L'Essentiel de la Finance durable
De la DG Trésor au FMI, l’engagement sur la finance durable de Charlotte Gardes est à la hauteur des enjeux

Charlotte Gardes va intégrer le FMI en tant que responsable climat et stabilité financière., @CCO

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De la DG Trésor au FMI, l’engagement sur la finance durable de Charlotte Gardes est à la hauteur des enjeux

Par  Anne-Catherine HUSSON TRAORE|Publié le 09/09/2021

Fin septembre, Charlotte Gardes prendra, à Washington, son poste de responsable Climat et Stabilité Financière au sein du prestigieux département des Marchés monétaires et de capitaux du FMI qui vient de créer cette fonction. Elle consistera, entre autres, à conseiller des gouvernements dans les pays émergents ou aux États-Unis sur les meilleurs moyens d’intégrer le facteur changement climatique dans leurs régulations, notamment dans le cadre des programmes de conditionnalité et de surveillance des marchés. Ce départ est l’occasion d’évoquer les défis de la finance durable avec cette experte qui a porté, au sein de la DG Trésor, le flambeau de l’article 29 de la loi énergie-climat et de la Taxonomie et participé aux travaux de Patrick de Cambourg sur la standardisation des normes ESG.

Pensez-vous que des régulations françaises et européennes axées sur le reporting seront suffisantes pour changer la donne ? 

Charlotte Gardes : Développer une finance durable, c’est d’abord s’assurer que les acteurs de marché puissent disposer de données ESG aussi normalisées que possible, sur un plan quantitatif et qualitatif, ce qui est l’objectif de la CSRD. Si la négociation en cours porte ses fruits, alors la future directive européenne intégrera, comme en France, la vérification des données ESG par un tiers externe. Mais le reporting, bien que nécessaire, est loin d’être suffisant : ce ne peut pas être l’alpha et l’oméga d’une politique de verdissement des marchés. Il faut que les obligations d’information permettent d’aller au-delà d’une fonction "réparatrice" de la RSE, et qu’elles entraînent une vraie responsabilisation. On ne peut pas imaginer poursuivre des objectifs d’alignement et prudentiels sur le seul fondement de l’information. Il faut aussi créer un cadre partagé sur les activités économiques compatibles avec la neutralité carbone, comme le fait la Taxonomie. De manière encore imparfaite, elle constitue la feuille de route la plus précise dont dispose l’Union et détermine le cap à atteindre, y compris pour les secteurs les plus émissifs aujourd’hui.

En quoi le décret d’application de l’article 29 de la loi énergie-climat peut-il aider ?  

Le décret peut être un vecteur de changement fort parce qu’il donne des précisions techniques importantes sur les méthodologies d’analyse et de gestion des risques sur le climat et crée un cadre pour la prise en compte de la biodiversité.

Mais ce n’est qu’une étape vers l’évaluation quantitative plus globale des risques ESG dans les modèles internes et prudentiels. Ces risques sont non seulement financiers mais aussi macroéconomiques. Or, ils ne sont pas traités comme des véritables risques systémiques. L’été 2021 a bien montré que ces cygnes verts  (dômes de chaleur, inondations …) se multiplient et qu’on approche des fameux "points de bascule".

Nous devons donc aller plus loin dans la mise au point de scénarios climatiques et l’adaptation de leurs hypothèses macroéconomiques à la réalité climatique, et les intégrer dans les modes de calcul de risques utilisés par le secteur financier. 

Quels sont les leviers qui pourrait permettre cette accélération ?

D’abord, les épargnants doivent jouer un rôle crucial. Dès août 2022 par exemple, la nouvelle règlementation sur l’intégration de l’ESG dans le dialogue entre les conseillers financiers et leurs clients va nécessairement exercer une influence sur la nature et la constitution des produits qui leur seront présentés. Le lien entre gestion financière et climat est encore trop mal connu des épargnants mais aussi des conseillers. Nous avons besoin à la fois d’un programme de formation robuste permettant de renforcer les compétences de chacun, y compris celles du régulateur, et d’une intensification des travaux de recherche sur les impacts du réchauffement et de la destruction de la biodiversité et leurs conséquences sociales.

Il me semble indispensable de lier le développement d’une finance durable à la transformation urgente de l’économie réelle. On pense trop en silos aujourd’hui. La transition suppose de penser "comment" produire mais aussi "quoi" produire, en disposant d’une méthode permettant de structurer l’économie de transition… et d’une boussole. Il faut donc compléter la Taxonomie et imaginer un dispositif d’accompagnement effectif, contrôlé (et contraignant) de la transition des entreprises. Enfin, je pense qu’il est crucial d’évaluer l’impact réel des réglementations sur la réallocation du capital vers la transition, surtout à l’aune des carences de la stratégie européenne actuelle. C’est d’autant plus clef que les critiques sur la finance durable trouvent de l’écho. Elles suscitent le débat et c’est une très bonne chose à mon avis. 

Allez-vous continuer à contribuer aux travaux de la Place de Paris depuis Washington ?

Je continuerai de participer aux travaux du Comité scientifique de l’Observatoire de Place, sous l’égide de Finance for Tomorrow, et à d’autres comités, comme le Forum pour l’investissement responsable et le Comité de gouvernance du déploiement de la méthodologie ACT développée par l’Ademe. Enfin, je poursuis le cours que j’ai co-crée l’année dernière à Sciences Po Paris, sur la transition juste. Je pars travailler à Washington mais j’y vais avec mon bagage français et européen pour continuer à contribuer au développement de la finance durable des deux côtés de l’Atlantique. ■


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