Régine Lucas a été nommée Chief Financial Sustainable Officer de L'Oréal., @L'Oréal

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"La performance financière est indissociable de la performance sociale et environnementale", Régine Lucas de L’Oréal

Par  Arnaud DUMAS|Publié le 18/01/2021

L’Oréal muscle sa fonction finance. Le groupe de cosmétique a créé un poste de Chief sustainable finance officer (directrice de la finance durable), confié à Régine Lucas. Sa mission consiste à diffuser les méthodes de la finance durable dans le business du groupe et à faire en sorte que la création de valeur soit autant économique et financière, que sociale, sociétale et environnementale. Encore parmi les pionnières sur ce type de poste, peut-être initie-t-elle une tendance.

Pourquoi L’Oréal a choisi de nommer une directrice de la finance durable ?

Nous sommes convaincus que la performance économique et financière est indissociable de la performance sociale, sociétale et environnementale du groupe. En 2013, nous avons mis en place notre premier plan de développement durable qui nous a transformé de manière holistique. C’est encore le cas pour notre programme 2020-2030 "L’Oréal for the future". Ce programme porte une transformation radicale de nos métiers. Il s’accompagne d’objectifs de neutralité carbone de nos sites d’ici 2025, l’utilisation de 100 % de plastique recyclé ou biosourcé dans nos packagings d’ici 2030, ou 50% de réduction en valeur absolue des émissions de gaz à effet de serre de nos fournisseurs. La finance doit être un vecteur de ce programme.

D'où votre nomination...

Le rôle de Chief Sustainable Finance Officer est transversal, il consiste à créer les conditions financières pour bâtir un business model profitable et durable. Et il faut bien que cela soit les deux à la fois. Il faut donc pour cela intégrer la durabilité au cœur des décisions de gestion. Je dois être à la fois une pionnière de la finance durable auprès du CFO, mais aussi une experte du sujet car la performance extra-financière peut rapidement devenir un sujet technique, et un élément transformateur.

Comment cela se traduit dans votre mission ? 

Ma mission comporte trois volets. Je dois continuer à renforcer le pilotage des objectifs environnementaux, en particulier de la performance extra-financière. Je dois intégrer l’impact environnemental dans les décisions de gestion, qu’il s’agisse de décisions concernant les lancements produits, les nouveaux investissements, le transport, etc. Et je dois embarquer nos investisseurs dans cette démarche. La communication extra-financière est cruciale et, très tôt, nous avons soutenu la Task force on Climate Financial Disclosure (TCFD). Il est important d’expliquer notre stratégie aux banques et aux investisseurs afin de leur permettre d’orienter leurs investissements vers la transformation de notre modèle.

La Commission européenne travaille sur une réforme du reporting ESG des entreprises. Qu’en attendez-vous ?

C’est très positif car l’ambition est de standardiser le reporting ESG. Cela donnera un cadre de référence commun à tous pour permettre de comparer ce qui est comparable. Cela va aider les investisseurs à investir de façon éclairée, mais aussi obliger les entreprises à se poser des questions sur leur performance extra-financière. Nous souscrivons aux ambitions du Green Deal européen, c’est important si nous voulons être performants et résilients.

Pensez-vous que cela va transformer vos méthodes de travail ?

La Commission Européenne travaille sur une proposition de Directive sur le reporting extra-financier dont les exigences se rapprochent du reporting financier. Je rapporte à deux membres du Comex, le directeur administratif et financier, et la directrice de responsabilité sociétale et environnementale de l’entreprise. Le rôle du CSFO consiste à concilier financier et extra-financier dans un objectif de création de valeur. Tout ce que l’on sait déjà faire sur le plan financier, nous voulons le mettre à la disposition de la finance durable. Il faut déverrouiller pour permettre à nos actions d’être percutantes et engagées, sans diminuer notre exigence du point de vue de la profitabilité.

Comment vos équipes le perçoivent-elles ?

Je trouve une motivation incroyable parmi les membres de la direction financière ! Je suis l’ancienne patronne des achats du groupe, j’ai participé à la transformation de cette fonction pour y intégrer la durabilité dans le sourcing. La plus grande reconnaissance pour ce travail est venue des acheteurs qui affirmaient que leur contribution à la durabilité du groupe était le facteur le plus motivant de leur métier. Je sens la même chose au niveau de la direction financière, de nombreux collaborateurs venant me voir pour me demander comment ils peuvent contribuer. C’est une aventure inspirante qui nous attend et nous l’abordons avec confiance et engagement. ■


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