Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, intervient au Climate Finance Day. @virginiedegalzain

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"La période des petites rustines sur l’écologie et sur la démocratie est terminée", Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT

Par   Arnaud DUMAS |Publié le 29/11/2019

Une part importante des débats lors du Climate Finance Day est réservée au thème de la transition juste. À cette occasion, Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, veut adresser à la communauté financière un message d’engagement vers une transition écologique qui tienne compte d’un accompagnement fort social. Et compte sur le gouvernement pour impulser une vraie dynamique de changement.

Vous êtes invité au Climate Finance Day. Que voulez-vous dire aux acteurs de la finance ?

Laurent Berger : Si on croit que la question de la transition écologique est indispensable et urgente, si on veut passer de la parole aux actes, il faut que la finance joue son rôle. Il faut une finance qui assume sa part de responsabilité et oriente son action dans les investissements verts, pour baisser les émissions de gaz à effet de serre et accompagner la transition sociale.

Les banques françaises viennent de signer un manifeste sur l’urgence climatique. Comment jugez-vous le monde de la finance ?

Je ne le juge pas inerte. Je ne suis pas aussi optimiste que Frédéric Oudéa (le président de la Fédération bancaire française, NDR) sur l’engagement du monde de la finance, même si je suis d’accord qu’il a beaucoup bougé. Mais je pense qu’il faut faire beaucoup plus. Pour passer la vitesse supérieure, nous avons besoin d’un choix politique clair. Les banques ne se lancent dans des projets que si elles perçoivent une rentabilité forte ou si elles sont contraintes par la réglementation. La finance se mettra en mouvement quand les décisions politiques seront réellement effectives. 

Je crois qu’il faut un projet politique qui s’inscrit de manière ferme, volontariste, dans cette transition écologique. Il faut sortir de la simple parole pour passer aux actes, en mobilisant tous les acteurs, dont la finance. Nous sommes trop défensifs, pas assez promoteurs d’un nouveau modèle écologique et social. Nous pensons, à la CFDT, que la transition écologique est vecteur de progrès social. 

Les mouvements sociaux sur les retraites, le pouvoir d’achat et sur le climat se multiplient. Comment l’analysez-vous ?

Ce qui m’inquiète, c’est le climat sociétal d’affrontement et ce n’est pas seulement le cas en France. Cela montre bien que l’on ne développera pas de projets pour l’environnement si on ne réduit pas les inégalités sociales en même temps. La période des petites rustines sur l’écologie et sur la démocratie est terminée.

Dans la période actuelle, les citoyens ont besoin que l’on sorte de cette dynamique d’affrontement pour aller vers une dynamique de projet. Or aujourd’hui, il n’y a pas d’offre ! Ces mouvements se cristallisent souvent sur les questions dans lesquelles se confrontent des logiques budgétaires et des logiques de long terme. Nous insistons sur le fait qu’il faut créer d’autres indicateurs que celui du PIB pour mesurer la croissance économique. Si on utilisait aussi les questions de santé, de pauvreté, d’émissions de gaz à effet de serre, de biodiversité, etc., cela donnerait du sens à l’engagement de tous et permettrait de faciliter le financement de projets de transition.

Vous avez lancé en mars dernier le pacte social et écologique, il répondait à cela ?

Ce pacte a pour ambition de conjuguer justice sociale et transition écologique, à la fois au moyen de grands choix nationaux, d’une politique macroéconomique qui donne l’impulsion et met les moyens nécessaires. Mais aussi grâce aux acteurs locaux et à une démocratie beaucoup plus performante. Nous avons donc fait 66 propositions, qui imposent de faire des choix, notamment budgétaire. Mais il faut sortir ces investissements de la règle d’or européenne des 3 % de déficit.

Nous sommes aujourd’hui 52 organisations à soutenir ce pacte, contre 19 au départ, et nous continuons à interpeller le gouvernement sur ces sujets. Mais nous voulons surtout irriguer nos réseaux locaux pour qu’ils portent ce projet. L’idée, c’est de mobiliser les acteurs locaux, quels qu’ils soient, pour mener des projets et interpeller les candidats aux municipales.


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