Candice Brenet, la présidente de la commission ESG de France Invest et directrice RSE d'Ardian., @France Invest

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ESG, ODD, climat : comment le non coté veut pousser les entreprises au changement

Par   Arnaud DUMAS |Publié le 29/07/2019

Le "private equity" s’engage. France Invest, l’association des investisseurs en capital, vient de publier son 6e rapport annuel ESG. Candice Brenet, la présidente de la commission ESG chez France Invest et la directrice RSE chez Ardian, explique à l’Essentiel de la Finance Durable comment les sociétés de gestion prennent en compte des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance dans l’analyse des entreprises, mais aussi la manière dont les investisseurs font bouger les entreprises sur la question.

Vous constatez une montée en puissance de la prise en compte des critères ESG par le private equity. Mais il y a aussi de fortes disparités ?

Il y a toujours du travail à faire et c’est l’objet du rapport annuel ESG de France Invest, de voir où demeurent les axes d’amélioration. C’est un long chemin, mais l’intégration des critères ESG de manière structurée est encore récente, cela date d’une dizaine d’années. 

Quelques faits saillants ressortent de la 6e édition du rapport. Nous avons fait le choix de le présenter par classes d’actifs (small cap, mid cap, large cap, infrastructure, dette, impact et venture), car nous avons un panel d’investisseurs diversifié. On constate une augmentation forte du nombre de due diligences ESG réalisées lors des opérations de financement : elles ont doublé pour les mid cap et les fonds infrastructures et ont triplé pour les large cap. 

Cela fait désormais partie de leurs process. Sur les autres classes d’actifs, c’est moins le cas, mais on voit que 40 % des sociétés de gestion small cap ont quand même mis en place des outils de monitoring ESG. L’actionnaire a un rôle décisif pour mettre ce sujet à l’agenda.

France Invest a lancé l’Initiative Climat 2020. Le risque climatique est-il mieux pris en compte par les sociétés de gestion ?

Quand une société de capital investissement entre dans cette initiative, elle prend l’engagement d’intégrer la dimension climat dans ses processus d’investissement, d’intégrer les émissions de CO2 dans les due diligences, d’étudier la matérialité des risques et les actions pour les réduire. Quand nous l’avons lancée fin 2015, l’industrie du financement des entreprises non cotées avait une conscience limitée de son rôle, il y a eu tout un travail d’éducation à faire. Cela progresse donc.

De nouveaux signataires ont rejoint l’Initiative Climat 2020, nous sommes désormais 28 en France. Et nous avons passé une grosse étape en novembre 2018, quand les Principles for Responsible Investment ont annoncé endosser cette initiative lors du Climate Finance Day. Cela va donc permettre un déploiement international de cette initiative française. Dans les entreprises en portefeuille, les projets sont également visibles. Le nombre de sociétés de gestion ayant mis en place un suivi de l’empreinte carbone de leurs participations augmente de 23 % en 2018. Mais il y a encore des disparités selon les classes d’actifs, comme le segment de la dette privée dans lequel seules 14 % des entreprises réalisent un bilan carbone, un chiffre en baisse. 

C’est tout le travail de l’initiative 2020, qui vise à faire en sorte que les sociétés de gestion embarquent avec elles les entreprises en portefeuille. La Commission ESG apporte les outils aux investisseurs et un soutien dans leur relation avec les entreprises. Nous souhaitons stimuler un véritable engagement des entreprises en prenant en compte les facteurs ESG, pour pouvoir les transformer.

Le private equity s’appuie-t-il des Objectifs de développement durable pour mesurer son impact ?

Les ODD ne sont pas inclus dans le rapport. Mais dans les discussions avec les pairs, nous observons que c’est un canevas dont se saisissent beaucoup de sociétés de gestion. Chez Ardian, par exemple, nous avons commencé à utiliser les ODD dans nos démarches d’engagement auprès des entreprises. Les investisseurs ont d’abord commencé par dire que ce serait compliqué à mettre en œuvre mais, au final, cela a été assez facilement reçu car cela parle aux entreprises de leur activité de tous les jours, mais aussi aux personnes en tant que citoyens.