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Finance verte : "Je crois que le changement peut venir des épargnants", dit Noam Leandri de l’Ademe

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Finance verte : "Je crois que le changement peut venir des épargnants", dit Noam Leandri de l’Ademe

Par  Arnaud DUMAS|Publié le 24/09/2021

Noam Leandri, le secrétaire général de l’Ademe et ancien conseiller finance verte de la ministre de l'Écologie, et Julie Ansidei, responsable de l’unité stratégie finance durable de l’AMF, viennent de publier "La Finance Verte" aux éditions La Découverte dans la collection Repères Économie. En dressant un portrait complet du domaine, ils souhaitent aider les étudiants, les épargnants ou les investisseurs à comprendre en profondeur comment la finance peut transformer l’économie.

Pourquoi, avec Julie Ansidei, avez-vous décidé d’écrire ce livre ?

Noam Leandri : Il y a aujourd’hui beaucoup de livres qui sont parus sur la finance verte, mais qui représentent en général des prises de position. Rien n’existait pour expliquer concrètement ce qu’est la finance verte et quels sont ses outils. Nous avons donc voulu faire œuvre utile pour les étudiants et pour d’autres, afin qu’en 128 pages, ils aient un panorama global des enjeux. Nous l’avons actualisé jusqu’au dernier moment, pour intégrer les annonces de la Banque centrale européenne de début juillet ! Elle a mis en place plusieurs actions pour intégrer la finance verte au cœur de sa stratégie. 

Ces annonces sont passées un peu inaperçues, pourtant si la BCE introduit un facteur pour favoriser les actifs verts dans ses politiques de rachat, au détriment des actifs bruns, cela aura un véritable effet car c’est cette politique monétaire qui gouverne les banques. C’est un levier très puissant !

Vous abordez aussi les liens entre la crise sanitaire et la crise climatique. Pensez-vous qu’une relance verte soit nécessaire ?

Dans le livre, nous retraçons un travail exclusif fait par un économiste de l’Ademe pour évaluer, d’un point de vue macroéconomique, l’impact d'un choc de financement vert. il montre qu'il aura un effet positif sur la croissance à horizon de dix ou vingt ans. Mais, couplé à une relance budgétaire verte, l'effet est immédiat et pérenne car il n'y a pas d'effet d'éviction entre investissement public et privé. Il y a trois leviers d’action pour un choc de financements verts. La politique monétaire avec des programmes de rachats d’actifs verts par la BCE, la pondération du risque climatique des banques par le Comité de Bâle, mais ce n’est pas encore à son ordre du jour, et enfin le levier de l’épargne. La disposition de la loi Pacte sur l’obligation de proposer des fonds verts dans les contrats d’assurance-vie à partir de 2022, pourrait créer un choc de financement vert.

Comment déclencher un tel choc de financement vert ?

Je crois que le changement peut venir des épargnants. Il manque encore malheureusement le dernier pas à faire dans leur direction pour leur proposer systématiquement des produits financiers verts. Des labels verts existent, comme le Greenfin, mais les réseaux de distribution n’ont pas encore suffisamment ces produits en catalogue. Or des enquêtes montrent qu’il y a un fort appétit des épargnants d’investir dans des placements verts. Certains déclarent même être prêts à renoncer à une part de rendement pour cela. Pourtant, la distribution n’a toujours rien à proposer et des enquêtes mystère le montrent. Pourquoi ? Parce que les conseillers n’ont pas d’objectifs sur ce thème, les banques n’ont pas d’intérêt particulier à les proposer.

Comment résoudre l’équation ?

L’obligation pour les conseillers de s’assurer des préférences en matière de durabilité des épargnants, mise en place par la Commission européenne, est un moyen d’y parvenir. Dans le cadre d’un projet financé par l’Europe, l’Ademe travaille avec 2° investing initiative sur un projet de plateforme pour les épargnants où, en fonction de leurs préférences d’investissement, leur seront proposés une liste de produits financiers. Ils pourront alors demander à leurs conseillers financiers d’investir dans ces produits.

En quoi peut-on prouver que la finance verte est utile ?

Les montants de financement en faveur du climat progressent chaque année. On le voit notamment pour les Green bonds dont les encours augmentent tous les ans. Mais la question qui se pose, c’est de savoir quelle est l’additionnalité de cela ? Plusieurs études ont été réalisées sur le sujet des obligations vertes, sans parvenir à un consensus. Il y aurait cependant peut-être un "green premium", ou "greenium", attaché à ces obligations, c’est-à-dire que les investisseurs seraient prêts à être moins bien rémunérés pour un produit vert que pour un produit classique, surtout sur le marché secondaire. Peut-être parce qu'ils anticipent une meilleure résilience à plus long terme des emprunteurs qui font cet effort.

La finance seule ne peut rien faire, elle peut néanmoins arrêter de financer les activités les plus nocives pour le climat. Il faut donc augmenter le volume de ce qui est vert, mais ne pas oublier de baisser ce qui est brun aussi.■

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