La finance utile de la Caisse des dépôts sert la transformation écologique des territoires mais manque de projets

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La finance utile de la Caisse des dépôts sert la transformation écologique des territoires mais manque de projets

Par  Arnaud DUMAS et Anne-Catherine HUSSON TRAORE | Publié le 21/03/2022

Éric Lombard, le Directeur Général du groupe Caisse des dépôts, vient de publier un livre dédié à cette institution financière au service des Français. "Au cœur de la finance utile. A quoi sert votre épargne ?" est une visite guidée à travers les actions concrètes qui accélèrent la transformation écologique au cœur des territoires en aidant au changement de modèles dans l’énergie, la mobilité mais aussi l’hébergement des personnes âgées.

Pourquoi écrire un livre sur la Caisse des dépôts ?

J’ai voulu raconter ce que fait la Caisse à ma façon, à travers des projets concrets, à l’échelle des villes, des quartiers. C’est une maison incroyablement vivante et engagée, et un livre est un objet qui a plus de permanence. Cela participe de ma volonté de mieux faire connaître la Caisse car nous sommes une institution qui appartient aux Français. Quand je suis sur le terrain, je rappelle toujours que c’est leur épargne qui est utilisée pour le développement du territoire. 

Comment reliez-vous finance utile et finance durable ?

Pour que ce soit utile, cela ne peut être que durable ! Pour moi, la finance est un levier de transformation du monde très puissant mais ce levier peut être utilisé pour de bonnes ou mauvaises causes. Quand la finance est au service d’une bonne cause, c’est une finance utile qui peut être solidaire, durable et qui irrigue l’ensemble des territoires et des populations. 

La transformation écologique des territoires est au cœur de la raison d’être de la Caisse des dépôts. Comment cela va se traduire concrètement ? 

Les axes sont nombreux. Par exemple, les rénovations de villes impliquent une densification des systèmes de transport public qui doivent être électriques, à l’hydrogène ou au biométhane. Nous facilitons la généralisation des voitures électriques en finançant des équipements en bornes de recharge. Mais nous restons tributaires des projets portés par les maires. C’est très variable selon les territoires. Certaines villes qui bénéficient de nos programmes sont complètement transformées et le prix du mètre carré s’est remis à augmenter ! Nous voulons mettre l’accent dans les années qui viennent sur les quartiers difficiles. Nous voudrions pouvoir les réinsérer dans les villes, géographiquement mais aussi économiquement. Nous travaillons avec Bpifrance sur ce thème, par exemple avec le Carburateur à Marseille, un incubateur installé dans les quartiers Nord.

Pour verdir les territoires français avez-vous suffisamment de projets dans lesquels investir ? 

Notre rôle est d’innover, par exemple sur la biodiversité. Nous pouvons mobiliser des fonds, prendre des risques ou investir avec des rentabilités médiocres, mais il n’y a pas assez de projets pour lesquels on peut espérer trouver un équilibre économique. Dans le secteur des énergies renouvelables, nous participons à un quart des nouveaux projets en France. Mais on pourrait faire plus, s’il y avait plus de projets. 

Pensez-vous que la transformation vers une économie durable est lancée ?

Il y a une amorce mais elle reste insuffisante et cela ne va pas assez vite. Le grand malheur de la guerre en Ukraine va accélérer la transition énergétique mais nous ne sommes pas encore en mesure de respecter la trajectoire de l’Accord de Paris. Or c’est un risque majeur pour l’économie. Le réassureur Swiss Re a affirmé que le PIB mondial pourrait baisser de 20 % sans inflexion de la trajectoire. Un des moyens de diminuer notre empreinte carbone est de réindustrialiser le pays. Il y a plus de 100 projets d’usines en plein développement en France. Nous finançons les terrains, Bpifrance l’activité. Les nouveaux entrepreneurs qui les pilotent sont des industriels avec une vision durable et ils témoignent des changements de modèles en cours. 

L’affaire Orpea a-t-elle eu une influence sur votre vision de ce que doivent être les Ehpad ?

Elle témoigne de dysfonctionnements contre lesquels nous luttons et montre la nécessité de mettre au premier plan la mission de ces entreprises qui est l’hébergement de personnes âgées et dépendantes. Cela devrait amener à avoir des objectifs financiers raisonnables et être géré comme une délégation de service public ou une concession pour lequel l’Etat fixe des règles. Nous investissons dans ce secteur, en particulier à travers une association, Arpavie. Nous avons aussi lancé avec l’État et CDC Habitat une foncière pour porter les murs d’Ehpad, dans le cadre du plan de relance. Nous serons vigilants sur le choix de ceux qui géreront ces futurs établissements.

Comment fixez-vous des objectifs de rentabilité selon les projets ?

Nous devons adapter les attentes de rentabilité selon l’utilité et l’innovation apportées par les projets que nous finançons. Nous amorçons souvent des investissements sur lesquels d’autres acteurs que nous ne vont pas. Par exemple, nous avons investi dans le très haut débit dans des zones rurales. Nous avons pris un vrai risque entrepreneurial qui est aujourd’hui bien rémunéré parce que les opérateurs nous les rachètent. Nos rendements dans ce cas sont le fruit des risques et de l’innovation. Mais s’il n’y a pas d’innovation et que les investisseurs exigent une rentabilité supérieure à 10 %, il faut se poser des questions. On peut être loin de la finance utile que je prône.■


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