Bram Bos, responsable du fonds Green bonds de NN Investment Partners @NN Investment Partners

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"Il y a un risque important de greenwashing avec les Transition bonds", alerte Bram Bos, de NN Investment Partners

Par   Arnaud DUMAS |Publié le 31/01/2020

L’Essentiel a rencontré Bram Bos, le gérant du plus gros fonds de Green Bond du monde. Selon lui, la forte croissance des obligations vertes tend à normaliser le marché. Mais il s’inquiète des nouveaux types d’obligations, qui n’ont pas fait l’objet du travail de transparence dont ont bénéficié les Green bonds.

"On ne voit plus de problème de taille ou de liquidité sur le marché des Green bonds", lance Bram Bos, le gérant en charge du portefeuille Green bonds de NN Investment Partners. Pour le néerlandais, qui gère le plus gros fonds au monde dédié aux obligations vertes, ce marché est enfin en voie de normalisation. La taille globale du marché reste faible par rapport au marché obligataire mondial, mais sa croissance reste dynamique. L’encours total devrait atteindre les 800 milliards d’euros fin 2020, contre 500 milliards en 2019, et, selon NN IP, les rendements surperforment les obligations traditionnelles. De quoi attirer de nombreux investisseurs.

"Notre fonds principal a atteint les 1,3 milliard d’euros, souligne Bram Bos. Et il y a de plus en plus d’investisseurs intéressés par les obligations vertes. On voit les fonds de pension arriver en force sur le marché." À titre d’exemple, la Banque européenne d’investissement qui représentait 20 % du fonds de NN IP à son lancement en 2016, représente aujourd’hui 4 % sans avoir réduit ses montants d’investissement.

Des secteurs industriels plus variés

Signe également de sa normalisation, le marché, longtemps dominé par les institutions financières et les émetteurs publics et parapublics, commence à voir des entreprises de secteurs plus variés se positionner. "La croissance du début de l’année 2020 a été portée par les émissions des corporates, remarque-t-il. De nouveaux secteurs commencent d’ailleurs à arriver sur le marché, comme les télécoms ou les assureurs. Les constructeurs automobiles pourraient aussi être amenés à émettre des Green bonds pour financer la problématique d’électrification de leur gamme." La société de gestion néerlandaise prévoit de lancer un nouveau fonds Green bonds dédié uniquement aux corporates dans les prochains mois.

Cette diversification du marché s’accompagne aussi d’une plus grande variété d’instruments obligataires durables : ESG bonds, Sustainability bonds, Transition bonds, etc. Une variété qui nuit sans doute à la lisibilité et à la crédibilité du marché. Les Transition bonds en particulier, promus récemment par l’assureur Axa, ne trouvent pas grâce aux yeux de Bram Bos. "Les Green Bonds sont déjà des obligations de transition, tranche-t-il. Le risque de ces transition bonds est qu’ils financent des projet "brun clair" et non pas verts, il y a un gros risque de greenwashing. Notre avis, c’est que ce marché est plus poussé par les banques que par les émetteurs."

15 % des Green bonds non éligibles

La base de données de NN IP contient plus de 400 Green bonds mondiaux, analysés par ses équipes de recherche. Pour la société de gestion, 85 % de ces obligations sont éligibles au fonds Green bonds. "Nous ne concentrons pas notre analyse uniquement sur le projet financé, mais sur l’entreprise dans sa globalité et sur l’histoire de transition qu’elle raconte, explique Bram Bos. Nous avons par exemple eu des discussions avec Repsol qui a émis un Green bond pour verdir ses process, mais on ne l’a pas retenu car ils continuent les investissements fossiles par ailleurs."

Les 15 % non éligibles pour NN IP proviennent en grande partie des États-Unis ou des pays émergents, où le travail sur la transparence est moins poussé. L’Europe conserve une longueur d’avance, notamment "parce que la demande des investisseurs y est la plus forte", estime Bram Bos. Les travaux européens sur la standardisation des Green bonds et sur la taxonomie des activités vertes devraient renforcer la dynamique du marché. "C’est très favorable, notamment pour le secteur industriel car cela permettra d’identifier plus facilement les actifs verts", assure Bram Bos. Il prévient toutefois que les seuils permettant de définir les activités vertes ou en transition "ne doivent pas être trop restrictifs, sinon plus personne n’émettra de Green bonds".


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