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Au CNES, l’épargne salariale finance la transition énergétique des sites spatiaux, explique Laurence Monnoyer-Smith

Laurence Monnoyer-Smith, directrice développement durable et performance du CNES, @CNES

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Au CNES, l’épargne salariale finance la transition énergétique des sites spatiaux, explique Laurence Monnoyer-Smith

Par  Ludovic DUPIN|Publié le 14/10/2021

Les employés du Centre national d’études spatiales (CNES) ne voulaient plus que leur épargne salariale finance des projets nuisibles pour l’environnement. Laurence Monnoyer-Smith, directrice du développement durable et de la performance du CNES, explique comment le centre de recherche a verdi l’investissement de sa poche d’épargne, notamment en la mettant au service de la transition énergétique de ses bases de lancement.

Vous avez décidé de proposer aux salariés de mettre l’épargne salariale au service de la transition énergétique du CNES ? 

Laurence Monnoyer-Smith : En fait, c’est plutôt le contraire. L’idée initiale provient de salariés, suite à un appel à idées du CNES en 2018 pour proposer des projets en faveur du développement durable.  Quand je suis arrivée en poste au CNES en 2019, nous nous sommes saisis de cette idée et nous avons regardé les différentes poches de notre fonds d’épargne salariale. Nous nous sommes aperçus que nous avions des investissements peu satisfaisants au regard de nos ambitions de responsabilité sociale et environnementale. Nous avons alors proposé que la gestion de l’épargne salariale fasse l’objet d’un appel d’offres pour, notamment, une reconstitution plus vertueuse et verte de ses 40 millions d’euros investis. 

Plus spécifiquement,  nous avons souhaité que notre fonds propre Acti CNES, soit labélisé Greenfin. Pour d’autres poches, nous avons opté pour des stratégies d’exclusions. Notre idée initiale est que notre fond Acti CNES puisse accueillir à terme des parts d’une filiale d’investissement du CNES, créée pour accompagner notre transition énergétique en entrant au capital des sociétés de projets énergétiques œuvrant à cette transition. Nous avons baptisé cette filiale "Green by CNES", elle devrait être créée l’an prochain.

Quels projets énergétiques visez-vous ? 

Dans le cadre de notre stratégie RSE adoptée il y a un an, nous avons affiché l’objectif ambitieux d’atteindre 90 % d’énergies renouvelables en 2025 sur la base spatiale Guyanaise. Celle-ci héberge notre port spatial, avec nos centres techniques et les industriels y travaillant, pour une consommation de 18 % de l’électricité territoriale. La spécificité de la Guyane est qu’il s’agit d’une zone non interconnectée, alimentée par des centrales au fioul et par la centrale hydroélectrique de Petit Saut. Cette dernière est cependant fortement émettrice de méthane car une forêt a été ennoyée pour constituer le barrage et son facteur d’émission est le plus élevé de toutes les infrastructures électriques françaises.

De ce fait, le bilan carbone du seul site du CNES, sur ses Scopes 1 et 2, affiche une émission de 25 tonnes de CO2 par an et par salarié. D’où les efforts déployés pour verdir la base spatiale qui s’étend sur 700 kilomètres carrés. Les projets principaux concernent de l’autoconsommation solaire pour lequel nous déployons deux champs de 5MW chacun, de la production de froid via des centrales à biomasse trigénération de 7 MW chacune et de la production de bio-ergol à base d’hydrogène vert par électrolyse de l’eau et de biométhane par méthanisation de déchets ménagers ou encore de jacinthe d’eau, pour une production d’ergol espérée de 6000 tonnes par an.

Comment l’épargne salariale va y être employée ? 

Les projets énergétiques sont souvent très coûteux en investissement donc largement inaccessibles à un financement interne. Par ailleurs, notre statut d’ODAC (Organisme divers d’administration centrale, ndr) nous empêche de recourir à un emprunt. Cela ne facilite pas les choses car une centrale à biomasse trigénération de 7 MW coûte environ 80 millions d’euros.  Aussi, pour chaque projet, nous engageons une étude technico économique permettant de définir la meilleure solution de financement de l’infrastructure.

Certains projets se montent grâce à de l’investissement européen ou du plan de relance, comme pour nos panneaux solaires dont nous serons propriétaires. D’autres se prêtent à un achat de l’énergie auprès d’un producteur tiers investisseur. C’est là que nous intervenons avec Green by CNES, comme co-investisseur actionnaire aux côtés de l’énergéticien dans la société de projets créée spécifiquement. L’objectif est d’atteindre une rentabilité moyenne pour Green by CNES supérieure à 4 %, apte à motiver les salariés à investir dans le fonds Acti CNES d’environ 14 millions d’euros et pouvant contenir à terme jusqu’à 66 % de parts de Green by CNES. À ce jour, il est envisagé que Green by CNES soit une filiale de Télespace Participation, la holding financière du CNES, et qu’elle dispose d’un capital d’investissement maximum de 12 millions d’euros, hors épargne salariale. 

Comment les salariés ont accueilli le projet ?

Favorablement, puisque l’idée initiale provient de l’un d’entre eux et a fait l’objet de réflexions collaboratives avant d’être reprise par Green by CNES. Les salariés du CNES sont très sensibles aux problématiques environnementales et cette initiative permet de les faire concrètement rentrer dans les démarches de verdissement de nos établissements, en Guyane et à Toulouse. En complément, nous jouons un rôle important en matière d’observation de la Terre et nous fournissons des données pour les travaux du GIEC. ■

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