Louise Davidson, la directrice générale de l'Australian council of superannuation investors, l'association des fonds de pension australiens., @ACSI

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En Australie, les investisseurs responsables font de la résistance

Par   Arnaud DUMAS |Publié le 09/09/2019

L’ACSI, l’association des fonds de pension australiens, s’est rendue à Paris début septembre pour étudier et s’inspirer de l’écosystème européen de la finance durable. Avec un brin d’envie… Les autorités publiques australiennes continuent en effet de favoriser le développement des énergies fossiles et n’encouragent pas l’orientation des flux d’investissement vers l’économie bas carbone. Et pourtant, quelques investisseurs responsables continuent de creuser leur sillon.

Une vingtaine de représentants des principaux fonds de pension australiens a décidé de faire les 24 heures de voyages les séparant de Paris pour assister aux réunions des PRI in Person, qui se tiennent du 10 au 12 septembre. Mais pas seulement. Avant cela, ils ont passé deux jours à multiplier les rencontres avec l’écosystème français et européen de la finance durable. L’Australian council of superannuation investors, l’association des fonds de pension australiens qui représentent 2200 milliards de dollars d’actifs sous gestion, veut observer, comprendre et s’inspirer de la manière dont les investisseurs institutionnels du Vieux Continent s’y prennent pour intégrer dans leurs pratiques les facteurs Environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) ainsi que le risque climatique.

Eux-aussi travaillent sur ces questions depuis plusieurs années. "Les fonds de pension s’intéressent à l’ESG depuis une dizaine d’année avec un accent fort mis sur le changement climatique, confie Louise Davidson, la directrice générale de l’ACSI. Récemment, les autorités de régulation ont d’ailleurs rappelé qu’il était important de fournir une analyse de l’exposition au risque climatique." Malgré ces annonces récentes des régulateurs, les autorités publiques australiennes sont loin d’encourager la finance verte.

Un contexte difficile

"La politique environnementale est compliquée car notre économie est très dépendante des énergies fossiles et du secteur minier. La discussion est donc forcément politique", explique Louise Davidson. Le gouvernement australien, mené par le premier ministre Scott Morrison, préfère pour l’instant soutenir un "charbon propre" pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Comme dénoncé par Fiona Reynolds, la directrice des PRI, l’industrie du charbon australienne, au travers de son centre de recherche Coal 21, prévoit même de lancer une campagne de publicité auprès du public australien pour les faire se sentir "fiers de leur charbon".

Le plan d’action pour la finance durable mis en place par la Commission européenne en 2018 intéresse donc les investisseurs responsables australiens. "Nous cherchons à apprendre ce que font les investisseurs dans un environnement où la réglementation sur le climat soutien leur action, explique Louise Davidson. Nous pouvons nous en inspirer de deux manières, soit pour nos investissements, soit pour notre action de lobbying auprès des pouvoirs publics."

Quelques avancées

L’écosystème financier australien a lancé début 2019 l’Australian sustainable finance initiative justement pour faire monter la finance durable à l’agenda des pouvoirs publics. "Nous nous focalisons sur le cadre réglementaire ou juridique dont on a besoin pour mieux soutenir le long terme dans les décisions d’investissement", explique la directrice de l’ACSI. L’initiative travaille sur une feuille de route, qu’elle dévoilera en 2002, pour aligner le système financier sur les objectifs de l’accord de Paris.

Quant à la prise en compte des facteurs ESG dans la gestion, cheval de bataille de l’association des fonds de pension, elle commence à faire des progrès. Notamment du fait d’une enquête lancée par le gouvernement en 2017 sur le secteur financier, la "Royal commission into misconduct in the banking, superannuation and financial services industry", qui a mis à jour des pratiques illégales dues au manque de contrôle sur ces agents. "Cela a aidé à démontrer que le fait de ne pas s’intéresser aux facteurs extra-financiers avait des répercussions matérielles, car les banques ont été obligées de dépenser des sommes importantes pour se mettre à niveau", souligne Louise Davidson.