Stéphane Boujnah, PDG d'Euronext, l'opérateur boursier présent sur les marchés d'Amsterdam, Bruxelles, Dublin, Lisbonne, Londres, Oslo et Paris., @Euronext

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"Les investisseurs demandent de l'impact en plus du rendement", Stéphane Boujnah, PDG d’Euronext

Par   Arnaud DUMAS |Publié le 04/11/2019

L’opérateur boursier vient de lancer un nouveau plan stratégique pour 2022, dans lequel la finance durable doit tenir une place importante. Alors que les Bourses de Londres ou du Luxembourg ont déjà avancé leurs pions dans la finance verte, Stéphane Boujnah, le PDG d’Euronext, détaille à l’Essentiel de la Finance Durable ses objectifs.

Londres, Luxembourg, Paris… En Europe, les places boursières veulent dominer la finance verte. Êtes-vous, chez Euronext, suffisamment armés ?

Nous sommes des entreprises différentes. Le Luxembourg est positionné exclusivement sur la dette. La capitalisation boursière des entreprises cotées sur Euronext dépasse celle des entreprises cotées sur le marché de Londres. Nous sommes le plus gros marché actions d’Europe, avec des émetteurs énergéticiens très diversifiés (Total, Engie, Equinor, etc.).

Tout le monde de l’énergie européen, hors Allemagne et Espagne, est chez Euronext, ce n’est pas le cas à Londres. La Bourse de Londres a, certes, une taille significative, mais elle est confrontée au Brexit et elle fait le choix d’aller vers des activités hors du financement de l’économie réelle, plutôt vers les données et informations de marché avec Refinitiv.


Vous venez justement de présenter votre nouveau plan stratégique à 2022 dans lequel vous parlez beaucoup de finance durable. Pourquoi ?

Pour deux raisons principales. D’abord, un nombre croissant d’investisseurs demandent que leur investissement soit fait dans des produits durables. Aujourd’hui, les investisseurs recherchent, en plus du rendement, de plus en plus à avoir un impact.

Le deuxième moteur, ce sont les émetteurs. Les entreprises sont de manière croissante engagées dans des projets liés à la mutation écologique. Elles cherchent à financer les risques du long terme, incarnés aujourd’hui par la transition énergétique. La mutation vers les énergies vertes, cela passe d’abord par des investissements. C’est le sens naturel de la Bourse et nous considérons être l’accélérateur naturel de ce processus.

Le marché des Green bonds va beaucoup se développer car c’est une manière de rendre plus visible la destination de la dette affectée de certains émetteurs. Il rencontre deux besoins : celui d’un nombre important d’investisseurs qui doivent avoir de la dette verte dans leurs portefeuilles, et la réalité des capex des groupes industriels, énergétiques et des États, qui sont orientés vers des projets de mutation énergétique. 

Nous allons lancer dans quelques jours une offre sur les Green bonds qui va consolider l’ensemble de nos initiatives sur la dette verte. Nous allons également donner les moyens aux PME de s’adapter aux demandes des investisseurs sur le reporting vert.


Comment quantifiez-vous votre part verte ? La chiffrez-vous ?

Nous n’avons pas sorti de chiffres, ce serait artificiel. Nous avons trois grandes familles de produits concernés : les indices, les obligations et notre offre de services aux émetteurs qui se conforment de plus en plus aux critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance). Compte tenu de la fragmentation de nos produits, un seul indicateur ne peut suffire. Notre ambition est d’avoir une stratégie consolidée et de montrer, en 2022, le chemin parcouru.


Qu’attendez-vous de la taxonomie européenne des activités vertes ?

Il faut que ce langage commun soit produit en Europe, là où se trouve l’essentiel de la demande et des émetteurs. Il y a en ce moment une forte concurrence entre grandes agences (notamment américaines), qui veulent construire un standard. Le pire scénario serait que l’essentiel des émetteurs se trouve en Europe, mais que les standards soient hors d’Europe. La bataille est en cours.


Le fait que la taxonomie ait été repoussée à 2022 est donc une mauvaise nouvelle pour vous ?

Non. C’est un processus avec beaucoup de sujets à arbitrer au niveau européen, comme celui du nucléaire. Mais ces discussions sont normales. On ne va pas attendre 2022. En parallèle de cette taxonomie institutionnelle, nous allons de notre côté produire une coordination de standards européens, mettre en place des règles simples au niveau de nos produits.