences à une catégorie de médicaments spécifiques. 

Des efforts peuvent en revanche être fait sur d’autres aspects de la conception des médicaments. Le blister plastique/aluminium représente encore 40 % des emballages pharmaceutiques ménagers mis sur le marché en France, selon l’Adelphe en 2020. Il n’existe pas encore de filière de recyclage en France pour le PVC, et de manière générale l’aluminium est encore très peu récupéré. Dans ce contexte, les démarches d’éco-conception des emballages sont un chantier que l’industrie pharmaceutique se doit de considérer afin de réduire son empreinte environnementale.

S : l'accès équitable aux médicaments

En 2021, les pays à revenus élevés disposant de doses de vaccin AstraZeneca avaient envoyé la moitié de leur stock à des pays à revenu faible ou à revenu intermédiaire inférieur (dont une partie sous forme de dons). En apparence vertueux, ce phénomène a pourtant largement découlé de la défiance de la population vis-à-vis de ce vaccin, après des rumeurs d’effets secondaires ou d’une efficacité moindre que ceux des autres laboratoires. D’autre part, aucun des laboratoires pharmaceutiques disposant du vaccin ne s’est engagé pour le partage de la propriété intellectuelle et de la technologie de celui-ci, réanimant la question de l’accès équitable aux médicaments et de l’accaparement par les pays les plus riches des ressources santé et des technologies. Pendant cette crise, les laboratoires pharmaceutiques, pourtant largement financés par les États afin de répondre le plus rapidement à la crise, ont à nouveau privilégié le profit à la coopération et refusent toujours de partager leurs brevets. 

Dans son rapport intitulé "Vaccin contre le Covid-19 : une dose d’inégalité", Amnesty International avait estimé en 2021 que seul 0,3% des doses de vaccin anti-Covid-19 était allé à des pays à faible revenu malgré le développement par les Nations Unies du dispositif Covax ayant pour objectif de garantir l’accès aux vaccins des pays à revenus faibles ou intermédiaires.

L’ONG avait conclu dans son rapport qu’"à divers degrés, les six développeurs de vaccins [AtraZeneca plc, BioNTech SE, Johnson & Johnson, Moderna Inc., Novavax Inc. et Pfizer Inc] n'ont pas respecté leurs responsabilités en matière de droits humains".

G : tromperie sur la technologie

Le scandale Theranos en 2018 illustre l’importance de l’analyse du facteur gouvernance dans les valeurs du secteur de la santé. L’entreprise spécialisée dans les bilans sanguins s’est révélée être une fraude alors même que sa valorisation financière atteignait plusieurs milliards de dollars en 2015. La technologie sur laquelle reposait le modèle de l’entreprise n’avait en réalité jamais fait l’objet de publications scientifiques ou de revue par un panel d’experts indépendants, comme il est normalement nécessaire pour valider la pertinence d’un procédé scientifique. Outre l’escroquerie représentée par une technologie dysfonctionnelle, Elizabeth Holmes, la fondatrice de la start-up, a par ailleurs admis lors du procès avoir utilisé sans leur accord l’image, et notamment les logos, d’autres groupes pharmaceutiques sur les rapports médicaux. Enfin, parmi les multiples faits reprochés à l’entreprise dans cette affaire tentaculaire, on notera que le conseil d’administration à l’époque ne disposait d’aucun membre appartenant au secteur médical qui aurait pu identifier la fraude.

On pourrait également citer, pendant la crise de la Covid-19, le risque posé par les délocalisations industrielles : le manque de respirateurs par exemple, cruciaux pendant la pandémie, ne sont pas passés inaperçus. Au-delà de l’intérêt médical, et donc social, de ces produits et des entreprises qui les fabriquent, l’analyse extra-financière de ces dernières ne peut être négligée. La gouvernance des entreprises, les leviers de coopération internationale, la capacité à répondre à des demandes conjoncturelles fortes et peu prédictibles, ou encore les alternatives industrielles des produits sont autant de facteurs ESG clés à analyser que la crise sanitaire a mis en lumière.


LA SILVER ECONOMIE

Le thème du vieillissement de la population, ou Silver Economy, est intrinsèquement lié à celui de la santé, qui est son premier champ d’activité à travers de la prévention et du diagnostic des maladies liées au vieillissement, et le prolongement de la vie. Il inclut néanmoins d’autres enjeux qui lui sont propres comme l’autonomie des seniors par le maintien à domicile, la téléassistance, l’industrie des prothèses et la chirurgie, et finalement le bien-être de cette population par la construction de logements adaptés, les services à la personne, les loisirs, l’automobile, les services financiers, ou encore l’inclusion digitale.

L’Insee estime que les personnes âgées de plus de 60 ans seront 20 millions en France en 2030, contre 15 millions aujourd’hui. L’espérance de vie globale augmentant chaque année, ce sont non seulement les besoins médicaux, mais aussi ceux de services à la personne, de logement ou d’inclusion numérique des seniors qui augmentent, accrus par la crise sanitaire. Dernier chiffre parlant, le rapport El Khomri de 2019 estimait que pour répondre au vieillissement démographique et améliorer les conditions de prise en charge de ces personnes, près de 93 000 postes supplémentaires devaient être créés entre 2020 et 2024.