L'Essentiel de la Finance durable
"Créer un label social, à la manière dont il existe le label Greenfin pour la finance verte", estime Alexis Masse du FIR

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"Créer un label social, à la manière dont il existe le label Greenfin pour la finance verte", estime Alexis Masse du FIR

Par  Arnaud DUMAS|Publié le 02/12/2020

La finance verte se développe rapidement. Mais, pour Alexis Masse, le président du Forum pour l’Investissement Responsable (FIR), cela ne suffit pas. Dans une note rédigée pour le groupe de réflexion Terra Nova, il se demande si "la finance peut-elle être (enfin) plus sociale ?". Nouveau label Social, fonds thématiques innovants… pour l’Essentiel de la Finance Durable, il donne des pistes pour développer ce sujet.

Vous avez rédigé un plaidoyer pour que la finance soit plus sociale. Qu’est-ce qui vous a motivé ? 

C’est une note qui vise à montrer ce que les pouvoirs publics pourraient faire pour encourager une finance plus responsable, à la fois sur le plan environnemental et social. Je pense qu’il est fondamental dans une période de crise de ne pas négliger les sujets sociaux. Le FIR a décidé de consacrer la semaine de la finance responsable à la question de la pauvreté et des droits humains, nous sortons d’ailleurs un guide à ce sujet dans les prochaines semaines. En tant que président du FIR, je suis ravi de voir que la finance verte se développe si vite et, sans vouloir opposer les deux, j’ai l’impression que le S de l’ESG est encore trop sous-investi.

Quelles mesures les pouvoirs publics devraient-ils envisager ?

Une chose assez facile à mettre en œuvre serait que les banques publiques et les caisses publiques de retraite lancent des appels d'offres pour des fonds à thématique sociale. Cela permettrait de déclencher une dynamique d’innovation. Ensuite, à voir la manière dont le grand public est autant friand de produits financiers environnementaux que de produits sociaux, il faut pouvoir flécher l’épargne vers de tels fonds. Cela pourrait passer par la création d’un label social, à la manière dont il existe déjà le label Greenfin pour la finance verte. Il faudrait surtout que cela s’inscrive dans le cadre d’un dispositif unique, avec une échelle dans laquelle s’inscriront les fonds en fonction de leur exigence. Un fonds monétaire, par exemple, n’aura qu’une étoile dans cette échelle. En fonction de l’exigence ou de l’impact, on peut augmenter le nombre d’étoiles. Des fonds labellisés Greenfin ou avec un label Social seraient au plus haut de l’échelle.

Pourquoi pensez-vous que les aspects sociaux sont délaissés par les acteurs financiers ?

Certains ont créé des fonds thématiques, comme le fonds Insertion Emplois Dynamique de Mirova ou le fonds Happy@Work de Sycomore Asset Management, et il y en a d’autres. Mais les sujets sociaux sont manifestement moins représentés dans les fonds thématiques, exception faite des fonds solidaires. Il y a des complexités internes plus fortes. Les méthodologies sur l’empreinte carbone ont mis beaucoup de temps à se développer, mais elles ont énormément progressé. En matière sociale, les données ne sont toujours pas disponibles, il n’y a pas d’équivalent de la TCFD (Task-force on Climate-related Financial Disclosure) et les objectifs à atteindre ne sont pas toujours clairs, ils peuvent dépendre de l’interprétation de chacun. 

Mais c’est aussi un alibi pour ne pas faire assez. Car il y a des thèmes sur lesquels tout le monde sait qu’il faut agir et sur lesquels, d’ailleurs, le FIR travaille depuis longtemps. Il s’agit de la responsabilité des chaînes de sous-traitance et de la question de l’évitement fiscal des grandes entreprises. Il faut toujours continuer à travailler sur la question de l’environnement et du climat  mais que nous n’arriverons pas à assurer une transition écologique sans prendre en compte les enjeux sociaux. La transition coûte cher, les Gilets jaunes ont rappelé l’opposition entre la fin du monde et les fins de mois. Si on ne fait pas attention à ce que les ménages puissent "se payer" la transition, alors celle-ci sera plus subie que choisie.

Comment les investisseurs doivent-ils agir ?

La première chose, c’est la transparence sur les données, comme la TCFD pour le climat. Il y a par exemple la Workorce Disclosure Initiative, lancée par l’organisation britannique ShareAction, et qui doit être soutenue. Puis il faut pouvoir calculer l’empreinte sociale des investissements, un peu à la manière de Meeschaert. Enfin, il faut multiplier les fonds axés sur les questions sociales, avec des méthodologies innovantes, pour faire avancer le débat. Je constate que, sur la place, il existe de nombreux cabinets de conseil pour aider les sociétés de gestion sur la question climatique, mais rien sur le social. ■

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