Fiona Reynolds, directrice générale des Principes pour l'Investissement Responsable., @PRI

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"Je n’ai pas beaucoup entendu les investisseurs australiens à propos des incendies", déplore Fiona Reynolds, des PRI

Par  Arnaud DUMAS|Publié le 17/01/2020

Les incendies qui ravagent l’Australie font monter la pression citoyenne sur le gouvernement et les acteurs économiques pour accélérer la transition climatique. Quelques mesures pourraient être prises, estime l’Australienne Fiona Reynolds, directrice générale des Principes pour l’investissement responsable (PRI), mais l’inaction tant de la sphère financière que politique reste criante.

Vous êtes en ce moment en Australie. Comment la population réagit-elle aux incendies dévastateurs ?

Les Australiens sont très inquiets à propos des feux qui ravagent le pays, 28 personnes ont perdu la vie selon les derniers chiffres, un milliard d’animaux ont été tués, une région plus grande que la Belgique et d’autres pays européens a brûlé et nous avons perdu une grande partie de la flore et de la faune, sans parler des presque 2000 maisons. Les principales villes sont couvertes de fumée, la qualité de l’air et la visibilité sont terribles. Je crois que les feux font comprendre à beaucoup d’Australiens que, bien que l’Australie soit un pays très éloigné des autres avec une petite population, on ne peut pas échapper aux impacts du changement climatique. Le changement climatique a entraîné, en Australie, plus de sécheresses, des températures plus élevées et une saison des incendies bien plus longue.

Je crois que beaucoup d’Australiens sont très en colère contre le manque d’action sur le changement climatique du gouvernement. Mais, malheureusement, il y a toujours beaucoup de gens qui nient le changement climatique, ils blâment les pyromanes et disent que la saison des incendies n’avait pas été assez bien planifiée. Donc ils diffusent délibérément des fausses informations.

Pensez-vous que le gouvernement australien changera sa politique climatique du fait de ces incendies ?

Je pense en effet que le gouvernement devra prendre des mesures plus fortes, du fait de la pression croissante du public. Je pense qu’ils vont passer un peu plus de temps à parler d’adaptation et de résilience – pour s’adapter au changement climatique plutôt que pour réduire les émissions, cependant. Le gouvernement a dit qu’il n’introduirait pas de prix au carbone, qu’il ne fermerait pas de mines, et qu’il soutenait toujours l’ouverture de la nouvelle mine de charbon Adani. Donc, sans une pression extrêmement forte de la part de l’électorat, je ne crois pas qu’il cherchera à renforcer la Contribution déterminée au niveau national (NDC) pour la prochaine COP. 

Mais les Australiens sont beaucoup plus conscients que, en tant que pays, nous nous sommes opposés aux progrès sur le climat dans les discussions internationales. Je pense que cette position va s’arrêter. En l’état actuel, l’Australie ne s’est pas fixé d’objectif de neutralité carbone pour 2050, n’a pas de plan pour sortir progressivement des moteurs à combustion interne et manque toujours d’un plan général pour sa transition. Le pays a beaucoup de terrain à rattraper.

Les investisseurs et sociétés de gestion australiens se sont-ils emparés du sujet ?

Je dois dire que je n’ai pas beaucoup entendu les investisseurs australiens à propos des incendies. J’espère que quelque chose de positif ressortira de cette tragédie et que le gouvernement, les investisseurs, les acteurs économiques et la société civile décideront de renforcer l’action contre le changement climatique. 

Il n’y a pour l’instant aucun fonds australien qui soit membre de la Net Zero Asset Owner Alliance, hébergée par les Nations unies, dans laquelle les investisseurs s’engagent à la neutralité carbone de leurs portefeuilles en 2050.

Quels seront les principaux défis pour les investisseurs responsables en 2020 ?

2020 doit être l’année de l’action et de la prise de responsabilité, et cela doit être le cas pour toute la décennie à venir. Cette année, la COP e tiendra au Royaume-Uni et les pays doivent soumettre leurs prochaines NDC. Cette COP sera significative, et nous jouerons notre rôle pour nous assurer qu’elle le soit. Je crois que les problèmes principaux sur lesquels se concentrer sont le changement climatique, les droits humains et l’investissement et la création d’entreprises ayant une raison d’être en lien avec les Objectifs de développement durable (ODD). Nous devons nous attaquer aux lobbyistes anti-climat car ils sont en train de progresser et de retarder des actions importantes sur le changement climatique. Les PRI vont radier les premiers signataires qui ne respectent pas nos standards minimums. Nous allons également produire un nouveau cadre de reporting simplifié pour nos signataires, dans lequel les scores élevés seront plus difficiles à atteindre.

En 2020, l’Europe continuera à mener la danse sur le développement durable. Les élections américaines seront extrêmement importantes pour l’action climatique, de même que les actions de la SEC (Securities and Exchange Commission, gendarme de la Bourse américain, NDR), qui tente de saper les droits des actionnaires. Les PRI progressent également sur le programme d’engagement 2.0, qui vise à s’assurer que l’engagement est significatif et axé sur les résultats. Pendant cette prochaine décennie, nous devons voir moins de paroles et plus d’action. Les investisseurs doivent travailler de manière collaborative pour faire face aux risques d’investissement à long terme et développer les opportunités pour le secteur financier.


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