L'Essentiel de la Finance durable
"Notre principe, c’est le mutualisme de la preuve", Nicolas Théry, président de Crédit Mutuel Alliance Fédérale

Nicolas Théry, président du Crédit Mutuel Alliance Fédérale., @Antoine Doyen

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"Notre principe, c’est le mutualisme de la preuve", Nicolas Théry, président de Crédit Mutuel Alliance Fédérale

Par  Arnaud DUMAS|Publié le 19/04/2021

Le Crédit Mutuel Alliance Fédérale est la première banque à avoir adopté le statut d’entreprise à mission. Nicolas Théry, son président, explique à L’Essentiel de la Finance Durable comment cela se traduit concrètement dans le quotidien de la banque mutualiste. Celle-ci poursuit notamment ses ambitions climatiques en adoptant de nouvelles stratégies sectorielles pour réduire l’empreinte de ses activités. Après le charbon, les transports, viendra bientôt le secteur agroalimentaire.

Pourquoi Crédit Mutuel Alliance Fédérale a-t-il décidé d’adopter le statut d’entreprise à mission ? 

Nous avions initialement lancé une consultation auprès de nos élus mutualistes et des salariés sur la raison d’être et nous avons reçu de nombreux retours nous disant qu’il fallait aller plus loin encore, notamment sur les thèmes des territoires, de l’environnement et de la solidarité. Cela nous a conduit à aller vers le statut d’entreprise à mission. Un important débat a eu lieu en interne car il est vrai qu’en tant que banque mutualiste, nous étions déjà par construction une entreprise à mission avec un rôle exclusif, celui de servir nos sociétaires au mieux de leurs intérêts.

Notre raison d’être repose ainsi sur les mots "ensemble, écouter, agir" et nous avons adopté cinq missions : servir nos sociétaires au mieux de leurs intérêts, être la banque de tous sans discrimination, offrir une technologie qui préserve l’intimité numérique de chacun, agir pour le développement des territoires et enfin s’engager pour une société plus juste et plus durable. Ces décisions sont issues de la dynamique insufflée en 2020 lors de la révision de notre plan stratégique. Crédit Mutuel Alliance Fédérale s’est renouvelé avec pour principe un mutualisme de la preuve : lors de la crise sanitaire, nous avons donné des preuves tangibles avec plus de 200 millions de mesures de solidarité sans contrepartie, dont la fameuse "prime de relance mutualiste" mise en œuvre par les Assurances du Crédit Mutuel. Nous sommes fiers d’être la première banque à mission.

Comment ce nouveau statut va-t-il se traduire concrètement ?

Nous allons lancer dans quelques jours une consultation générale des salariés et des élus des caisses locales sur les indicateurs de suivi des engagements de nos cinq missions. Nous consulterons également nos clients et nos parties prenantes pour recueillir leur avis sur nos objectifs. Enfin, dès septembre prochain, nous proposerons les indicateurs retenus pour validation par notre parlement interne, la Chambre syndicale et interfédérale de Crédit Mutuel Alliance Fédérale, ainsi qu’à la gouvernance du dispositif.

Pour y parvenir, nous venons également de lancer notre fondation, la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale, autour de deux objectifs : les territoires et l’environnement. Pilotée par Christophe Salmon, notre fondation sera dotée d’un budget significatif de 6 millions d’euros. Pour nous, c’était important de renforcer nos actions dans un moment où la crise sanitaire exige plus d’engagements de chacun, plus de solidarité.

Le jour du lancement, nous avons eu instantanément de nombreuses réactions de la part de nos collaborateurs et élus mutualistes pour savoir comment y contribuer.

Vous avez aussi renforcé votre politique climat en 2020 ?

Le métier de bancassurance est avant tout un métier d’engagements, qu’il s’agisse du remboursement d’un prêt dans 15, 20 ou 25 ans, de la souscription d’une assurance-vie, d’une couverture santé, etc. Les enjeux principaux consistent à déterminer quels sont les risques qui affecteront le portefeuille d’ici 2046, date d’échéance de nos crédits immobiliers d’aujourd’hui. 

Or, aucun bilan ne peut résister à un réchauffement de 3 ou 4 degrés. Vous ne pouvez plus vous contenter de "gentille RSE" et encore moins de greenwashing. Au-delà des thématiques sociales et de gouvernance, la gestion des risques environnementaux est hautement stratégique dans une banque.

Notre plan stratégique adopté en 2018 prévoyait déjà une réduction de 30 % de notre empreinte carbone directe en cinq ans, car il faut commencer la transformation chez soi. Cela concernait les déplacements, les data centers, ou encore la performance énergétique de nos bâtiments. Nous avions aussi l’objectif d’augmenter de 30 % nos financements pour favoriser la transition énergétique. En 2020, nous nous sommes rendu compte que cela ne suffisait plus et nous avons adopté un objectif de réduction de 15 % de l’empreinte carbone de nos portefeuilles d’assurance et de financement d’ici 2023 afin d’aligner nos activités sur la trajectoire climatique des Accords de Paris. 

Votre politique sur le secteur du charbon a notamment été saluée par les ONG…

Au Crédit Mutuel Alliance Fédérale, la division de la responsabilité sociale et mutualiste n’est pas placée sous l’autorité d’une direction de la communication mais auprès de la direction des risques, qui est le cœur du réacteur des banques. Il est clair que les risques environnementaux sont analysés comme n’importe quel autre risque de la banque. Ceci nous a conduit à faire le choix d’un plan de sortie du charbon sur toute la chaîne de valeur extrêmement restrictif et à décider de se séparer de près de 500 millions d’euros de positions sur le charbon, et à interdire le financement de tout nouveau projet. 

Nous adoptons des politiques sectorielles qui définissent notre politique de crédit sur différents secteurs d’activité.  Nous l’avons fait sur le charbon, les hydrocarbures non conventionnels et nous venons de le faire pour le transport.

Comment allez-vous agir sur le secteur du transport ?

Notre politique sur les transports concerne toutes les mobilités. Sur l’aérien, nous voulons contribuer au renouvellement de flottes moins émissives, favoriser le financement des appareils de dernière génération afin d’accompagner ce secteur à diminuer son impact environnemental. Sur le secteur maritime, nous sommes signataires depuis 2019 des accords de Poséidon et avons mis en place des limitations sur les bateaux transportant du pétrole. Pour les transports routiers, nous limitons nos financements aux véhicules (véhicules industriels et utilitaires légers) répondant à la norme Euro6 afin d’accompagner les entreprises à disposer d’une flotte propre. Ce n’est pas encore le cas pour les particuliers, mais notre intention est claire : nous ne relâcherons pas l’effort pour pousser fortement à la transformation climatique et environnementale de notre économie.

Notre discours consiste à dire à nos clients que leur intérêt est de participer à la lutte contre le changement climatique parce que si on ne le fait pas, tout le monde sera perdant. Nous voulons donc les accompagner dans cette transformation. Les métiers de Crédit Mutuel Asset Management et les Assurances du Crédit Mutuel entretiennent par exemple un dialogue actionnarial de grande qualité avec les entreprises dont ils sont actionnaires et ceci conduit à un renforcement de la politique climat des entreprises. ■

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